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Ukraine : les Russes reprennent l'offensive contre le port de Marioupol, alerte du FMI
L'armée russe a attaqué à nouveau samedi le port stratégique de Marioupol et continuait d'avancer ailleurs en Ukraine, avec toujours de féroces combats autour de sa capitale Kiev, tandis que le Fonds monétaire international s'alarmait des conséquences économiques "dévastatrices" d'une escalade du conflit.
"En raison de la réticence de la partie ukrainienne à influer sur les nationalistes ou à prolonger le +cessez-leu-feu+, les opérations offensives ont repris depuis 18H00, heure de Moscou", soit 15H00 GMT, a déclaré le ministère russe de la Défense.
Les Ukrainiens avaient reporté quelques heures auparavant l'évacuation des civils de Marioupol, sur la mer Noire, ainsi que d'une autre ville assiégée, invoquant des violations du cessez-le-feu par les forces russes.
Un exode qui suscitait une forte mobilisation, notamment dans les Etats frontaliers comme la Pologne où le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est rendu samedi à la frontière avec l'Ukraine pour constater la situation dans ce domaine, promettant à cette occasion que les Etats-Unis allaient débloquer une aide de 2,75 milliards de dollars.
Cette guerre, ainsi que les sanctions imposées à la Russie, "auront aussi un impact substantiel sur l'économie mondiale et les marchés financiers, avec des effets collatéraux pour d'autres pays", a pour sa part averti le FMI, disant craindre des conséquences "dévastatrices".
- Pas d'évacuation de Marioupol -
Dans le sud-est de l'Ukraine, la prise de Marioupol, une ville bombardée par les Russes et leurs alliés depuis plusieurs jours, serait un important tournant au dixième jour de l'invasion, tandis que Moscou et Kiev se préparent à une troisième session de négociations pendant le week-end.
Elle permettrait en effet, à l'est, la jonction entre les forces russes en provenance de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les autres ports clés de Berdiansk et de Kherson, et les troupes séparatistes et russes dans le Donbass et à ces forces consolidées de remonter vers le nord.
L'armée russe pourrait dès lors accentuer la pression militaire sur le centre et la partie septentrionale, où les combats font rage, notamment à Kiev et à Kharkiv.
Annoncée dans la matinée, l'évacuation des civils de Marioupol avait été reportée "pour des raisons de sécurité", car les Russes "continuent de bombarder Marioupol et ses environs", a déclaré la mairie à la mi-journée.
De son côté, Moscou a affirmé avoir respecté le cessez-le-feu et a accusé les "nationalistes" ukrainiens d'avoir empêché les civils de quitter les villes encerclées, comme Marioupol, et de profiter de la trêve pour consolider leurs défenses.
Après dix jours de guerre, le bilan est impossible à vérifier de manière indépendante. Kiev fait état d'au moins 350 civils et plus de 9.000 soldats russes tués, sans mentionner ses pertes militaires, et Moscou évoque 2.870 morts côté ukrainien et 498 dans ses rangs.
"Les scènes qui se déroulent aujourd'hui à Marioupol et dans d'autres villes sont déchirantes", a déploré le CICR.
En 2014, cette cité de quelque 450.000 habitants avait résisté aux assauts des forces prorusses arrivées de Donetsk notamment.
"La nuit dernière, les bombardements se sont intensifiés et rapprochés", a raconté à l'AFP un membre de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) encore sur place, ajoutant que les habitants manquaient de tout : eau - au point de devoir ramasser et faire fondre de la neige pour en avoir -, électricité et nourriture, les bombardements ayant détruit de nombreux magasins.
- Des immeubles d'habitation bombardés -
Le siège de Marioupol intervient au moment où les forces russes se rapprochent de Kiev, rencontrant une tenace résistance et bombardant parfois des immeubles d'habitation, notamment à Tcherniguiv, à 150 km au nord de la capitale, où des dizaines de civils ont été tués ces derniers jours.
Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans des quartiers d'habitation - alors que Moscou dit ne pas les viser - dans cette ville de 300.000 habitants qui se vidait de ses habitants, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.
"Il y avait des corps partout sur le sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là, ici, et ils sont tous morts", témoigne Sergei, un survivant encore complètement désorienté par le hurlement continu des sirènes, avertissement d'une frappe imminente.
