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Divisés sur la guerre en Ukraine, les Bulgares votent encore
Pour la cinquième fois en deux ans, un record dans l'UE, des Bulgares à bout de patience votent dimanche afin d'élire leur Parlement, dans un pays tiraillé face à la guerre en Ukraine.
"Et si le résultat était le même qu'aux précédentes législatives?", s'inquiète Silvia Radoeva, une aide-soignante de 42 ans, interrogée par l'AFP.
Loin des espoirs nés de la vague de manifestations anti-corruption de l'été 2020, ce pays de 6,5 millions d'habitants, le plus pauvre de l'Union européenne, s'enfonce dans la crise.
Depuis la chute de l'ex-Premier ministre conservateur Boïko Borissov après une décennie au pouvoir, les différents partis peinent à s'entendre pour bâtir une coalition et les gouvernements intérimaires se succèdent.
Un marasme accentué par le conflit en Ukraine dans une société historiquement et culturellement proche de Moscou, qui se déchire sur l'aide à apporter à Kiev.
- "Inquiétante spirale" -
"Il est grand temps que les responsables politiques s'unissent pour traiter des problèmes quotidiens", estime Mme Radoeva, citant pêle-mêle "les prix fous, la pauvreté, des soins médicaux déplorables".
"Face à la guerre et l'inflation, la société réclame à cor et à cri une solution", selon Parvan Simeonov, de l'institut Gallup International, mais de nombreux protestataires de 2020 ont perdu leurs illusions et l'abstention s'annonce forte.
Deux grandes forces s'affrontent ce dimanche: d'un côté, le parti conservateur Gerb de M. Borissov, 63 ans, de l'autre les réformateurs pro-occidentaux de Kiril Petkov, entrepreneur de 42 ans qui a brièvement gouverné en 2022.
Les sondages les donnent au coude-à-coude, avec 25 à 26% des intentions de vote, laissant augurer d'un nouveau casse-tête pour former une coalition stable.
Les bureaux de vote ouvriront dès 7H00 du matin (4H00 GMT). Les premières estimations des sondages sortie des urnes sont attendues à la clôture du scrutin à 20H00 (17H00 GMT).
Devant cette "inquiétante spirale d'élections", Lukas Macek, chercheur associé de l'Institut Jacques Delors pour l'Europe Centrale et de l'Est, se dit "sceptique sur une possible issue à moins d'un retrait de Boïko Borissov".
"On retrouve le même schéma que dans d'autres pays d'Europe centrale: un ancien dirigeant qui s'accroche, alors que les autres partis refusent de s'allier à lui, sans toutefois avoir grand chose en commun par ailleurs".
- Montée des prorusses -
Le parti Continuons le changement (CC) de Kiril Petkov s'est cette fois associé à la formation de droite Bulgarie démocratique (DB). Faute de partenaires, ils ne peuvent cependant qu'espérer former un gouvernement minoritaire, par nature fragile.
Malgré les réticences envers Boïko Borissov, à l'image entachée par des affaires de corruption, le camp pro-occidental a intérêt à s'allier, juge Ognian Peitchev, un ingénieur sexagénaire rencontré à un récent rassemblement pour l'Ukraine.
"Je redoute l'influence des partis prorusses dans le prochain Parlement", confie-t-il.
Les socialistes du PSB, héritier de l'ancien parti communiste, refusent toute livraison d'armes à Kiev et défendent ouvertement l'idéologie du Kremlin.
Tout comme la jeune formation ultra-nationaliste Vazrajdane (Renaissance), bien partie pour poursuivre son ascension: elle est créditée de 13,6% des intentions de vote, contre 10% en octobre.
Si ce nouveau vote n'est pas concluant, les Bulgares devront composer avec un nouveau gouvernement intérimaire nommé par le président Roumen Radev, lui-même farouchement opposé à tout soutien à l'Ukraine.
Un scénario qui a les faveurs des russophiles comme Mariana Valkova, 62 ans. "Tant Petkov que Borissov sont vraiment trop remontés contre la Russie. Dans ces conditions, je préfère qu'un gouvernement ne soit pas formé et que Radev reste aux manettes", témoigne cette cheffe de PME, nostalgique de l'URSS où elle a travaillé.
E.Qaddoumi--SF-PST