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Hyperinflation affolante au Zimbabwe, les pauvres trinquent
L'hyperinflation attaque les revenus au Zimbabwe. Emina Chishangwe ne sait plus quand elle a mangé de la viande pour la dernière fois. "C'est devenu un luxe", dit cette femme de 57 ans qui tient un petit étal de légumes près de Harare.
Le pays d'Afrique australe a le taux d'inflation le plus élevé au monde. Et pour Steve Hanke, professeur d'économie à l'université américaine Johns Hopkins, cela ne pourra être corrigé que par l'adoption totale du dollar américain.
La situation s'est aggravée cette année. L'invasion de l'Ukraine par la Russie, conjuguée au marché noir des devises, a fait chuter la valeur du dollar zimbabwéen.
"Le marché parallèle est en grande partie responsable de l'inflation galopante", explique à l'AFP Joseph Mverecha, économiste en chef d'AgriBank.
L'économie du pays est plombée depuis une vingtaine d'années, marquée par des pénuries d'argent et de nourriture. Méfiants, les gens ont troqué leur argent liquide contre des dollars américains, faisant chuter encore la monnaie locale.
L'inflation a atteint 191,6% en juin, contre 60% au début de l'année.
Cinq kilos de pilons de poulet valent désormais 65,22 dollars (64 euros), soit l'équivalent du salaire mensuel moyen d'un fonctionnaire.
Mme Chishangwe et ses deux fils adultes, qui vivent à Chitungwiza, cité dortoir pauvre au sud de la capitale, font deux repas quotidiens au lieu de trois, à base d'épaisse bouillie de maïs et de chou frisé ou de minuscules sardines séchées.
- L'angoisse -
Le prix du carburant a obligé Edwin Matsvai à passer d'un 4x4 à un modèle plus économique. Ses amis se sont moqués, "mais maintenant, certains envisagent de faire pareil", raconte ce vendeur chez un concessionnaire.
Le litre d'essence est passé de 1,41 dollar en janvier à 1,77 dollar ce mois-ci.
Les Zimbabwéens ont survécu aux pires difficultés en 2008 lorsque, face à l'inflation, la banque centrale a dû émettre un billet de mille milliards de dollars locaux.
Pour la psychiatre Isabel Chinoperekwei, qui a un cabinet privé à Harare, l'écart croissant entre revenus et coût de la vie a des répercussions : "Je vois beaucoup de personnes que ce contexte accable, entre dépression, troubles anxieux et abus d'alcool".
Beaucoup accusent le gouvernement. "Les vieux nous ont laissé tomber", dit Edwin Matsvai. "S'ils ne font pas quelque chose rapidement pour l'économie, ça va leur coûter cher" aux élections prévues l'an prochain.
Déjà, lors de législatives partielles en mars, le parti Zanu-PF au pouvoir a perdu du terrain face à la Coalition des citoyens pour le changement (CCC), parti d'opposition formé trois mois plus tôt.
- Perdu confiance -
Selon plusieurs experts, le paysage actuel ressemble furieusement à la crise ayant précédé les élections de 2008, au cours desquelles l'ex-dirigeant Robert Mugabe faillit perdre le pouvoir.
"Les gens qui gagnent des salaires de misère, les chômeurs et tous ceux qui ressentent les effets de la hausse du coût de la vie ont perdu confiance dans le Zanu-PF", résume Takavafira Zhou, politologue à l'université de Masvingo. Ils espèrent "un nouveau gouvernement qui leur permettrait de souffler".
La Zanu-PF est au pouvoir depuis 1980, quand le régime colonial britannique a pris fin. L'actuel président Emmerson Mnangagwa a succédé à Mugabe lors d'un coup d'État en 2017, s'engageant à redresser l'économie moribonde.
Le risque électoral pousse désormais le Zanu-PF à des "mesures frénétiques" pour freiner la hausse des prix qui paupérise encore davantage des millions de gens, affirme l'économiste Prosper Chitambara.
"Il n'y a pas un parti au pouvoir dans le monde qui s'en sort dans un environnement d'inflation chronique élevée", relève le chercheur.
Le mois dernier, le ministre des Finances Mthuli Ncube a annoncé des mesures monétaires, notamment le maintien du double usage du dollar américain, adopté après l'hyperinflation de 2008, et du dollar zimbabwéen, réintroduit en 2019.
Les taux d'intérêt minimaux ont plus que doublé pour atteindre 200% la semaine dernière. Le pays introduit aussi des pièces d'or "comme réserve de valeur" à partir du 25 juillet.
Mais ces mesures concernent les riches, non "les citoyens ordinaires, ceux qui luttent et vivent au jour le jour", note l'économiste.
O.Mousa--SF-PST