Samedi matin, le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a admis que les Russes avaient avancé dans plusieurs directions.
Il a accusé Moscou d'avoir changé de tactique et de s'en prendre aux civils après avoir rencontré une forte résistance ukrainienne, qui a mis à mal selon lui les plans russes de conquête des grandes villes et de renversement rapide du gouvernement.
De son côté, le président Volodymyr Zelensky continuait à défier le Kremlin et a assuré samedi que les forces ukrainiennes avaient lancé une contre-attaque autour de Kharkiv (nord-est), la deuxième ville du pays, théâtre de bombardements parmi les plus intenses depuis le début de la guerre.
L'armée russe pilonnait quant à elles toujours les alentours de Kiev au nord-ouest et à l'est notamment.
Samedi, dans un hôpital du nord de Kiev, des soldats ukrainiens blessés ont raconté à l'AFP leur lutte inégale sous un déluge de feu.
"On était en reconnaissance" et "on est tombés sur une colonne ennemie", a expliqué Motyka, un soldat de 29 ans touché par un éclat sur le flanc droit, qui a dû battre en retraite avec ses camarades : "On les a combattus et on a tué leurs soldats à pied, mais ils nous ont arrosés avec des tirs de mortier".
Egalement non loin de Kiev, une équipe d'une chaîne de télévision britannique, Sky News, a été attaquée en début de semaine et un des journalistes a été blessé par balle.
- Nouvel avertissement de Poutine -
En dix jours de combats, les Russes ont largement progressé dans le territoire ukrainien, mais ils n'ont jusqu'ici pris que deux villes clés, Berdiansk et Kherson, sur la mer Noire.
Selon les autorités ukrainiennes, une troisième session de négociations avec les Russes se déroulera lundi.
Mais les chances de parvenir à des progrès paraissent infimes, le président russe Vladimir Poutine ayant prévenu que le dialogue avec Kiev ne serait possible que si "toutes les exigences russes" étaient acceptées, notamment un statut "neutre et non-nucléaire" pour l'Ukraine et sa "démilitarisation obligatoire".
Il a en outre souligné samedi que la Russie considérerait comme cobelligérant tout pays tentant d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine, une revendication du gouvernement ukrainien.
Le président Zelensky, qui devait demander samedi davantage d'aide à Washington, a vivement critiqué l'Otan pour son refus d'instaurer une telle zone, ce qui revient selon lui à "donner le feu vert à la poursuite des bombardements sur des villes et des villages ukrainiens".
Le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a à ce sujet souligné à l'occasion d'un déplacement en Lettonie, un Etat balte frontalier de la Russie, que si une zone d'exclusion aérienne était mise en place, "il faudrait alors qu'on y aille et qu'on combatte activement", ce que l'Otan ne veut pas faire.
- Manifestations contre la guerre -
En Russie, le Kremlin a durci sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.
Vladimir Poutine a promulgué vendredi une loi prévoyant jusqu'à 15 ans de prison pour toute personne publiant des "informations mensongères".
L'agence de presse espagnole Efe, les chaînes publiques de télévision allemandes ARD et ZDF, ainsi que l'italienne RAI, ont annoncé samedi l'arrêt provisoire de leur couverture à partir de Moscou, emboîtant le pas à l'agence Bloomberg News, à la BBC (radiotélévision publique britannique) et à plusieurs chaînes de télévision américaines dont CNN.
Le Royaume-Uni a appelé samedi ceux de ses ressortissants dont la présence n'est pas "essentielle" à quitter la Russie, tandis que la compagnie aérienne russe Aeroflot suspendra ses vols internationaux à partir du 8 mars.
La liste des entreprises se désengageant pour l'instant de ce pays s'est encore allongée samedi, à l'instar du géant espagnol du vêtement Inditex, propriétaire de Zara, le leader mondial de l'habillement, et du sud-coréen Samsung Electronics.
Dans le même temps, les manifestations contre la guerre se multipliaient en Europe : ils étaient plusieurs dizaines de milliers samedi à Zurich, la ville la plus peuplée de Suisse, des milliers à Paris et à Rome, quelques centaines dans le centre de Londres.
D.AbuRida--SF-PST