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Prague à l'heure des consultations après la victoire de Babis aux législatives
Le président tchèque Petr Pavel doit entamer dimanche des discussions avec les chefs de parti à l'issue des législatives, à commencer par l'ancien Premier ministre Andrej Babis arrivé en tête du scrutin samedi.
Avec 34,51% des voix, soit 80 sièges sur 200 au Parlement selon les résultats définitifs, le milliardaire autoproclamé trumpiste, qui avait perdu de peu le pouvoir il y a quatre ans, ne dispose pas de majorité.
Mais M. Babis, qui a d'ores et déjà exclu de coopérer avec les membres de la coalition sortante de centre-droit de Petr Fiala, a annoncé vouloir gouverner seul, en cherchant des appuis au cas par cas.
"Nous chercherons à former un gouvernement avec un seul parti dirigé par Ano", a-t-il déclaré samedi soir, soulignant qu'il discuterait immédiatement avec le parti d'extrême droite SPD, qui a obtenu 7,78% des voix (15 sièges), et le parti de droite "La Voix des automobilistes" (6,77%, 13 sièges).
Triomphant, les bras levés et tout sourire, M. Babis, 71 ans, a salué samedi un "résultat historique", "le summum absolu" de sa carrière politique.
Son parti Ano a largement devancé le mouvement Ensemble du chef du gouvernement de centre-droit sortant Petr Fiala (23,36%, 52 sièges).
Les libéraux de Stan, présents dans la coalition de M. Fiala, sont troisièmes avec 11,23% des voix (22 sièges).
M. Fiala a rejeté l'idée de tenter de reconstruire la coalition gouvernementale sortante.
- Proche d'Orban -
M. Babis, qui avait déjà dirigé la République tchèque de 2017 et 2021, a fait campagne sur la promesse d'augmenter les prestations sociales et de réduire l'aide apportée à l'Ukraine, pour faire passer les Tchèques d'abord.
Il dit vouloir réexaminer l'initiative internationale dirigée par son pays pour fournir des obus d'artillerie à l'Ukraine, et a indiqué qu'il en "discuterait" avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky si nécessaire.
Son retour au pouvoir pourrait signifier un rapprochement avec la Hongrie et la Slovaquie, qui ont refusé toute aide militaire à l'Ukraine et entravent les sanctions contre la Russie.
Interrogé dans la soirée par le média public ukrainien Suspilne, M. Babis a toutefois assuré que Prague ne remettrait pas complètement en cause son soutien à Kiev.
"Nous aidons l'Ukraine via l'UE qui aide l'Ukraine (...) et c'est la façon dont nous allons continuer à aider", a-t-il déclaré, rappelant avoir déjà rencontré M. Zelensky "trois fois".
M. Babis a cofondé avec Viktor Orban le groupe parlementaire eurosceptique "Patriotes pour l'Europe", et le Premier ministre hongrois l'a très vite félicité sur X samedi, saluant "une bonne nouvelle pour l'Europe".
Marine Le Pen, la dirigeante du parti d'extrême droite français Rassemblement national, a également estimé que "partout en Europe, les partis patriotes sont appelés au pouvoir par les peuples".
Le SPD, allié potentiel de M. Babis, réclame un référendum sur la sortie de l'Union européenne, ce que le dirigeant a cependant catégoriquement rejeté.
"Nous sommes clairement pro-européens et pro-Otan", a-t-il martelé samedi soir.
Le président tchèque Petr Pavel, un ancien chef des forces de l'Otan, avait rencontré M. Babis en début de semaine pour évoquer les risques de conflit d'intérêts avec ses activités d'homme d'affaires.
Le milliardaire est à la tête d'un conglomérat chimique et alimentaire et des poursuites sont engagées contre lui pour fraude aux subventions européennes.
Josef Mlejnek, analyste à l'Université Charles de Prague, a déclaré à l'AFP qu'il ne s'attendait pas à "un changement fondamental" dans la politique étrangère tchèque sous M. Babis, qui a des intérêts commerciaux en Europe occidentale. "Babis est un homme d'affaires pragmatique et la seule chose qui l'intéresse est d'être Premier ministre".
Mais Peter Just, de l'Université métropolitaine de Prague, pense lui qu'il "n'est pas certain que la rhétorique (de l'Ano) restera pro-occidentale très longtemps".
B.Khalifa--SF-PST