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Présidentielle au Guatemala: second tour inattendu entre deux sociaux démocrates
A la suprise générale, ce sont deux sociaux démocrates, Sandra Torres et l'inattendu Bernardo Arevalo, qui s'affronteront au second tour de la présidentielle, après un premier tour marqué par une forte abstention et un grand nombre de bulletins nuls qui reflètent l'ampleur de la défiance des électeurs.
Selon des résultats "presque définitifs" annoncé par le Tribunal Suprême électoral (TSE) lundi matin, l'ex-Première Dame Sandra Torres, favorite des sondages, arrive en tête des 22 candidats avec 15,12% des voix, bien loin cependant des 21,3% d'intention de vote dont elle était créditée par l'Institut Prodatos.
Le député Bernardo Arevalo, fils du premier président démocratiquement élu du pays, déjoue tous les pronostics en remportant 12,20% des suffrages: il n'était placé qu'en 8e place par l'enquête d'opinion, avec 2,9% des intentions de vote.
Les deux candidats à un mandat de quatre ans non renouvelable à la tête de l'Etat devront être départagés le 20 août lors d'un second tour.
"Quel que soit (mon adversaire) nous allons gagner", a déclaré Mme Torres, dont c'est la quatrième tentative et qui a échoué au 2d tour lors des deux derniers scrutins.
Avec deux finalistes sociaux démocrates, l'élection de cette année marquera une rupture après trois présidences de droite successives: Otto Perez (2012-2015), Jimmy Morales (2016-2020 et le président sortant Alejandro Giammattei.
Un peu plus de 40% des 9,4 millions d'électeurs inscrits se sont abstenus (37,84% voici quatre ans). Surtout, 17,4% des votants ont glissé un bulletin nul dans l'urne, contre 4,1% lors de la précédente élection, tandis que près de 7% ont voté blanc.
Le scrutin de dimanche s'est déroulé en général dans le calme, même si des incidents ont éclaté dans deux localités de la banlieue de la capitale sur fond d'accusations de fraude.
Mme Torres a dénoncé des "achats de vote" par le parti conservateur Vamos (allons) du président sortant, dont le candidat Meme Conde a obtenu une surprenante 3e place avec près de 8% des suffrages.
- "Toujours la même chose" -
Trois favoris, dont une dirigeante des peuples autochtones maya, ont été écartés de la compétition et les Guatémaltèques ne se font guère d'illusions sur la possibilité de changer la réalité de leur pays gangréné par la corruption, la misère et la violence des bandes criminelles.
"Nous votons avec enthousiasme, et après avec les présidents c'est toujours la même chose", a déclaré à l'AFP Maria Chajon, une électrice âgée de 53 ans de San Juan Sacatepequez, une localité à la population majoritairement autochtone, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la capitale.
Le président sortant Giammattei (droite) est désavoué à 76% dans les sondages, au terme d'un mandat marqué par la répression contre les magistrats et les journalistes qui dénonçaient la corruption.
Un total de 22 candidats se présentaient aux suffrages des 9,4 millions d'électeurs inscrits, désabusés après l'exclusion du scrutin par la justice ou le Tribunal suprême électoral des favoris des sondages, dont Thelma Cabrera (gauche) appartenant à la population autochtone maya qui représente environ 45% du corps électoral.
Ces évictions ont semé le doute sur la loyauté du scrutin et sur l'impartialité des institutions, accusées de manœuvrer pour préserver un régime autoritaire et corrompu fondé sur la cooptation par les élites dirigeantes.
- Défiance -
Durant le mandat du président Giammattei, une dizaine d'anciens procureurs anticorruption ont été arrêtés tandis que d'autres ont été contraints à l'exil.
Ces magistrats avaient travaillé avec une mission de l'ONU contre l'impunité qui a révélé de retentissants scandales entre 2007 et 2019, dont l'un a débouché sur la démission et à l'arrestation d'un chef de l'Etat.
"Toutes les institutions de l'Etat, y compris le processus électoral, sont manipulées par des groupes de pouvoir liés à la corruption et au pouvoir traditionnel de l'oligarchie", assure à l'AFP Edie Cux, directeur de l'antenne locale de l'ONG anticorruption Transparency International.
Le Guatemala est l'un des pays les plus inégalitaires d'Amérique latine, juge la Banque mondiale, avec 10,3 millions de ses 17,6 millions d'habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté et un enfant sur deux qui souffre de dénutrition chronique selon l'ONU.
Enfin, des bandes criminelles sèment la terreur dans un pays où le taux de meurtres, qui s'établit à 17,3 pour 100.000 habitants, est le triple de la moyenne mondiale.
C.AbuSway--SF-PST