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France: l'Insee dévoile les chiffres d'une croissance attendue plutôt résiliente
L'Institut national de la statistique dévoile jeudi le niveau de croissance atteint au troisième trimestre par l'économie française, relativement résiliente malgré la forte incertitude politique et la hausse des droits de douane américains.
L'Insee anticipe une hausse de 0,3% du produit intérieur brut (PIB) entre juillet et septembre par rapport aux trois mois précédents, similaire à celle du deuxième trimestre.
Cela place la deuxième économie de la zone euro en bonne voie pour atteindre la croissance de 0,7% attendue par le gouvernement en 2025, mieux que l'Allemagne (0,2%) dont les chiffres trimestriels sont également attendus jeudi avec ceux de l'Italie.
L'Espagne a, elle, fait état mercredi d'une croissance de 0,6% au troisième trimestre, visant 2,7% sur l'année.
Avant le début de débats budgétaires houleux, l'économie française a bénéficié durant l'été d'une poursuite du rebond de l'aéronautique, qui avait été pénalisé depuis le Covid par des problèmes d'approvisionnement, explique à l'AFP Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas.
Airbus a augmenté en septembre le rythme de ses livraisons, une hausse de production perçue comme "un phénomène durable" pouvant se traduire, "en année pleine, par 0,3 ou 0,4 point de croissance", détaille-t-il.
"Un deuxième moteur, c'est la montée en charge des efforts de défense", la France comme l'Europe souhaitant se réarmer face à la menace russe.
- Investissements convalescents -
Par ailleurs, la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) face au reflux de l'inflation se traduit par une amélioration de l'investissement des ménages, dans le logement notamment, tandis que celui des entreprises est convalescent.
L'institution de Francfort devrait décider jeudi de laisser ses taux inchangés, pour la troisième fois d'affilée.
Dans sa dernière note de conjoncture publiée en septembre, l'Insee jugeait toutefois les moteurs de l'économie française fragiles dans un contexte marqué par un regain d'instabilité politique affectant la confiance des ménages et la consommation, un pilier traditionnel de la croissance.
Le gouvernement de François Bayrou a chuté début septembre, quelques semaines seulement après la présentation des orientations budgétaires de son gouvernement mi-juillet.
Sébastien Lecornu lui a succédé le 9 septembre, désormais en première ligne pour défendre un budget âprement débattu dans une Assemblée nationale sans majorité, où plane toujours la menace d'une censure du gouvernement.
Les échanges se cristallisent notamment sur la taxation des plus riches, réclamée par le PS comme prix de son soutien après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites.
Le gouvernement ambitionnait initialement un effort global d'une trentaine de milliards d'euros pour 2026, entre nouveaux prélèvements (14 milliards) et économies de dépenses (17 milliards) afin de ramener le déficit public à 4,7% du PIB en 2026, après 5,4% en 2025. Il accepterait d'assouplir l'objectif jusqu'à un niveau se situant "sous 5%" pour permettre des compromis.
- Croissance inéquitable -
"Ce ne serait pas le budget le plus optimal dont on puisse rêver, mais en avoir un, c'est déjà quelque chose. Cela permettrait d'avoir l'augmentation de l'effort de défense (qui est) un élément de la croissance" et de maintenir le cap sur l'objectif d'un déficit sous 3% en 2029, note Stéphane Colliac.
Chaque dixième de point de pourcentage de déficit supplémentaire correspond à presque 3 milliards d'euros de dépenses supplémentaires.
L'incertitude politique et la situation dégradée de ses finances publiques a déjà valu à la France de voir sa note souveraine abaissée par les agences de notation S&P et Fitch, tandis que Moody's l'a placée sous perspective négative.
Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau y voit un risque "d'étouffement progressif" pour le pays.
A cette situation instable s'ajoute pour les ménages des craintes concernant le chômage, bien qu'elles se soient un peu atténuées, en raison notamment de la vulnérabilité de secteurs comme l'automobile ou la chimie, affectés par la hausse des droits de douane américains et la concurrence étrangère.
"On est dans une économie avec une croissance inéquitablement répartie, où il y a des gagnants et des perdants", souligne l'économiste de BNP Paribas.
R.Halabi--SF-PST