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Crise américano-brésilienne: Eduardo Bolsonaro, instigateur au nom du père
Acharné à éviter la prison à l'ex-président brésilien Jair Bolsonaro, son fils Eduardo revendique fièrement son rôle d'instigateur, depuis les Etats-Unis, de la surtaxe douanière infligée par l'administration Trump à son pays.
Cela lui vaut d'être traité de "traître" par le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
Mais ce député de 41 ans au verbe cinglant dit lutter contre la "tyrannie" qu'il attribue au juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, en charge du procès contre l'ancien chef d'Etat d'extrême droite (2019-2022) pour tentative de coup d'Etat.
Installé sur le territoire américain depuis mars, le troisième de la fratrie Bolsonaro a décidé de mettre entre parenthèses son mandat de parlementaire pour plaider en faveur de son père auprès des autorités américaines.
Aux Etats-Unis, "03" comme le surnomme l'ex-président, mène campagne aux côtés de Paulo Figueiredo, petit-fils du dernier général à avoir présidé le Brésil sous la dictature militaire qui a pris fin en 1985.
Leur lobbying s'est révélé efficace: convaincu que Jair Bolsonaro est victime d'une "chasse aux sorcières", Donald Trump a imposé 50% de surtaxes douanières sur une bonne part des exportations brésiliennes vers les Etats-Unis. Entrée en vigueur mercredi.
Mais ce qu'Eduardo Bolsonaro - qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP - a célébré comme un "tournant historique", ce sont surtout les sanctions financières infligées par les Etats-Unis au juge Moraes.
Elles n'ont pas empêché ce puissant magistrat d'ordonner lundi l'assignation à résidence de l'ancien président. "Psychopathe hors de contrôle", a fulminé Eduardo Bolsonaro.
Le juge Moraes avait déjà ouvert une enquête contre le parlementaire, qu'il soupçonne de faire pression sur lui et les autres juges de son père.
Hyperactif sur les réseaux sociaux, Eduardo Bolsonaro y affirme sans relâche que toute tentative de négociation pour atténuer l'effet des droits de douane est vouée à l'échec.
A ses yeux, une seule solution: l'approbation au Parlement d'une loi d'amnistie qui pourrait desserrer l'étau judiciaire autour de son père, inéligible jusqu'en 2030.
Il joue ainsi le tout pour le tout: "c'est victoire à 100% ou défaite à 100%", a admis récemment l'exilé volontaire.
- "Provocateur" -
Un ancien conseiller sous la présidence Bolsonaro décrit le député comme un "provocateur". "L'important pour lui, c'est d'attirer l'attention, de faire du bruit", affirme-t-il à l'AFP, sous couvert d'anonymat.
Mais ses nombreux partisans voient volontiers en lui un "héros".
Sûr de sa puissance, Eduardo Bolsonaro tance ou menace désormais adversaires et alliés jugés insuffisamment loyaux. Ainsi du gouverneur de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas, considéré comme un des principaux présidentiables conservateurs pour 2026.
Regard perçant, port athlétique du haut de son 1,87 m, Eduardo Bolsonaro s'est lancé très tôt dans la politique, comme ses trois frères, Flavio, sénateur, Carlos et Renan, conseillers municipaux.
Cet avocat de formation est entré à la chambre basse à 30 ans, en 2015. Il détient encore aujourd'hui le record du nombre de voix pour un député fédéral brésilien, décroché en 2018, avec plus de 1,8 million de suffrages.
Cette année-là, il s'était déjà montré menaçant envers les juges, en assurant qu'"un soldat et un caporal suffiraient à faire fermer la Cour suprême".
- Hamburgers -
Président, Jair Bolsonaro avait un temps envisagé de le nommer ambassadeur aux Etats-Unis: il louait son "expérience internationale", rappelant que son rejeton avait "préparé des hamburgers" lors d'un programme d'échange dans l'Etat américain du Maine.
L'offensive de Washington contre le Brésil confirme qu'Eduardo Bolsonaro a depuis su tisser des liens étroits avec la galaxie trumpiste et, au-delà, avec l'extrême droite internationale.
Le soir de la réélection de Donald Trump, il se trouvait parmi les "happy few" présents dans la résidence du milliardaire à Mar-a-Lago, en Floride.
Marié et père de deux jeunes enfants, le député s'est dit "prêt" à briguer la fonction suprême l'an prochain si son père lui confie cette "mission".
Une hypothèse jugée improbable par le politologue Leandro Gabiati, du cabinet de consultants Dominium: pour lui, le lobbying d'Eduardo Bolsonaro aux Etats-Unis lui a valu "le désaveu des milieux d'affaires et au sein même de la droite".
D'autant plus que, s'il décide de rentrer au Brésil, "tout indique qu'il se fera arrêter", ajoute ce spécialiste.
M.Qasim--SF-PST