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L'Irak élit des conseils provinciaux pour la première fois en dix ans
Les Irakiens ont commencé à voter lundi pour élire leurs conseils provinciaux, premier scrutin du genre en une décennie qui servira à consolider les partis chiites pro-Iran au pouvoir, et à jauger leur assise populaire.
Passé dans l'opposition, l'influent leader religieux chiite Moqtada Sadr boycotte ces élections se déroulant dans 15 provinces. Dans un pays de 43 millions d'habitants, riche en hydrocarbures mais miné par une corruption endémique n'épargnant aucun rouage de l'Etat, la désillusion domine.
Le scrutin est aussi un test pour le gouvernement de Mohamed Chia al-Soudani. Porté au pouvoir il y a plus d'un an par une coalition de partis pro-Iran, il fait valoir inlassablement sa politique de développement des services publics et des infrastructures, ravagés par des décennies de conflits.
"La participation sera l'indicateur ultime de satisfaction", explique à l'AFP Renad Mansour, du centre de réflexion Chatham House. "La question est de savoir si le populisme économique du gouvernement -- la distribution d'emplois (dans le secteur public) -- marche et attire ou non le jeune public".
Lundi à 07H00 locale (04H00 GMT), la télévision étatique irakienne Al-Ikhbaria a rapporté en direct l'ouverture des bureaux de vote où se trouvaient ses correspondants, à Bagdad mais aussi à Kirkouk (nord) ou encore Bassora (sud).
Les 7.166 bureaux de vote placés sous haute sécurité fermeront à 18H00 locale (15H00 GMT).
Quelque 17 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour départager 6.000 candidats se disputant 285 sièges dans les provinces concernées.
Instaurés après l'invasion américaine et la chute de Saddam Hussein en 2003, les conseils municipaux jouissent d'importantes prérogatives: élection du gouverneur de la province et allocations des budgets de la santé, des transports ou de l'éducation, à partir de juteux financements débloqués par un pouvoir fédéral de Bagdad, ultra-dépendant de sa rente pétrolière.
Leurs détracteurs voient dans ces conseils des nids à corruption favorisant le clientélisme.
- "Base sociale" -
Le scrutin devrait consolider des factions du Cadre de coordination, coalition pro-Iran représentant partis chiites et anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, intégrés aux forces régulières.
Pour certains poids lourds de cette alliance dominant actuellement le Parlement, les élections sont une "opportunité" pour "prouver qu'ils ont une base sociale et qu'ils sont populaires", souligne M. Mansour.
Il évoque la "compétition en interne au sein de la +Maison chiite+", chaque groupe cherchant à s'arroger des postes de gouverneurs.
Lors d'une révolte anti-pouvoir à l'automne 2019, les conseils provinciaux avaient été dissous par le Parlement pour apaiser les manifestants.
Mais le gouvernement de M. Soudani a validé leur rétablissement et les élections de lundi sont les premières depuis 2013. Les trois provinces de la région autonome du Kurdistan (nord) en sont exclues.
"A quoi vont nous servir ces élections", lâche Abou Ali, chauffeur de taxi de 45 ans.
"Les années passent, les élections se répètent, les candidats changent, et notre situation reste la même", confie-t-il à l'AFP à Bagdad. Ces candidats "ne construisent rien, ils cherchent juste les intérêts de leurs partis".
Dans un Irak multiconfessionnel et multiethnique, 10 sièges iront aux minorités -- chrétienne, yazidie ou sabéenne. Parmi les candidats figurent 1.600 femmes, un quota de 25% leur étant réservé.
Si le conseil provincial de Bagdad compte 49 élus, celui de Bassora (sud) en a 22.
Les observateurs surveillent Kirkouk, province du nord riche en pétrole, où pourraient resurgir des rivalités historiques opposant les grands partis des communautés arabe, kurde et turcomane.
Malgré des attaques de drones en Irak menées par des groupes armés pro-Iran contre les troupes américaines, le scrutin ne devrait pas être impacté par ces tensions régionales, alimentées par la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la bande de Gaza.
P.Tamimi--SF-PST