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"Un chagrin indicible" : une Ukrainienne enterre son fils et son mari après des frappes russes
Des heures durant, les sauveteurs ont frénétiquement creusé pour retrouver le fils âgé de deux ans d'Anastasia Komarista dans les décombres de leur immeuble pulvérisé par des frappes russes vendredi dans l'est de l'Ukraine. Ils ont ensuite cherché son mari.
Tous deux ont été enterrés mercredi sous la pluie dans un cimetière descendant jusqu'à une rivière, à l'extérieur de la ville de Sloviansk, non loin de la ligne de front.
Anastasia Komarista, tout de noir vêtue, a supplié les siens, devant leurs cercueils, de lui pardonner d'avoir survécu.
"Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi ! Je ne veux pas être ici. Je veux reposer à vos côtés", a-t-elle hurlé, hébétée et pâle, soutenue par des parents.
"J'ai prié Dieu de vous sauver !", a crié Anastasia Komarista les yeux tournés vers le ciel, qui renvoyait en écho les bruits sourds des tirs lointains de l'artillerie.
Son appartement était situé au dernier étage d'un bâtiment datant de l'ère soviétique, dans un paisible quartier d'habitation.
- Dessins au crayon, morceaux de béton -
Anastasia Komarista se trouvait à proximité, dans une salle de sport, lorsque les missiles se sont abattus.
Son mari Sergueï, 29 ans, s'occupait de leur fils Maksym et son oncle était passé.
Des journalistes de l'AFP présents sur place quelques minutes après l'attaque ont entendu une femme hurler et ont vu des secouristes jeter une poussette carbonisée du quatrième étage en ruines.
De la poussière de béton et des éclats de verre jonchaient la rue en contrebas et des panaches de fumée noire s'échappaient des maisons touchées par des éclats d'obus s'étalant de l'autre côté de la rue.
Des dessins d'enfants au crayon et des pages déchirées de livres d'école se mêlaient aux morceaux de béton éparpillés sur le sol, y compris autour d'une aire de jeux dans la cour.
L'enfant de deux ans a été sorti vivant des décombres mais il s'est éteint dans l'ambulance qui le transportait.
Des décorations de Pâques étaient encore accrochées à l'église de Sloviansk, où une centaine de personnes tenant des bougies se sont rassemblées pour rendre un dernier hommage à Maksym et à son père.
"Cette famille a été frappée par un chagrin indicible", a lancé le prêtre qui présidait la cérémonie religieuse.
"Pas seulement cette famille mais toute la ville. Quels mots pourraient apporter un quelconque réconfort dans une telle situation ?".
Le cercueil de Maksym, recouvert de soie bleue et blanche, était si petit qu'il n'a fallu que deux hommes pour le porter.
Il avait été placé, avec celui de son père, sous une grande fresque murale représentant la célèbre cathédrale Basile-Le-Bienheureux, sur la place Rouge à Moscou, l'église orthodoxe de Sloviansk dépendant toujours de l'Église russe.
- "Notre chagrin" -
Sergueï, qui réparait des téléphones et vendait des accessoires, jouait dans une équipe de football locale, peut-on lire dans un avis de décès en ligne, dans lequel ses amis le décrivent comme quelqu'un de "décontracté" et d'"empathique".
"Nous espérons que tu es maintenant avec Pelé et Maradona. Il n'y a pas de mots pour décrire notre chagrin, notre perte", ont écrit ses amis dans un message.
Huit missiles ont été tirés en direction de Sloviansk vendredi, faisant 15 morts et des dizaines de blessés.
Cette cité, qui comptait environ 110.000 habitants avant la guerre, fait partie de la région industrielle de Donetsk, que le président russe Vladimir Poutine revendique comme faisant partie de la Russie.
Le Kremlin a assuré à plusieurs reprises que les forces russes ne visaient pas les zones d'habitation et que Kiev était responsable de la prolongation des souffrances des civils en Ukraine en refusant les négociations.
Outre Maksym, les procureurs ukrainiens estiment que l'invasion russe a provoqué la mort d'au moins 470 enfants.
Le président Volodymyr Zelensky a qualifié le bombardement de vendredi de "brutal" et de nouvelle illustration de la façon dont la Russie "ruine et détruit toute vie".
Avant l'enterrement, le prêtre a malgré tout exhorté l'assistance en pleurs à croire en un avenir meilleur.
"Une période de paix viendra sûrement. Ce chagrin passera sûrement".
T.Khatib--SF-PST