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Ukraine: l'évacuation de Marioupol encerclée par les Russes reportée, féroces combats autour de Kiev
Les Ukrainiens ont reporté samedi l'évacuation des civils du port stratégique de Marioupol, invoquant des violations du cessez-le-feu par les forces russes qui assiègent cette ville et avancent ailleurs dans le pays, avec toujours de féroces combats autour de la capitale Kiev.
La prise de Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, bombardée par les Russes et leurs alliés depuis plusieurs jours, serait un important tournant dans le conflit au dixième jour de l'invasion, alors que Moscou et Kiev se préparent à un troisième round de négociations durant le week-end.
Elle permettrait en effet, à l'est, la jonction entre les forces russes venues de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les ports clés de Berdiansk et Kherson, et les troupes séparatistes et russes dans le Donbass. Et aux forces russes, consolidées côté est, de remonter vers le nord et pousser encore plus leurs troupes vers le centre et le nord, où les combats font rage, notamment à Kiev et Kharkiv.
Annoncée dans la matinée, l'évacuation des civils de Marioupol a été reportée "pour des raisons de sécurité", car les forces russes "continuent de bombarder Marioupol et ses environs", a déclaré la mairie à la mi-journée.
Après dix jours de guerre, le bilan est impossible à vérifier de manière indépendante. Kiev fait état d'au moins 350 civils et plus de 9.000 soldats russes tués, sans mentionner ses pertes militaires, et Moscou évoque 2.870 morts côté ukrainien et 498 côté russe.
Plus de 1,2 million de réfugiés ont déjà fui l'Ukraine, selon le dernier décompte de l'ONU, suscitant une forte mobilisation notamment dans les pays frontaliers.
Evacuer la ville "n'est pas une décision facile à prendre, mais comme je l'ai toujours dit, Marioupol, ce n'est pas ses rues et ses maisons. Marioupol, c'est sa population, c'est vous et moi", a déclaré le maire de la ville, Vadim Boichenko.
En 2014, Marioupol, ville de quelque 450.000 habitants située sur la mer d'Azov, avait résisté aux assauts des forces prorusses venues de Donetsk notamment.
- Quartiers civils visés -
"La nuit dernière, les bombardements se sont intensifiés et rapprochés", a indiqué à l'AFP un membre de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) encore sur place, ajoutant que les habitants manquaient de tout: eau - au point de devoir ramasser et faire fondre de la neige pour en avoir- électricité et nourriture, les bombardements ayant détruit de nombreux magasins.
Le siège de Marioupol intervient alors que les forces russes se rapprochent de la capitale Kiev, rencontrant une tenace résistance et bombardant parfois des immeubles d'habitations, notamment à Tcherniguiv, à 150 km au nord de la capitale, où des dizaines de civils ont été tués ces derniers jours.
Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans des quartiers civils -- alors que Moscou dit ne pas les viser -- dans cette ville de 300.000 habitants qui se vidait de ses habitants, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.
"Il y avait des corps partout au sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là ici et ils sont tous morts", témoigne Sergei, un survivant encore complètement désorienté par le hurlement continu des sirènes, avertissement d'une frappe imminente.
Samedi matin, le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a admis que les Russes avaient avancé dans plusieurs directions, tout en précisant qu'ils ne contrôlent qu'une "petite portion" de territoire.
Il a accusé Moscou d'avoir changé de tactique et s'en prendre aux civils après avoir rencontré une tenace résistance ukrainienne, qui a mis à mal selon lui les plans russes d'invasion des grandes villes et de renversement rapide du gouvernement du président Volodymyr Zelensky.
Ce dernier continuait à défier Moscou et a annoncé samedi que les forces ukrainiennes avaient lancé une contre-attaque autour de Kharkiv (nord), la deuxième ville du pays, théâtre des bombardements parmi les plus intenses depuis le début de la guerre.
"Les forces armées ukrainiennes ont courageusement conservé toutes leurs positions clé pour nous protéger. Nous infligeons de aux envahisseurs des pertes qu'ils n'auraient jamais pu imaginer même dans leurs pires cauchemars", a-t-il affirmé.
L’armée russe, qui continue de bombarder intensément les alentours de Kiev au nord-ouest et à l'est notamment, occupe depuis vendredi la centrale nucléaire de Zaporojie (sud), où des frappes de son artillerie, selon les Ukrainiens, ont provoqué un incendie - dont Moscou nie être à l'origine - faisant craindre un accident nucléaire catastrophique.
- Nouveaux pourparlers -
En dix jours d'invasion, les Russes ont largement avancé dans le territoire ukrainien, mais ils n'ont jusqu'ici pris que deux villes clé, Berdiansk et Kherson, sur la côte sud de la Mer Noire.
Selon Mykhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne, un troisième round de négociations russo-ukrainiennes pourrait se tenir samedi ou dimanche.
Mais les chances de parvenir à des progrès paraissent extrêmement minces, le président russe Vladimir Poutine ayant prévenu que le dialogue avec Kiev ne serait possible que si "toutes les exigences russes" étaient acceptées, notamment un statut "neutre et non-nucléaire" pour l'Ukraine et sa "démilitarisation obligatoire".
Pendant ce temps-là, les combats continuent autour de Kiev.
Samedi, dans un hôpital du nord de la capitale, des soldats ukrainiens blessés ont raconté à l'AFP leur combat inégal sous un déluge de feu russe, tout en promettant qu'ils retourneraient au front dès qu'ils seraient de nouveau aptes au combat.
"On était en reconnaissance" et "on est tombés sur une colonne ennemie", a expliqué le soldat Motyka, 29 ans, touché par un éclat sur le flanc droit. "On les a combattus et tué leurs soldats à pied, mais ils nous ont arrosés avec des tirs de mortier", a-t-il indiqué. Pilonné et presque encerclé, le bataillon ukrainien a perdu plusieurs hommes et dû battre en retraite.
Le président Zelensky devait demander samedi davantage d'aide à Washington.
Vendredi, il avait vivement critiqué l'Otan pour avoir refusé d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, ce qui revient selon lui à "donner le feu vert à la poursuite des bombardements sur des villes et villages ukrainiens".
Vladimir Poutine a assuré que les forces russes ne bombardaient pas Kiev et les grandes villes ukrainiennes, qualifiant de "grossière fabrication de propagande" les informations sur les destructions menées par Moscou.
En Russie, le Kremlin a durci sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.
Le président Poutine a signé vendredi une loi prévoyant jusqu'à 15 ans de prison pour toute personne publiant des "informations mensongères".
L'agence Bloomberg News et la BBC (radiotélévision publique britannique) ont annoncé suspendre temporairement l'activité de leurs journalistes, et la chaîne américaine d'informations CNN la diffusion de ses programmes en Russie.
La liste des entreprises se désengageant de Russie s'est encore allongée samedi. Le sud-coréen Samsung Electronics a suspendu ses exportations vers la Russie, où il contrôle un tiers du marché des smartphones, après le géant américain de l'informatique Microsoft la veille.
emd-burs/at
S.AbuJamous--SF-PST