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Allemagne: ouverture chaotique du procès d'un dirigeant d'extrême droite jugé pour un slogan nazi
Manifestations, multiples requêtes des avocats, audience interrompue: le premier jour du procès de l'une des figures les plus radicales de l'extrême droite allemande, Björn Höcke, jugé pour l'utilisation d'un slogan nazi, s'est déroulé jeudi de façon chaotique.
Ce procès intervient quatre mois et demi avant des scrutins régionaux clés dans l'Est du pays, où le parti AfD espère s'imposer.
Quatre heures après l'ouverture, le procureur, Benedikt Bernzen, visiblement mécontent du comportement des avocats de Björn Höcke, a pu lire l'acte d'accusation, d'une durée de deux minutes.
"Il lui est reproché d'avoir utilisé en mai 2021 lors d'un meeting électoral à Merseburg (est) un slogan d'une organisation nationale-socialiste", a-t-il dit.
Björn Höcke, qui devrait selon ses avocats s'exprimer mardi prochain, avait déclaré à Merseburg: "Tout pour notre patrie, tout pour la Saxe-Anhalt, tout pour l'Allemagne".
- "Devise interdite des SA" -
Or, "tout pour l'Allemagne" était une devise utilisée par les SA, formation paramilitaire du parti nazi qui a joué un rôle essentiel dans la conquête du pouvoir de Hitler.
"Björn Höcke savait qu'il s'agissait d'une devise interdite des SA", selon l'acte d'accusation.
En Allemagne, la loi interdit formellement l'utilisation de slogans nazis ou l'exhibition en public de symboles du IIIe Reich.
Ancien enseignant d'histoire au lycée, le leader de l'AfD en Thuringe, âgé de 52 ans, risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement.
"S'il est condamné à une peine de prison d'au moins six mois, le tribunal pourrait lui retirer son droit de vote passif et actif", a déclaré la porte-parole du tribunal, Adina Kessler-Jensch, en parlant du droit de voter et d'être élu.
Léger sourire aux lèvres, M. Höcke, vêtu d'un costume sombre et portant une cravate bleu ciel, était entré en fixant longuement les deux procureurs dans la salle d'audience.
Ses avocats avaient aussitôt demandé que tout soit enregistré en raison de la "dimension historique" du procès, ce qui avait été rejeté par le tribunal.
Avant les élections en Thuringe, région de l'ex-RDA communiste où Björn Höcke rêve d'accéder au pouvoir, ce procès à Halle, dans le Land voisin de Saxe-Anhalt, est particulièrement suivi. Des élections sont aussi prévues à l'automne en Saxe et dans le Brandebourg.
Quelques centaines de manifestants, brandissant des banderoles avec les inscriptions "stopper l'AfD" ou "Björn Höcke est un nazi" et criant des slogans contre l'extrême droite, se sont rassemblées devant le tribunal entouré de forces de police.
L'un de ses principaux candidats aux élections européennes de juin a aussi été accusé d'avoir touché de l'argent d'un réseau de propagande financé par Moscou.
- "Monument de la honte" -
M. Höcke est un habitué des provocations verbales: en janvier 2017, il avait qualifié le Mémorial de la Shoah à Berlin de "monument de la honte" et son exclusion du parti avait été envisagée.
Raie sur le côté, cet homme svelte au regard bleu acier plaide pour rompre avec la culture de repentance des crimes nazis, fondement de l'après-guerre dans le pays.
Le printemps 2013 a marqué le point de départ de l'ascension politique de ce père de quatre enfants: il a été membre fondateur de la section régionale de l'AfD en Thuringe.
En août de la même année, il en est devenu le président. En raison de positions très extrêmes, l'AfD de Thuringe, comme celle de Saxe-Anhalt, ont été placées sous la surveillance des services de renseignement.
"Pour les électeurs de cette région, une condamnation de Höcke par le tribunal ne changera rien car ils sont convaincus que les institutions démocratiques lui en veulent", relativise toutefois auprès de l'AFP Johannes Kiess, politologue de l'Université de Leipzig, en Saxe.
"En revanche, pour les sympathisants de l'AfD de l'ouest du pays, ce procès écorne l'image du parti", estime M. Kiess.
Avant le scrutin européen, M. Höcke s'applique ainsi à dédiaboliser son image. Lors d'un duel télévisé il y a une semaine, il a prétendu que le concept de "remigration" de son parti visait à faire revenir les Allemands vivant à l'étranger et non à expulser les étrangers d'Allemagne.
Q.Bulbul--SF-PST