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Combats à Khartoum sur fond de rivalité entre généraux
Les paramilitaires au Soudan assurent avoir pris le contrôle samedi de l'aéroport international et du palais présidentiel à Khartoum, secouée depuis le matin par des tirs et explosions, dans l'épisode le plus violent de la rivalité entre les deux généraux aux commandes depuis le putsch.
Les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hemedti", appellent désormais l'ensemble de la population, comme les soldats eux-mêmes, à la sédition contre l'armée.
En face, l'armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du Soudan depuis le coup d'Etat du 25 octobre 2021, dénonce des "mensonges" et la "trahison" d'une force qui a récemment déployé blindés et hommes à travers le pays sans la consulter.
Lors du putsch, Hemedti et Burhane avaient fait front commun pour évincer les civils du pouvoir. Mais au fil du temps, Hemedti n'a cessé de dénoncer le coup d'Etat, de se ranger du côté des civils - donc contre l'armée dans les négociations politiques - et c'est désormais son différend avec le général Burhane qui empêche toute solution de sortie de crise au Soudan.
Depuis des jours, la rue bruissait de rumeurs sur une guérilla imminente entre les deux camps. Samedi matin, Khartoum s'est réveillée au son des tirs à l'arme lourde et légère et des explosions quasi-ininterrompues.
En quelques heures, les FSR ont annoncé avoir pris l'aéroport international de Khartoum, en plein coeur de la capitale, puis le palais présidentiel où siège habituellement le général Burhane, ainsi que le palais réservé aux hôtes de l'Etat, un aéroport du nord du pays et "d'autres bases dans différentes provinces".
Et dans un communiqué, elles appellent la population à "se rallier à elles" et affirment aux militaires qu'elles ne "les visent pas eux, mais leur état-major qui les utilise pour rester sur son trône, quitte à mettre la stabilité du pays en péril".
Les habitants, eux, sont cloîtrés chez eux. "Comme tous les Soudanais, je reste à l'abri", a tweeté l'ambassadeur américain John Godfrey. "L'escalade des tensions entre militaires jusqu'à l'affrontement direct est extrêmement dangereuse. J'appelle les hauts commandants militaires à cesser immédiatement de se battre", a-t-il encore écrit.
- Impasse -
L'armée, en face, dénonce des "mensonges" et accuse les FSR d'avoir déclenché les hostilités: "les combats" ont commencé quand les FSR ont attaqué des bases de l'armée "à Khartoum et ailleurs au Soudan", a affirmé à l'AFP le porte-parole de l'armée, le général Nabil Abdallah. L'armée, elle, "accomplit son devoir pour protéger la patrie", a-t-il ajouté.
Côté FSR, on raconte l'inverse: elles disent avoir été "surprises au matin par l'arrivée d'un important contingent de l'armée qui a assiégé leur camp de Soba", dans le sud de Khartoum, et les a "attaquées avec toutes sortes d'armes lourdes et légères".
Jeudi, l'armée dénonçait déjà un déploiement "dangereux" des paramilitaires à Khartoum et dans d'autres villes du Soudan "sans l'approbation ni la moindre coordination avec le commandement des forces armées".
Elle tirait alors "la sonnette d'alarme" face à un développement "dangereux".
Car depuis des jours, alors que les civils et la communauté internationale devaient accepter un nouveau report de la signature d'un accord politique censé sortir le pays de l'impasse --à cause des divergences entre les deux généraux--, des vidéos ne cessaient de montrer l'arrivée de très nombreux blindés et d'hommes dans différentes villes, dont Khartoum.
Les divergences portent essentiellement sur l'avenir des paramilitaires: le retour à la transition démocratique est suspendu à leur intégration au sein des troupes régulières.
Si l'armée ne la refuse pas, elle veut malgré tout imposer ses conditions d'admission et limiter dans le temps leur incorporation. Le général Daglo, lui, réclame une inclusion large et, surtout, sa place au sein de l'état-major.
C'est ce différend qui bloque toujours le retour à la transition exigée par la communauté internationale pour reprendre son aide au Soudan, l'un des pays les plus pauvres au monde.
N.AbuHussein--SF-PST