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Toujours présente en Russie, Société Générale de plus en plus isolée
Un mois après le début de la guerre en Ukraine, la banque française Société Générale ne s'est pour l'instant pas résolue à quitter la Russie, alors que ses concurrents se retirent un par un du pays.
Société Générale est pourtant très impliquée en Russie, en tant qu'actionnaire majoritaire d'un poids lourd du secteur bancaire russe, Rosbank.
Elle a indiqué début mars être exposée à la Russie à hauteur de 18,6 milliards d'euros, dont 15,4 milliards seulement pour Rosbank.
D'autres banques françaises se sont déjà décidées: en début de semaine, Crédit Agricole et BNP Paribas, certes beaucoup moins exposées et ayant donc moins à y perdre, ont annoncé l'arrêt de leurs activités dans le pays.
Surtout, d'autres grandes banques internationales plus présentes en Russie se retirent aussi.
- Départs en cascade -
L'américaine Citigroup a annoncé à la mi-mars qu'elle arrêtait d'opérer en Russie et évaluait l'étendue de ses activités dans le pays, même si cela "prend du temps à mettre en œuvre", a-t-elle précisé.
Au même moment, la banque italienne UniCredit, présente en Russie depuis 30 ans, a indiqué "envisager de quitter" le pays. Cela pourrait coûter jusqu'à 7,5 milliards d'euros, dans le pire des scénarios.
Avant tout, la banque doit "tenir compte des intérêts de [ses] employés en Russie, de [ses] clients opérant en Russie, dont beaucoup sont européens, et de la santé générale" du groupe, a détaillé son PDG Andrea Orcel.
UniCredit avait déjà renoncé dès fin janvier à se porter candidate au rachat de sa concurrente russe Otkrytié en raison des tensions liées à la crise entre la Russie et l'Ukraine.
L'autrichienne Raiffeisen, qui opère en Russie depuis 25 ans et y compte quelque 4,5 millions de clients, a pour sa part déclaré le 17 mars "évaluer toutes les options stratégiques" pour l'avenir de sa filiale en Russie, "y compris un retrait" du pays.
Société Générale semble ainsi assez isolée. Et "il est bien possible qu'elle finisse par céder", souligne auprès de l'AFP Eric Dor, directeur des études économiques de l'IESEG School of Management à Paris et Lille.
Dans le discours politique, la situation de Société Générale ne semble pour l'heure pas au coeur des préoccupations. En France, la pression se concentre plutôt sur des sociétés comme TotalEnergies, attaquée notamment par les candidats à l'élection présidentielle Yannick Jadot et Anne Hidalgo.
Devant les parlementaires français mercredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a également demandé aux entreprises françaises de quitter la Russie, en citant Auchan, Renault et Leroy Merlin, mais pas la banque française.
- Rassurer les investisseurs -
Société Générale a été l'une des premières sanctionnées par les marchés pour son implication en Russie. Dès l'annonce de l'invasion de l'Ukraine le 24 février, le titre a perdu 12,15% à la Bourse de Paris. Il a ensuite dégringolé jusque début mars avant de remonter, sans retrouver son niveau d'avant la guerre.
Pour l'heure, la banque française se veut rassurante. Elle s'est dite début mars "tout à fait en mesure" de résister à une éventuelle perte de contrôle de Rosbank, avec une exposition à la Russie de 18,6 milliards d'euros, dont 15,4 milliards juste pour Rosbank.
Son directeur général Frédéric Oudéa a insisté la semaine dernière sur la gestion autonome de la filiale. "Rosbank a été organisée et gérée de façon autonome après les événements en Crimée" de 2014, a-t-il expliqué lors d'une conférence organisée par la banque américaine Morgan Stanley.
Quitter la Russie serait délicat pour Société Générale: perdre Rosbank lui coûterait environ 1,8 milliard d'euros, a-t-elle estimé, et il lui faudrait trouver une solution pour ses 12.000 salariés.
Ce serait leur "faire payer la politique de Poutine alors qu'ils ne sont pas forcément favorables à la guerre", explique Eric Dor.
Le mieux pour la banque serait "de trouver un repreneur ou, à défaut, de se faire exproprier. Ce serait techniquement plus facile" vis-à-vis de ses salariés, estime un analyste financier qui souhaite rester anonyme.
Sans repreneur, un retrait pourrait avoir des conséquences importantes: Rosbank étant considérée comme un établissement systémique par la banque centrale russe, une faillite aurait donc un impact sur toute l'économie russe.
jum-anb-bh-cdc/bp/jbo/er
E.Qaddoumi--SF-PST