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RDC: l'aéroport de Goma tombe aux mains du M23, ambassades attaquées à Kinshasa
D'intenses combats ont laissé des rues jonchées de cadavres à Goma, principale ville de l'est de la RDC, assiégée par le groupe armé antigouvernemental M23 et les troupes rwandaises qui se sont emparés mardi de l'aéroport.
A Kinshasa, des manifestants en colère ont attaqué plusieurs ambassades, dont celles du Rwanda accusé par les autorités congolaises de leur avoir "déclaré la guerre", du Kenya et aussi de la France, de la Belgique et des Etats-Unis, des pays critiqués pour leur inaction dans cette crise.
Sur le plan diplomatique, le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a "condamné les violences du M23" et l'a exhorté "à déposer les armes", mais sans citer nommément le Rwanda, alors qu'à New York une nouvelle réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la RDC doit encore avoir lieu.
Le M23 et les soldats rwandais sont entrés dimanche soir dans Goma, cité de plus d'un million d'habitants et presque autant de déplacés, coincée entre le lac Kivu et la frontière rwandaise, au terme d'une progression éclair de quelques semaines lancée après l'échec mi-décembre d'une médiation RDC-Rwanda sous l'égide de l'Angola.
"Ils ont pris le contrôle de l'aéroport, des cadres du M23 sont là", et "plus de 1.200 militaires congolais se sont rendus et sont cantonnés dans une base de la Monusco (mission de l'ONU en RDC) à l'aéroport", a indiqué cette source.
De nombreux cadavres de soldats ou de civils étaient visibles dans les rues, où des habitants pressaient le pas vers les entrepôts de denrées alimentaires et produits de première nécessité, ont constaté des journalistes de l'AFP.
L'est de la RDC est secoué depuis plus de 30 ans par des conflits exacerbés depuis le génocide rwandais de 1994. La RDC accuse notamment le Rwanda de vouloir y faire main basse sur ses nombreuses richesses naturelles, ce que Kigali dément. Le pouvoir rwandais dénonce également la présence côté congolais de groupe qui lui sont hostiles.
- "Les bombes tombaient" -
Après l'entrée dans la ville du M23 et des forces rwandaises dimanche soir, "les bombes tombaient et tuaient des gens partout", a raconté à l'AFP Destin Jamaica Kela, un étudiant de 24 ans qui avec sa famille a fui Goma et trouvé refuge dans un centre de transit situé de l'autre côté de la frontière rwandaise, près de Gisenyi.
Ils ont pris la route et sont passés au Rwanda, comme près de 1.200 Congolais recensés selon Kigali, après avoir vu la maison de leurs voisins détruite par une bombe, qui a "tué toute la famille".
Le bureau des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) a déploré "l'afflux massif de blessés par balles et par munitions explosives dans les structures soutenues par le CICR, notamment l'hôpital CBCA Ndosho à Goma".
Des personnels de l'ONU ont observé "des tirs nourris d'armes légères et de mortiers à travers la ville" et "de nombreux cadavres dans les rues", a déclaré le porte-parole de l'Ocha, Jens Laerke.
Viols, pillages, pénuries alimentaire, risque de dissémination du virus Ebola, du choléra ou de la rougeole... les combats à Goma ont bien d'autres conséquences dévastatrices, ont souligné l'ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
L'armée sud-africaine a par ailleurs annoncé quatre soldats supplémentaires tués en RDC, portant à 17 les membres de la force régionale d'Afrique australe (SAMIRDC) et de la mission onusienne (Monusco) morts ces derniers jours dans des combats contre le M23.
- "Ils nous ont tout volé" -
La Commission européenne a annoncé mardi une aide humanitaire d'urgence de 60 millions d'euros en faveur des populations déplacées en RDC.
L'Allemagne a elle mis mardi sur pause des discussions avec Kigali sur son aide au développement, exigeant du pays africain et de ses alliés du M23 qu'ils retirent leurs forces de l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
Mardi matin, des habitants, après trois jours cloîtrés chez eux, ont bravé la peur et sont descendus vers le lac pour puiser de l'eau, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Plusieurs disent avoir été braqués par des miliciens ou militaires congolais en débandade: "Ils nous ont tout volé, nos téléphones, même nos souliers. On les a vus se déshabiller et jeter leurs tenues et leurs armes", raconte Jospin Nyolemwaka, qui a fui son quartier.
Au moins 17 personnes ont été tuées et 367 blessées dans ces combats au cours des deux derniers jours, avaient indiqué lundi plusieurs hôpitaux de Goma.
Le président congolais Félix Tshisekedi, qui ne s'est encore pas exprimé depuis le début de la crise, devrait s'adresser à la nation dans la journée. Son gouvernement a assuré lundi vouloir "éviter le carnage".
Le Kenya a convoqué mercredi une rencontre entre M. Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame.
Dans l'est de la RDC, riche en ressources naturelles, les conflits et les rébellions s'enchaînent depuis plus de trente ans. Goma avait été brièvement occupée fin 2012 par le M23, né cette année-là et vaincu militairement l'année suivante.
burx-cld-cpy-emd/ib
G.AbuOdeh--SF-PST