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Imamoglu, le maire d'Istanbul qui défie Erdogan
Champion de l'opposition turque, le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu a été réélu largement dimanche soir, une victoire qui le propulse dans la course à la présidentielle de 2028.
L'édile, qui avait fait une entrée fracassante sur la scène politique nationale il y a cinq ans en infligeant son pire revers électoral au président turc Recep Tayyip Erdogan, a réitéré son exploit en conservant la capitale économique de la Turquie, malgré les efforts déployés par le chef de l'Etat qui en fut lui-même le maire dans les années 1990.
Quasi inconnu jusqu'en 2019, l'élu du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) avait mis fin cette année-là à vingt-cinq années de domination de M. Erdogan et de son camp sur la plus grande ville du pays.
"Vous avez ouvert la porte à un nouvel avenir aujourd'hui. À partir de demain, la Turquie sera une autre Turquie!", a-t-il lancé dimanche soir, en bras de chemise comme à son habitude, à l'adresse des électeurs d'Istanbul et de Turquie, tandis qu'une foule de partisans célébrait sa réélection devant la municipalité d'Istanbul.
- "Plaire à tous" -
Personnalité charismatique et médiatique, le quinquagénaire aux fines lunettes sans montures est dans le viseur du pouvoir qui l'a fait condamner, fin 2022, à deux ans et sept mois de prison pour "insulte" aux membres du Haut comité électoral turc.
L'élu a fait appel mais cette peine, qui continue de planer comme une menace sur son avenir politique, l'avait écarté de la course à la présidence l'an dernier.
Régulièrement classé parmi les personnalités politiques préférées des Turcs, il n'a cessé de se poser en rival direct du président Erdogan, qui a affirmé récemment que ces municipales étaient les "dernières élections" organisées sous son autorité.
Pendant sa campagne, Ekrem Imamoglu a multiplié de sa voix rauque les piques contre le chef de l'Etat, le ciblant davantage que son rival défait du parti AKP au pouvoir, Murat Kurum.
Musulman pratiquant mais membre d'un parti laïque, cet ex-homme d'affaires originaire de la mer Noire, qui a fait fortune dans le bâtiment avant d'entrer en politique, séduit au-delà de son parti.
"Il peut plaire à tous les segments de l'électorat d'opposition, qu'il s'agisse d'électeurs turcs, kurdes, sunnites, alévis, jeunes ou âgés", estime Berk Esen, politiste à l'université Sabanci d'Istanbul. Il note que le maire d'Istanbul "bénéficie d'un niveau de soutien assez élevé dans les différentes régions du pays".
- "Fourmi atomique" -
Le maire ne fait toutefois pas l'unanimité dans son camp, parfois accusé de se soucier davantage de son avenir politique que de ses administrés.
Le parti prokurde DEM (ex-HDP), qui l'avait rallié en 2019, lui a reproché son silence lorsque des dizaines de ses élus ont été démis de leur fonction et emprisonnés.
Ses adversaires affirment qu'il investit davantage dans la communication que dans la prévention du risque sismique, très élevé à Istanbul, ce que les chiffres de la mairie démentent.
"C'est quelqu'un qui depuis cinq ans ne s'intéresse qu'à des questions non liées à Istanbul", avait lancé pendant la campagne son principal adversaire.
L'élu assure, lui, travailler "comme une fourmi atomique" --une référence à un dessin animé populaire-- et se vante d'avoir largement féminisé la municipalité.
Il refuse encore de se dire candidat à la fonction suprême: "Il reste quatre ans jusqu'en 2028. Il serait malvenu de ma part de parler de cela aujourd'hui", a-t-il éludé dans un récent entretien au média d'opposition Medyascope.
A.Suleiman--SF-PST