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Sur la ligne de front en Syrie, une famille a creusé son propre abri
Dans son village du nord-ouest de la Syrie, proche de la ligne de front, Ahmad Khalil a creusé son propre abri dans le roc pour échapper aux bombardements et ne pas avoir à vivre dans un camp de déplacés.
"Les gens nous disent d'aller dans un camp de déplacés, mais la situation dans les camps est mille fois pire qu'ici. Il n'y a ni aide ni nourriture", affirme à l'AFP cet homme de 53 ans, à la barbe fournie.
"Je préfère rester ici sous les bombardements", ajoute-t-il, précisant avoir creusé en 2017 cet abri dans un terrain lui appartenant et qui jouxte sa maison à Kansafra, dans la région d'Idleb, dernier bastion jihadiste et rebelle de Syrie.
Le village, situé à moins de deux kilomètres de la ligne de front, est la cible de bombardements de l'artillerie du régime syrien sur les positions des jihadistes, selon un correspondant de l'AFP.
Le pilonnage de l'armée du président syrien Bachar al-Assad et de son allié russe s'est intensifié ces dernières semaines, le forçant à se réfugier tous les jours dans l'abri qu'il a creusé pendant un mois, parfois manuellement, avec l'aide d'ouvriers.
"Il y a toujours des avions de reconnaissance qui survolent le village et la région, ça ne s'arrête jamais", dit ce père de famille.
Déclenchée en 2011, la guerre civile a fait plus d'un demi-million de morts et déplacé des millions de Syriens. Près de la moitié des habitants de la région d'Idleb, qui compte quelque trois millions de personnes, sont des déplacés.
Dans la localité désertée par un grand nombre d'habitants et dont beaucoup de bâtiments sont en ruine, Ahmad Khalil vit en état d'alerte permanent.
- "Ce n'est pas une vie" -
Son bunker, où il passe une grande partie de son temps avec ses deux épouses et ses sept enfants, est éclairé par la lumière du jour qui parvient d'un trou qu'il a créé, et par une faible lampe.
Le sol est recouvert de nattes blanches et bleues, et des bocaux de feuilles de vigne et d'autres légumes fermentés sont alignés dans un coin.
"On n'a pas de voisins. Ce n'est pas une vie", répète M. Khalil, résigné.
Les commerces encore ouverts dans le village se comptent sur les doigts d'une main.
Pour acheter du pain, Ahmad Khalil est contraint de se rendre dans le village voisin de Balioun, à deux kilomètres, "sous les bombes".
"Mes enfants vivent seuls, ils n'ont personne avec qui jouer", déplore-t-il.
"Moi je peux supporter cette situation. Mais les enfants, quel est leur tort? Ils rêvent de pouvoir jouer dehors comme les autres enfants, de jouer au football dans la rue, de faire du vélo. Mais ils sont enfermés dans cet abri qui est comme une tombe".
I.Saadi--SF-PST