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La Russie veut épuiser l'Ukraine avec ses frappes massives
Les récentes frappes massives russes contre des grandes villes ukrainiennes visent, selon les experts, à épuiser la population et la défense antiaérienne de l'Ukraine, qui a une nouvelle fois réclamé plus d'armes à ses alliés occidentaux.
Une réunion Otan/Ukraine se tiendra d'ailleurs à ce sujet mercredi prochain à Bruxelles, à la demande de Kiev, a annoncé le porte-parole de l'organisation Dylan White.
Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la Russie a tiré près de 300 missiles et plus de 200 drones explosifs Shahed, dans deux attaques, le 29 décembre et dans la nuit du 1er au 2 janvier, qui ont provoqué la mort d'une cinquantaine de personnes.
Un an après des frappes massives de Moscou sur les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, cette campagne au milieu de l'hiver a touché des installations civiles essentielles et des quartiers résidentiels, selon Kiev. Comme à son habitude, Moscou affirme de son côté ne viser que des cibles militaires.
L'un des premiers objectifs du Kremlin, explique Mick Ryan, chercheur associé au CSIS (Center for strategic and international studies), est de "tester" la défense antiaérienne ukrainienne, qui est montée en puissance grâce au système américain Patriot ou encore à son équivalent franco-italien SAMP/T MAMBA.
Moscou cherche à engager une course contre la montre en espérant que "l'Ukraine sera à court d'intercepteurs avant que la Russie ne soit à court de missiles et de drones", relève ce général australien à la retraite sur X (ex-Twitter).
- L'industrie de défense visée -
La Russie est passée en économie de guerre, alors que les Occidentaux peinent à fournir la quantité nécessaire de missiles antiaériens sol-air, beaucoup plus complexes et coûteux à fabriquer que certains drones construits en partie à base de matériel civil.
La principale cible des frappes russes est à ce titre "l'industrie de défense" que Kiev tente de renforcer face à l'essoufflement des livraisons d'armes occidentales, analyse le ministère britannique de la Défense.
Les Russes "essaient maintenant d'attaquer le complexe militaro-industriel, des entreprises, pas des infrastructures énergétiques (contrairement à l'hiver dernier, NDLR), mais la production d'armes", explique à l’AFP l'analyste militaire Mykola Bielieskov, de l'Institut ukrainien pour les études stratégiques.
"Nous avons commencé à produire plus d'armes qu'avant", souligne auprès de l’AFP Sergiy Zgourets, le directeur du centre de recherche ukrainien Défense express, évoquant des munitions, des drones, des véhicules blindés ou des radars.
Pour atteindre ces cibles, "le séquençage et le panachage des projectiles russes ont changé, ils sont devenus plus complexes", explique à l'AFP Stéphane Audrand, consultant français en risques internationaux.
Le commandant en chef de l'armée ukrainienne a ainsi décrit sur Telegram la panoplie de projectiles utilisée par les Russes au cours de l'attaque des 1er-2 janvier : drones, missiles de croisière modernes, d'autres plus anciens et missiles balistiques.
L’Ukraine affirme aussi avoir abattu à cette occasion 10 missiles hypersoniques Kinjal, pourtant présentés comme "invincibles" par le Kremlin.
- Pression psychologique -
L'objectif des frappes russes est également, comme depuis le début de la guerre en février 2022, de miner le moral de la population.
"Les +victoires+ russes sur le terrain sont locales et sont atteintes à un prix humain exorbitant. (Vladimir) Poutine essaie donc à nouveau cet autre levier de pression", analyse Tatiana Kastouéva-Jean, de l'Institut français de relations internationales.
"'Je ne lâcherai pas, je suis prêt à tout, vous allez souffrir sans répit et mourir si vous ne vous pliez pas à mes conditions' – tel est son message", explique-t-elle, interrogée par l'AFP.
Le président russe s'adresse aussi aux Occidentaux, en voulant prouver que "le soutien à l’Ukraine ne fait que prolonger les souffrances de la population et fait de l'Ukraine un gouffre financier, où les infrastructures chères à reconstruire peuvent être frappées encore et encore", selon elle.
Ces attaques prennent enfin une dimension de représailles, estime Tatiana Stanovaya, la fondatrice de R. Politik, un centre d’analyse de la politique russe. Après les frappes ukrainiennes sur la ville russe de Belgorod qui ont fait 25 morts le 30 décembre, Vladimir Poutine a envoyé le message suivant : "l'Ukraine ne peut pas nous attaquer sans conséquences", dit-elle.
Face à cette campagne russe, le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a demandé l'accélération des livraisons occidentales de "systèmes de défense antiaérienne supplémentaires, de drones de combat" et de "missiles d'une portée de plus de 300 kilomètres".
Un message relayé par la Pologne, qui a appelé mercredi à équiper l'Ukraine de missiles de longue portée pour répliquer aux attaques russes.
Kiev attend aussi les avions de combat F-16 promis par plusieurs pays européens, qui peuvent participer à la défense antiaérienne avec des missiles air-air.
B.AbuZeid--SF-PST