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En Iran, les tapis persans à l'épreuve des sanctions
En Iran, les tapis persans faits main, un savoir-faire ancestral dont la finesse a contribué au rayonnement culturel du pays, luttent pour leur survie, fragilisés par les sanctions et la crise économique qui détournent les acheteurs.
Les tapis ont longtemps été pour l'Iran un produit d'exportation hors pétrole clé, générant plus de deux milliards de dollars de recettes à son apogée au début des années 1990.
Mais le secteur peine aujourd'hui à dépasser 40 millions de dollars car il ne s'est jamais remis du retour des sanctions américaines en 2018 qui l'a coupé du marché américain, son principal débouché.
Les Etats-Unis "représentaient plus de 70% des (exportations de) tapis persans", selon Zahra Kamani, directrice du Centre national du tapis, un organisme gouvernemental, interrogée par la télévision d'Etat.
L'an dernier, les tapis iraniens ont tout de même trouvé preneurs dans 55 pays, dont l'Allemagne, les Emirats arabes unis, le Japon et la Chine.
Mais ils sont désormais concurrencés par des imitations bas de gamme en provenance d'Inde, de Chine, du Népal et du Pakistan.
Bien plus compétitives, elles ont même envahi l'Iran et représentent une menace directe pour deux millions d'Iraniens qui vivent de la fabrication de tapis, selon Mme Kamani, en majorité des femmes et pour certaines pour l'équivalent de quelques dollars par jour.
"Ces importations nous font perdre des parts de marché", déplore Hamed Nabizadeh, un commerçant rencontré à Téhéran par l'AFP et qui possède une galerie.
Les touristes occidentaux, qui ramenaient autrefois d'Iran des tapis en guise de souvenirs, se sont réduits comme peau de chagrin en raison de la montée des tensions géopolitiques.
Les difficultés économiques à l'international et la dépréciation abyssale en Iran de la monnaie nationale qui favorise l'hyperinflation rendent les tapisseries artisanales inabordables.
- Tendances et réseaux sociaux -
"Même pour quelqu'un vivant en Europe, acheter un tapis en soie à 30.000 ou 40.000 dollars (environ 34.000 euros) est difficile et le transport pose problème pour les touristes", poursuit M. Nabizadeh.
Les responsables iraniens assurent qu'une relance du secteur est possible pour préserver un savoir-faire qui remonte en Perse à l'âge du bronze.
"Grâce à des accords récemment signés, nous essayons de promouvoir et de faciliter les exportations pour les commerçants iraniens", indiquait en juin le ministre du Commerce, Mohammad Atabak, cité par l'agence de presse gouvernementale Irna.
"J'ai toujours voulu des tapis tissés à la main pour ma dot", raconte à l'AFP Shima, une secrétaire de 31 ans qui habite Téhéran.
"Ma famille me l'avait promis", comme le veut la tradition en Iran lors d'un mariage. "Mais nous n'en avons pas les moyens", regrette la jeune femme qui se verra passer la bague au doigt dans quelques semaines.
"On s'est donc tourné vers des tapis fabriqués en usine", moins onéreux mais de qualité incomparable aux tapis tissés avec patience par des artisans.
En Iran, la tradition veut que "la mariée fournisse les tapis du foyer" mais "les familles les plus modestes renoncent parfois à en acheter", souligne Shima, qui préfère taire son patronyme.
Les tapis artisanaux doivent sans doute se réinventer, estime le vendeur Hamed Nabizadeh, qui préconise de ne "pas se cantonner aux motifs, formes" et matières traditionnels pour rester compétitifs et davantage coller aux "tendances".
Les tapis doivent s'adapter à l'air du temps, ajoute M. Nabizadeh, préconisant de "développer une marque forte" et d'"attirer les clients grâce aux réseaux sociaux".
L.AbuTayeh--SF-PST