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Débuts assourdissants, conclusion furtive: quatre mois de Musk au gouvernement
"Ca va être fantastique", triomphait-il le jour de l'investiture de Donald Trump. Quatre mois plus tard, c'est en sourdine qu'Elon Musk met fin à sa mission de conseiller du président américain.
"Alors que ma période prévue en tant qu'employé spécial du gouvernement touche à sa fin, je voudrais remercier le président Donald Trump de m'avoir donné l'occasion de réduire les dépenses inutiles", a écrit l'homme d'affaires sur son réseau social X, avec une sobriété inhabituelle.
Pas d'effusions non plus de la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, à la conclusion de cette expérimentation inédite dans l'histoire des Etats-Unis: "Nous le remercions pour son travail. Nous le remercions pour avoir lancé le Doge (ndlr: le nom de sa commission à l'efficacité gouvernementale) et les efforts en vue de réduire le gaspillage, la fraude et les abus continueront".
Elles sont loin, ces dernières semaines de la campagne et ces premières semaines du second mandat de Donald Trump, quand la haute silhouette omniprésente d'Elon Musk, invariablement vêtu de noir, semblait l'ombre même du président américain.
Le 11 février, le patron de Tesla et SpaceX promet, dans le Bureau ovale, de sauver l'Amérique de la "faillite".
- "X" se cure le nez -
"Nous allons vite, donc nous ferons des erreurs, mais nous corrigerons ces erreurs rapidement", dit-il, sûr de son influence, certainement grisé par son nouveau pouvoir. A ses côtés son petit garçon, "X", se cure le nez sous l'oeil de Donald Trump.
L'homme le plus riche du monde se joue des convenances, balaye les soupçons de conflit d'intérêt et se moque des protestations venues d'Europe quand il utilise sa plateforme X pour pousser des partis et idées d'extrême-droite.
Le président américain, au départ, ne recule devant rien pour défendre cet allié qu'il a qualifié de "génie", et qui a financé sa campagne à hauteur de plus de 270 millions de dollars, au point de devenir le plus grand donateur politique de l'histoire américaine.
Pour soutenir Tesla, dont les ventes pâtissent de l'agitation de son clivant patron, Donald Trump va jusqu'à acheter une voiture de la marque devant les caméras, pendant une sidérante opération de promotion à la Maison Blanche.
Mais assez vite, les caricatures et analyses de la presse américaine sur le "président Musk" laissent place aux révélations sur les accrochages entre l'éruptif quinquagénaire et certains ministres, qui l'applaudissent publiquement mais éreintent en privé les méthodes brutales des jeunes recrues de Doge.
- "Macho de la Silicon Valley" -
"Il a abordé sa mission en macho de la Silicon Valley, d'une manière destructrice, et cela a monté l'opinion publique contre lui", analyse Elaine Kamarck, du Brookings Institute.
Pour cette experte, qui a mené une mission de réforme de l'Etat auprès du président démocrate Bill Clinton, le "coup de grâce" est venu de la défaite le 1er avril d'un candidat conservateur à la Cour suprême du Wisconsin, pour lequel Elon Musk avait fait activement campagne.
Le multimilliardaire est devenu selon elle un "boulet politique" pour Donald Trump.
De son côté, Elon Musk s'est dit mardi "déçu" par un projet de grande loi économique du président américain, dans un entretien avec la chaîne CBS News.
Il s'est aussi épanché auprès du Washington Post, déplorant que le Doge soit devenu "un bouc émissaire pour tout", et auprès du site spécialisé Ars Technica, auquel il a confié voir "probablement consacré un peu trop de temps à la politique".
Elon Musk avait promis de réduire la dépense publique de 2.000 milliards de dollars d'abord, 1.000 milliard de dollars ensuite. Irréaliste, avaient aussitôt jugé les experts, pointant que le budget fédéral américain tout entier, hors prestations sociales, se montait à 1.700 milliards.
Le natif d'Afrique du sud a démantelé des agences entières, attaqué le financement de l'aide internationale et de la recherche et poussé au licenciement de milliers de fonctionnaires.
Mais le calcul des économies initiées par le Doge, dont les opérations ont été et restent opaques, est très difficile.
Le magazine The Atlantic est arrivé au chiffre de 2 milliards de dollars jusqu'ici.
R.AbuNasser--SF-PST