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L'armée israélienne étend son offensive dans le sud de Gaza
L'armée israélienne a étendu mardi son offensive contre le Hamas dans le sud de la bande de Gaza, où elle a mené des frappes meurtrières faisant craindre un "scénario encore plus infernal", selon l'ONU, pour les civils piégés dans un secteur très réduit du territoire assiégé.
Engagée depuis le 27 octobre dans une offensive terrestre dans le nord de la bande de Gaza, l'armée a étendu ses opérations au sol à l'ensemble du territoire palestinien, près de deux mois après le début de la guerre déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël.
Ils sont désormais piégés dans un périmètre de plus en plus réduit, sans nulle part où aller, contraints de fuir sur quelques kilomètres pour tenter d'échapper aux bombes.
Mardi encore, à pied, à moto, entassés dans des charrettes ou leurs bagages empilés sur le toit de leur voiture, de nombreux civils ont fui la grande ville de Khan Younès, le nouvel épicentre de la guerre, vers la ville voisine de Rafah, encore plus au sud, près de la frontière fermée avec l'Egypte, selon des images de l'AFP.
- Chaos à l'hôpital Nasser -
La nuit précédente, des témoins ont signalé à l'AFP des frappes aériennes et des tirs d'artillerie dans le secteur de Khan Younès et de Rafah ainsi qu'à Deir al-Balah, plus au nord, après le déploiement lundi de dizaines de chars, de transports de troupes et de bulldozers israéliens dans le sud du territoire.
Les frappes de la nuit ont fait des dizaines de morts dans la bande de Gaza, a annoncé le service de presse du Hamas. Un bombardement a fait notamment 24 morts dans une école de Khan Younès abritant des déplacés, selon le ministère de la Santé du Hamas.
Selon des témoins, les chars israéliens sont arrivés à Bani Suhailia, à deux kilomètres de Khan Younès, à présent assiégée par le nord et l'est.
Les militaires larguent chaque jour sur la ville des tracts avertissant de l'imminence d'un bombardement et ordonnant aux habitants de quitter leur quartier.
Les branches armées du Hamas et du Jihad islamique, un autre groupe palestinien, ont fait état de combats nocturnes à Khan Younès et à Deir al-Balah.
Mardi dès le matin, les mêmes scènes de chaos se sont répétées à l'hôpital Nasser de Khan Younès, le plus grand du sud de la bande de Gaza. Sous les sirènes des ambulances, des blessés étaient transportés sur des civières, allongés dans de simples remorques ou portés par leurs proches, selon des images de l'AFP.
Plusieurs personnes ont raconté avoir perdu des proches dans la frappe sur une école, comme Mohammed Saloul, dont la soeur a été tuée.
"Son corps était dans la cour de l'école. Nous avons dû le porter nous-mêmes", dit-il: "Nous avons vu des restes humains dans l'école, même si le bombardement ne visait pas directement cette école, mais plutôt le secteur alentour".
Selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), l'hôpital submergé par l'afflux de blessés, qui manque de personnel et de fournitures, abrite plus de mille patients ainsi que 17.000 déplacés.
- Une centaine de kilomètres carrés -
"Au moins 60.000 personnes supplémentaires ont été contraintes de se déplacer vers des abris de l'Unrwa déjà surpeuplés (...) dont beaucoup ont été déplacées plusieurs fois" depuis le début de la guerre, a déclaré lundi le directeur de l'Unrwa, Philippe Lazzarini.
L'ordre d'évacuation israélien, a-t-il ajouté, pousse les gens "à se masser dans moins d'un tiers du territoire de la bande de Gaza", soit une centaine de kilomètres carrés.
Pour l'ONU, il est "impossible" de mettre en oeuvre des zones sécurisées telles que désignées par Israël.
"Ces zones ne peuvent être ni sûres ni humanitaires lorsqu'elles sont déclarées unilatéralement", a affirmé mardi James Elder, le porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
Des organisations internationales s'alarment des risques pour les civils à Gaza.
"Un scénario encore plus infernal est sur le point de se réaliser, auquel les opérations humanitaires ne pourront peut-être pas répondre", a averti la Coordinatrice humanitaire de l'ONU pour les Territoires palestiniens, la Canadienne Lynn Hastings.
- Combats dans le nord -
Les bombardements et les combats faisaient rage aussi dans le nord, où l'armée a annoncé avoir "pris le contrôle de positions importantes" du Hamas.
L'armée israélienne, qui contrôle désormais plusieurs secteurs du nord de la bande de Gaza, y a mené des opérations "dans la région de Jabaliya", le plus grand camp de réfugiés palestiniens du territoire, actuellement encerclé.
Selon des témoins, des dizaines de frappes ont visé notamment plusieurs quartiers de la ville de Gaza, poussant là aussi des milliers de civils à fuir.
La branche armée du Hamas a de son côté annoncé avoir tiré une salve de roquettes vers Beersheva, une ville du désert du Néguev, dans le sud d'Israël.
Le ministère de la Santé du Hamas a affirmé lundi que 15.899 personnes, à 70% des femmes et des enfants, avaient été tuées depuis le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza le 7 octobre.
En Israël, l'attaque menée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza a fait 1.200 morts, en majorité des civils, selon les autorités.
En représailles, Israël a déclaré la guerre au Hamas et promis de détruire le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël.
L'armée a annoncé mardi que 80 soldats avaient été tués à Gaza depuis le début de l'offensive terrestre.
De son côté, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a indiqué mardi sur son compte X que 63 journalistes et professionnels des médias, 56 Palestiniens, 4 Israéliens et 3 Libanais, avaient été tués depuis le début de la guerre.
D'après l'armée israélienne, 137 otages enlevés en Israël le 7 octobre sont toujours retenus à Gaza, après la libération pendant la trêve de 105 autres otages, dont 80 en échange de 240 prisonniers palestiniens détenus par Israël.
D'après l'ONU, 1,8 million de personnes, sur 2,4 millions d'habitants, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où les frappes ont détruit ou endommagé plus de la moitié des habitations.
L'aide humanitaire, à l'exception des sept jours de trêve, n'y entre qu'au compte-gouttes depuis l'Egypte, soumise au feu vert d'Israël.
La guerre à Gaza a aussi ravivé la tension à la frontière entre Israël et le Liban, où les échanges de tirs sont quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah chiite libanais, allié du Hamas. Mardi, l'armée libanaise a annoncé pour la première fois la mort d'un soldat libanais tué par un bombardement israélien sur un poste de l'armée.
L.Hussein--SF-PST