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Une semaine après l'attentat non loin de Moscou, des Russes entre douleur et colère
Une semaine après l'attentat le plus meurtrier de ces vingt dernières années dans leur pays, des Russes en deuil continuaient d'affluer vendredi devant le Crocus City Hall, près de Moscou, pour exprimer leurs émotions, entre douleur et colère
Le 22 mars, des hommes armés ont pénétré dans cette salle de concert de la ville de Krasnogorsk avant d'ouvrir le feu sur la foule et de mettre le feu au bâtiment. Au moins 144 personnes sont mortes et 360 ont été blessées dans cette attaque revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique.
Après la confusion qui a d'abord régné, le Kremlin a admis que des "islamistes radicaux" avaient été à l'origine de l'attentat, tout en continuant d'y voir une piste ukrainienne.
Douze suspects ont été arrêtés, dont les quatre assaillants présumés, originaires du Tadjikistan.
Vendredi, à quelques pas du bâtiment calciné, où les sauveteurs cherchaient encore des corps de victimes les jours précédents, le monticule fait de fleurs, de lettres manuscrites et de jouets ne cesse de grossir, ont constaté des journalistes de l'AFP.
- Des "monstres" -
"Je pleure surtout les enfants. Que la terre s'effondre sous les pieds de ces monstres", lance Tatiana, une retraitée de 72 ans, maudissant les assaillants. Elle dit être venue présenter ses "condoléances aux proches des victimes".
Si certains préfèrent éviter d'émettre des hypothèses sur les motivations des auteurs de l'attaque, d'autres accusent l'Ukraine, reprenant la rhétorique des autorités et des médias d'Etat.
"Ceux qui ont fait ça, qui l'ont financé, qui y ont contribué, sont des monstres inhumains. Nous savons maintenant qui a agi contre la Russie. Qu'ils brûlent en enfer !", s'énerve Vitalia, une employée du secteur de la culture âgée d'une cinquantaine d'années, sans expliciter plus précisément qui elle accuse.
Ivan Marinitch, un réalisateur de 29 ans qui a perdu un ami dans l'attentat, estime quant à lui que "quelqu'un d'Ukraine, un oligarque ukrainien" est "derrière tout ça".
Son ami, un chanteur handicapé de 25 ans, Maxime Verbenine, a été tué par les assaillants mais a réussi à protéger sa petite amie avec son corps, en tombant sur elle. La jeune fille est à l'hôpital avec des brûlures due à l'incendie.
- "Nous sommes unis" -
La mère d'Ivan, Elena Marinitch, 65 ans, est persuadée que "le commanditaire, c'est l'Ukraine". Les auteurs de la tuerie étaient des citoyens tadjiks "pour pouvoir accuser l'Etat islamique", veut-elle croire.
Cette organisation jihadiste a revendiqué à plusieurs reprises la responsabilité de cette attaque, diffusant même des vidéos réalisées par les assaillants pendant le massacre.
Comme après chaque attentat, ce drame a relancé les débats sur le rétablissement de la peine de mort en Russie. Katerina, une restauratrice de 29 ans qui appelle à apprendre aux gens "comment se comporter dans de telles situations, comment se sauver", s'y dit favorable.
Un service religieux pour les victimes est célébré toutes les deux heures devant le mémorial improvisé par des prêtres de Krasnogorsk. Cet après-midi, c'est au tour de Sergueï Tchesnokov d'officier.
"La tragédie a uni les gens. Et l'essentiel, maintenant, c'est de garder cet esprit d'unité", dit-il, racontant que des personnes de différentes nationalités qui travaillent en Russie vont dans son église prier pour ceux qui ont été tués ou blessés.
Sur des pancartes déposées au milieu de la montagne de fleurs, on eut lire : "La Géorgie pleure avec vous", "L'Azerbaïdjan pleure avec vous", "Le peuple tadjik est en deuil à vos côtés".
Le jour de la tuerie, une cinquantaine de spectateurs ayant réussi à se sauver de la salle de concert s'étaient réfugiés dans une église orthodoxe à proximité.
"Dieu soit loué, nous sommes unis. Nous sommes russes, nous sommes forts, nous vaincrons", lance Valentina, une retraitée de 70 ans.
Varvara Nikitina, une femme au foyer de 30 ans, soupire : "malheureusement, nous ne pouvons pas changer ce qui s'est passé mais nous pouvons prier pour les morts, prier pour ceux qui sont encore dans les hôpitaux. Je suis ici pour le faire, c'est mon devoir".
Q.Bulbul--SF-PST