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L'Ukraine réclame des armes lourdes pour Severodonetsk où se joue "le sort" du Donbass
L'Ukraine a réclamé jeudi des armes d'artillerie occidentale "de longue portée" qui lui permettraient selon elle de reprendre rapidement Severodonetsk, ville de l'est où se joue selon Kiev "le sort" du Donbass, priorité stratégique de Moscou.
Les soldats ukrainiens livrent à Severodonetsk l'une des "batailles les plus difficiles" depuis le début de la guerre pour résister aux forces russes qui contrôlent désormais une grande partie de la ville, selon le président Volodymyr Zelensky.
"Nous défendons nos positions, en infligeant des pertes importantes à l'ennemi. C'est une bataille très dure", a affirmé le chef de l'Etat ukrainien dans une vidéo diffusée mercredi soir, en jugeant que "le sort" du vaste bassin houiller du Donbass "se joue" à Severodonetsk.
Mettre la main sur cette ville serait une étape déterminante pour Moscou en vue d'une conquête de l'intégralité du Donbass, déjà en partie tenu depuis 2014 par des séparatistes prorusses, renforcés par les troupes russes après l'invasion du 24 février.
L'Ukraine pourrait toutefois reprendre Severodonetsk "en 2, 3 jours" dès qu'elle disposera d'armes d'artillerie occidentales "de longue portée", a assuré jeudi Sergueiï Gaïdaï, gouverneur de Lougansk, l'une des deux région du Donbass.
Face à la pression des troupes de Moscou, les Ukrainiens ne cessent de réclamer à leurs alliés occidentaux des armes plus puissantes que celles de moindre portée dont ils disposent.
La livraison de systèmes de lance-roquettes multiples, d'une portée de quelque 80 km, soit légèrement supérieure aux systèmes russes, a été annoncée par Washington et par Londres, mais on ignore quand les Ukrainiens pourront commencer à les utiliser.
Selon le gouverneur Gaïdaï, des combats de rue et des bombardements russes "constants" se poursuivent jeudi dans les zones de Severodonetsk encore controlées par les Ukrainiens.
Les Russes y combattent de manière "très primitive" en bombardant lourdement à l'artillerie, avant d'envoyer leurs troupes pour tenter de faire des brèches dans les lignes ukrainiennes, a-t-il estimé, ajoutant: "Nos forces les repoussent, puis les tirs d'artillerie reprennent, et ça continue comme ça en permanence".
- "Personne pour m'aider" -
La semaine dernière, Severodonetsk semblait sur le point de tomber aux mains de l'armée russe, mais les troupes ukrainiennes ont contre-attaqué et réussi à tenir bon, en dépit de leur infériorité numérique. Les forces russes regagnent cependant du terrain.
Quelque 800 civils sont pris au piège dans l'usine chimique Azot de la ville, où ils se sont réfugiés, selon l'avocat d'un magnat ukrainien dont la société est propriétaire de l'installation.
Les autorités ukrainiennes n'ont pas confirmé cette information.
Mercredi soir, les forces russes ont bombardé Azot au moins deux fois, touchant notamment un centre de production d'ammonium, a indiqué jeudi la présidence ukrainienne.
Lyssytchansk, ville voisine de Severodonetsk, est entièrement contrôlée par l'armée ukrainienne mais subit elle aussi des bombardements "puissants", a déclaré le gouverneur Gaïdaï, accusant les forces russes de viser "délibérément" les hôpitaux et les centres de distribution d'aide humanitaire.
Si beaucoup de civils ont évacué Severodonetsk et Lyssytchansk, plusieurs milliers y sont néanmoins restés --des personnes âgées, les gens s'occupant d'elles ou ceux n'ayant pas les moyens de partir ailleurs.
"Tous les jours, il y a des bombardements, tous les jours quelque chose brûle", témoigne Iouri Krassnikov, assis dans un quartier de Lyssytchansk aux nombreux immeubles endommagés et pavillons calcinés, alors que l'artillerie gronde non loin de là.
"Il n'y a personne pour m'aider", se lamente ce retraité qui se sent abandonné.
Les Russes continuent également de bombarder intensément Donetsk, l'autre région du Donbass, "sur tout le long de la ligne de front", selon Kiev, qui a recensé 4 morts et 11 blessés au cours des dernières 24 heures.
Dans la ville de Bakhmut, un établissement scolaire a été entièrement détruit mercredi par un bombardement, des livres brûlés étant visibles parmi les décombres, selon des journalistes de l'AFP. Aucun blessé ou mort n'a été signalé.
Les forces de Moscou n'ont progressé que lentement jusqu'ici, faisant dire aux analystes occidentaux que l'invasion russe lancée le 24 février avait tourné à la guerre d'usure, avec des avancées limitées obtenues au prix de destructions massives et de lourdes pertes.
- "Vague de faim" -
Plus de 100 jours après l'offensive russe, les conséquences de la guerre continuent de s'aggraver dans le monde, tant sur le plan financier et alimentaire qu'énergétique, touchant 1,6 milliard de personnes, a alerté mercredi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.
"Pour les populations du monde entier, la guerre menace de déclencher une vague sans précédent de faim et de misère, laissant dans son sillage le chaos social et économique", a averti M. Guterres
"Il n'y a qu'un seul moyen d'arrêter cette tempête qui se prépare: l'invasion russe de l'Ukraine doit cesser".
Le blocage des ports ukrainiens par la flotte russe de la mer Noire --à commencer par celui d'Odessa, principal port du pays-- paralyse ses exportations de céréales, notamment de blé, dont elle était avant la guerre en passe de devenir le troisième exportateur mondial.
Des pays africains et moyen-orientaux sont les premiers touchés et craignent de graves crises alimentaires.
Quelque 20 à 25 millions de tonnes sont actuellement bloquées, des quantités qui pourraient tripler d'"ici l'automne" pour atteindre 75 millions de tonnes, selon le président ukrainien.
Alors que Moscou accuse les Occidentaux d'être à l'origine de cette pénurie en raison de leurs sanctions, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a rencontré mercredi son homologue turc Mevlut Cavusoglu à Ankara pour discuter de "corridors maritimes sécurisés" qui permettraient de reprendre les transports de céréales en mer Noire.
- Inflation vertigineuse -
A la demande de l'ONU, la Turquie a proposé son aide pour escorter les convois maritimes depuis les ports ukrainiens, malgré la présence de mines.
Lors d'une conférence de presse, M. Lavrov a assuré que la Russie était "prête à garantir la sécurité des navires qui quittent les ports ukrainiens (...) en coopération avec nos collègues turcs".
Pour M. Cavusoglu, la demande de Moscou de lever les sanctions qui frappent indirectement ses exportations agricoles, pour faciliter les exportations ukrainiennes, est "légitime".
La hausse des prix touche aussi de plein fouet la Russie, où l'inflation a connu une hausse vertigineuse jusqu'à battre un record de vingt ans. Elle a cependant commencé à reculer en mai, atteignant tout de même 17,1% sur un an, selon des données officielles.
L'Institut de la Finance internationale (IFF) prévoit ainsi une contraction de l'économie russe de 15% cette année et de 3% supplémentaires en 2023.
La guerre a poussé quelque 6,5 millions d'Ukrainiens à fuir leur pays et fait des milliers de morts: au moins 4.200 civils, selon le dernier bilan de l'ONU, qui estime les chiffres réels "considérablement plus élevés", et des milliers de militaires, même si les belligérants communiquent rarement sur leurs pertes.
F.AbuShamala--SF-PST