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Fin du référendum visant au retour à l'ordre constitutionnel en Guinée
Les électeurs guinéens se sont mobilisés en nombre dimanche sur un projet de nouvelle Constitution, affirmant leur volonté de sortir de la transition militaire, entre ceux souhaitant ardemment le retour des civils au pouvoir et d'autres soutenant le chef de la junte et sa potentielle candidature à une future présidentielle.
Les bureaux de vote ont fermé dimanche soir dans ce pays d'Afrique de l'Ouest après une journée de scrutin sous la surveillance d'un impressionnant dispositif de sécurité.
Espéré depuis des années par la population et la communauté internationale, ce référendum pour lequel les responsables de l'opposition avait appelé au boycott a ouvert une séquence électorale clef dans ce pays parmi les plus pauvres du monde et à l'histoire politique marquée par les régimes autoritaires.
Quelque 6,7 millions de Guinéens, sur environ 14,5 millions d'habitants, étaient appelés aux urnes. Les opérations de dépouillement ont commencé et les résultats provisoires officiels sont attendus à partir de mardi soir.
La campagne pour le "oui" au référendum a été ostentatoire à travers le pays, à grand renfort d'affiches à l'effigie du chef de la junte, Mamadi Doumbouya, 40 ans, qui dirige le pays d'une main de fer depuis qu'il a renversé le président civil élu Alpha Condé en 2021.
Celle du "non" a été quasi inaudible, du fait de la chape de plomb qui s'est abattue en Guinée sur les voix dissidentes. La junte a multiplié les restrictions contre les libertés.
L'Association des blogueurs de Guinée (ABLOGUI) s'est dit "indignée" de la "perturbation de l'internet en Guinée" dimanche, dénonçant une "cybercensure" et des "restrictions affectant particulièrement Facebook et Telegram".
- "C'est abusé" -
Malgré l'appel au boycott de l'opposition, qui dénonçait une "mascarade électorale", l'AFP a constaté une certaine affluence dans le centre aisé de Conakry, mais aussi dans plusieurs quartiers plus populaires.
Dans le reste du pays, l'affluence était contrastée par régions, notamment moins importante à Faranah (centre-est).
L'organisation du référendum permet à la junte de donner le change aux exigences d'élection de la communauté internationale et des bailleurs. Les autorités souhaitent se "normaliser" et renouer avec les organisations sous-régionales, régionales et internationales.
Elles ont donc annoncé des élections présidentielle et législatives pour assurer un retour à l'ordre constitutionnel avant la fin de cette année, mais aucune date n'a été donnée pour l'instant.
Si elle est adoptée, cette Constitution remplacera la "Charte de la transition", établie par la junte après le coup d'Etat et qui interdisait notamment à ses membres de se présenter aux élections.
Or, cette interdiction ne figure plus dans le projet de Constitution, ouvrant la voie à une candidature du général Doumbouya, contrairement à sa promesse initiale de ne pas se présenter à une présidentielle.
Tout semble indiquer que M. Doumbouya, chef de l'Etat et chef des armées, ancien légionnaire de l'armée française, sera candidat.
"C'est abusé", a réagi auprès de l'AFP un informaticien de 28 ans venu voter "non" et s'exprimant sous couvert d'anonymat près d'un bureau de vote du quartier populaire de Cosa. "Je déplore le fait qu'il y ait moins de libertés, il y a trop d'abus".
Pour sa part, le ministre secrétaire général de la présidence, le général Amara Camara, interrogé par l'AFP en marge d'un bureau de vote, estime que cette "Constitution répond aux aspirations profondes des Guinéens, ce n'est pas une Constitution pour le président Doumbouya".
Il a salué l'"engouement", selon lui, pour ce scrutin et les "électeurs sortis en masse".
- Dilemme -
Ahmad Diallo, 23 ans, étudiant, plaisante avec ses amis après avoir voté. "C'est ce que tout le monde attend: avoir la paix et on veut que la transition se termine", lance-il en souriant. Depuis la prise de pouvoir des militaires, "c'est calme, ça se passe bien dans le pays et on aime ça".
Nombre de votants interrogés expliquent être venus voter en faveur de cette Constitution afin d'avancer sur la voie du retour à l'ordre constitutionnel, tout en craignant une candidature de Mamadi Doumbouya à une présidentielle.
Dans un bureau de vote du quartier défavorisé de Hamdallaye, une responsable syndicale de 72 ans s'exprimant sous couvert d'anonymat confie ainsi son dilemme: "Je suis venue car j'ai toujours voté, c'est un devoir de citoyen, et il faut mettre fin à la transition militaire".
Mais elle qualifie la campagne référendaire de "campagne présidentielle": "ça n'a pas été une campagne sur une Constitution, la propagande a été trop forte...". "Vous avez vu les blindés, les armements, les pick-up: c'est pour une Constitution ça ? Non, c'est pour effrayer les gens", lance-t-elle avec émotion.
Le vote s'est déroulé dans un calme relatif dans le pays. Un incident entre manifestants et forces de l'ordre a eu lieu dans l'après-midi dans un quartier de Conakry, entraînant le déploiement de soldats.
N.AbuHussein--SF-PST