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Espagne: l'amnistie controversée des indépendantistes catalans devant le Parlement
Concession hautement controversée du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez aux indépendantistes catalans pour se maintenir au pouvoir, un projet de loi d'amnistie des séparatistes poursuivis par la justice commence mardi à être examiné par les députés.
Six ans après la tentative de sécession de 2017, le dirigeant socialiste tente de justifier cette mesure par la nécessité de tourner la page en Catalogne, après l'une des pires crises politiques vécues par l'Espagne contemporaine et qui conditionne encore la vie politique du pays.
Reconnaissant lundi qu'il s'agissait d'une décision "complexe à expliquer" à l'opinion publique, M. Sánchez, qui était opposé par le passé à une telle amnistie, a martelé qu'elle était "nécessaire" en vue de "tirer les leçons de ce qui s'est passé" en 2017 et d'avancer vers la "résolution" du conflit "politique" en Catalogne.
La promesse de l'adoption rapide par le Parlement d'une telle mesure a permis au Premier ministre d'être reconduit mi-novembre pour un nouveau mandat grâce aux voix des députés des deux partis séparatistes catalans, qui en avaient fait la condition sine qua non de leur soutien.
Le texte commencera à être débattu mardi à 14H00 GMT. Une fois voté, il entraînera la levée par les tribunaux dans un délai de deux mois des poursuites lancées contre des centaines de militants et de dirigeants indépendantistes pour leur implication dans les évènements de 2017.
Il bénéficiera en premier lieu à Carles Puigdemont, le président régional catalan en 2017, qui pourra ainsi faire son retour en Espagne, six ans après sa fuite en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires.
- Majorité absolue -
Soutenue par une majorité absolue de députés, venus des rangs de la gauche, de l'extrême gauche et des partis basques et catalans, cette amnistie divise toutefois profondément la société espagnole et a provoqué une levée de boucliers d'une partie de la magistrature.
Ces dernières semaines, le Parti Populaire (PP, droite), arrivé en tête des législatives du 23 juillet devant les socialistes, mais incapable de se hisser au pouvoir faute de soutiens suffisants au Parlement, a mobilisé massivement dans la rue.
"L'amnistie est une forme de corruption politique, car elle a permis (à Pedro Sánchez) de gouverner en échange de l'impunité judiciaire" des séparatistes catalans, a dénoncé lundi son chef, Alberto Núñez Feijóo.
Le PP, qui dispose de la majorité absolue au Sénat, a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour retarder l'adoption du texte, que les socialistes veulent faire voter dans le cadre d'une procédure d'urgence permettant de diviser par deux les délais d'examen.
La formation conservatrice a, par ailleurs, annoncé qu'elle déposerait un recours contre la future loi devant le Tribunal Constitutionnel.
- Les électeurs socialistes divisés -
Accusant le Premier ministre de mener un "coup d'Etat", le numéro un du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, est pour sa part monté d'un cran dans sa rhétorique anti-Sánchez.
"Viendra le moment où (...) le peuple voudra le pendre par les pieds", a-t-il lancé ce weekend dans une interview au journal argentin Clarín.
Un "discours de haine" inédit en Espagne "depuis des décennies très sombres" pour le pays, a réagi le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, dans une référence implicite à la Guerre civile (1936-1939) et à la dictature du général Franco (1939-1975).
Plus préoccupant pour le gouvernement, l'amnistie à venir des indépendantistes catalans provoque une fracture dans les rangs du Parti socialiste. Selon un sondage publié lundi par le quotidien El Mundo, 45,8% des électeurs ayant voté pour le parti de Pedro Sánchez lors des législatives y sont opposés.
X.AbuJaber--SF-PST