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En Australie, des soldats aborigènes formés pour surveiller l'immensité du territoire nord
Dans la chaleur torride de l'extrême nord de l'Australie, la future génération de militaires aborigènes rampe, presque invisible dans la poussière rouge, parmi les termitières et les eucalyptus.
Alors que leurs ancêtres étaient naguère écartés de l'armée, ces hommes et ces femmes suivent une formation à Darwin pour devenir chefs de patrouille.
Ils comptent parmi les 1.300 militaires chargés de surveiller un peu plus de la moitié du territoire australien, une superficie plus grande que l'Inde.
Dans le cas peu probable d'une invasion, leur mission serait de surveiller discrètement l'ennemi et de fournir des informations à l'état-major.
En temps de paix, une grande partie de leur travail consiste à rechercher des traces de contrebande, de braconnage, de trafic de drogue ou de pêche illégale.
- Faune dangereuse -
Grâce à leur fine connaissance du terrain, les Aborigènes identifient rapidement tout élément insolite, comme un filet de pêche abandonné ou des restes d'animaux.
Le soldat qui ferme la marche utilise une petite branche feuillue pour effacer les empreintes de bottes laissées par le groupe.
"Je sais comment m'en sortir quand je suis dans la brousse", explique Carl Murkun, 34 ans, soldat de première classe de la Force mobile du nord-ouest (Norforce), originaire de la Terre d'Arnhem, au nord du continent. "C'est vraiment naturel pour moi".
Le groupe de surveillance ne peut espérer couvrir seul une zone aussi vaste, et cultive ses contacts au sein des communautés isolées.
Les soldats doivent être capables d'affronter pendant plusieurs semaines des conditions météorologiques extrêmes et une faune sauvage redoutable.
Ils s'appuient sur des compétences transmises par leurs ancêtres : la chasse, le pistage, la capacité de lire leur environnement et de l'utiliser.
"Je m'appuie sur des gens qui ont une connaissance approfondie (du terrain) pour répondre à mes questions et adapter notre action", dit le major Rob Watchorn, qui commande une unité autochtone.
Carl Murkun a passé une grande partie de son enfance à dormir dans la nature avec ses parents, et sait faire face aux serpents et crocodiles.
- "Entre deux mondes" -
Il a décidé de rejoindre l'armée après avoir réalisé qu'il était sur "la mauvaise voie", aux prises avec l'alcool et la violence.
"Maintenant, je suis un homme propre (...) je n'aime plus la violence".
Les soldats autochtones représentent un peu plus de 3% du total des forces australiennes, mais dans ces unités de surveillance, ils forment jusqu’à 40% des effectifs.
La lieutenant-colonel Eileen Hall a pour rôle de conseiller et de combler le fossé entre commandement militaire et communautés autochtones.
Née d'une mère autochtone et d'un père irlandais, elle dit "avoir la chance de marcher entre deux mondes".
Lorsque l'armée recrute un soldat aborigène, elle négocie également avec sa famille et sa communauté. "Nous emmenons la communauté dans ce voyage", dit-elle.
Les Aborigènes, présents en Australie depuis au moins 60.000 ans, font face à des discriminations depuis la colonisation britannique il y a plus de 200 ans, y compris en matière de service militaire.
En 1914, à son entrée dans la Première guerre mondiale, l'Australie avait interdit "aux Aborigènes, aux métis et à tous les hommes de couleur" de se battre.
Les règles furent assouplies en 1917, face au besoin de renforts.
Quelque 6.000 Aborigènes ont aussi servi pendant la Seconde guerre mondiale alors qu'ils n'étaient pas encore autorisés à voter, mais les dernières restrictions pour les autochtones dans l'armée n'ont été levées qu'en 1949.
Selon Eileen Hall, les Aborigènes sont attirés par l'armée en raison de leur lien profond avec la terre.
"Si je ne prends pas soin du pays, le pays ne prendra pas soin de moi. Et cela ne m'affecte pas seulement moi, cela affecte toute ma lignée".
P.Tamimi--SF-PST