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La guerre pourrait faire plonger deux millions de Soudanais de plus dans la faim
Les combats entre l'armée et les paramilitaires pour le pouvoir au Soudan font toujours rage vendredi et pourraient faire plonger plus de deux millions de personnes de plus dans la faim, prévient l'ONU.
Au 21e jour de conflit, frappes aériennes et explosions ont continué à secouer différents quartiers de Khartoum, en dépit des promesses de trêve, ont raconté des témoins à l'AFP.
Les affrontements entre l'armée du général Abdel Fattah al-Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo ont fait depuis le 15 avril environ 700 morts, selon l'ONG ACLED qui recense les victimes de conflits.
Parmi eux, un nombre "incroyablement" élevé d'enfants, selon l'ONU, dans un pays où 49% des habitants ont moins de 18 ans.
Mais au-delà des victimes directes, cette nouvelle guerre fait progresser la faim, un fléau qui touchait déjà un Soudanais sur trois. Selon l'ONU, entre 2 et 2,5 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de malnutrition aiguë d'ici six mois si le conflit se poursuit.
Face à la "catastrophe" dénoncée depuis trois semaines par les humanitaires, la communauté internationale peine à agir en rangs organisés. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU tiendra une session spéciale le 11 mai, soit près d'un mois après le début des hostilités.
Dimanche, ce sont les ministres des pays de la Ligue arabe qui doivent examiner "le dossier soudanais" sur lequel ils sont profondément divisés, après plusieurs discussions entre dirigeants de l'Union africaine (UA) et de l'Igad, l'organisation régionale de l'Afrique de l'Est.
A Washington, le président Joe Biden a brandi jeudi la menace des sanctions mais s'est borné à dénoncer "les individus qui menacent la paix", sans nommer personne.
Les Etats-Unis mènent conjointement avec l'Arabie saoudite une médiation pour un cessez-le-feu qui semble ne pas toujours converger avec les autres efforts régionaux en vue de faire taire les armes.
- Conflit "prolongé" -
Pour le renseignement américain, il faut s'attendre à un conflit "prolongé" parce que "les deux camps pensent pouvoir l'emporter militairement et ont peu de raisons de venir à la table des négociations".
Le pays de 45 millions d'habitants n'est sorti qu'en 2020 de deux décennies de sanctions américaines imposées à la dictature militaro-islamiste du général Omar el-Béchir, renversé par l'armée sous la pression de la rue en 2019 après trente ans de pouvoir.
Lors d'un putsch en 2021, les généraux Burhane et Daglo avaient évincé les civils avec lesquels ils partageaient le pouvoir depuis la chute de M. Béchir. Mais ils ont divergé sur l'intégration des FSR dans l'armée. Depuis, rien ne semble pouvoir réconcilier les deux hommes qui s'accusent mutuellement de violer les trêves successives annoncées mais jamais respectées.
Les combats ont fait plus de 5.000 blessés, déplacé au moins 335.000 personnes et ont poussé 115.000 autres à l'exil, selon l'ONU, qui réclame 402 millions d'euros pour aider le pays, l'un des plus pauvres au monde.
L'ONU prévient que 860.000 personnes, des Soudanais mais également de nombreux Sud-Soudanais retournant dans leur pays, pourraient traverser les frontières ces prochains mois.
"Plus de 56.000 personnes" sont arrivées en l'Egypte, selon l'ONU, "30.000 au Tchad", "plus de 12.000" en Ethiopie et 10.000 en Centrafrique.
Afdal Abdel Rahim, elle, attend de passer en Egypte. "Quand la guerre a commencé, avec des bombardements et des frappes aériennes", raconte-t-elle à l'AFP, "nous avons quitté nos maisons et nous nous sommes enfuis à Wadi Halfa", la dernière ville avant l'Egypte où des milliers de Soudanais fuyant la guerre se pressent.
Au Darfour, dans l'ouest frontalier du Tchad, des civils ont été armés pour participer aux affrontements mêlant militaires, paramilitaires et combattants tribaux ou rebelles, selon l'ONU.
- "Solutions africaines" -
L'ONG Norwegian Refugee Council (NRC), dont les locaux ont été pillés, dénombre "au moins 191 morts, des dizaines d'habitations incendiées et des milliers de déplacés" dans cette région ravagée dans les années 2000 par un conflit ayant fait environ 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés selon l'ONU.
Des témoins ont aussi rapporté jeudi des combats à El-Obeid, à 300 km au sud de la capitale.
Dans la ville côtière de Port-Soudan, épargnée par les violences, l'ONU et de plus en plus d'ONG tentent de négocier l'acheminement de ces cargaisons vers Khartoum et le Darfour où hôpitaux et stocks humanitaires ont été pillés et bombardés.
Alors que les initiatives diplomatiques se multiplient en Afrique et au Moyen-Orient, l'armée a plaidé pour "des solutions africaines aux problèmes du continent", tout en saluant la médiation américano-saoudienne.
Elle s'est engagée à "nommer un émissaire pour négocier une trêve" avec le camp rival, sous l'égide "des présidents sud-soudanais, kényan et djiboutien", dans un pays qui doit encore être déterminé.
K.AbuTaha--SF-PST