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Macron s'adresse aux Français, polémique sur "la foule" sans "légitimité
La parole d'Emmanuel Macron à la télévision à 13H00 est très attendue mercredi alors que ses propos polémiques sur "la foule" pas "légitime" ont ravivé les tensions contre sa réforme des retraites adoptée au forceps.
Le chef de l'État, en retrait depuis janvier sur ce dossier phare de son second quinquennat, répondra à 13H00 aux journalistes de TF1 et France 2, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation syndicale.
Pour laisser toute la place à la seule parole présidentielle, l'Élysée a annulé le traditionnel compte-rendu du Conseil des ministres.
De nouvelles manifestations, parfois émaillées de tensions, se sont poursuivies mardi soir.
Au terme d'une journée d'intenses consultations, Emmanuel Macron a appelé le gouvernement à "apaiser" et "écouter les colères", tout en assumant ses choix, selon des participants à une réunion avec les parlementaires de son camp.
"La foule, quelle qu'elle soit, n'a pas de légitimité face au peuple qui s'exprime souverain à travers ses élus", a-t-il mis en garde.
"C'est quand même un peu difficile à avaler. Il faudrait qu'il descende un peu de sa tour d'ivoire, il est très loin de la réalité, de ce qui se passe. Il nie le poids des élus avec le 49.3 et là il nie le poids du peuple. Ca renforce notre détermination", prévient Stéphane Bon-Mardion, ingénieur EDF et élu CGT sur une opération "péage gratuit" à Chambéry.
Dans le propre camp du président, on a peu goûté cette sortie.
"Je n'aurais pas dit les choses comme ça", a relevé mercredi François Bayrou. "Les manifestations ont leur légitimité mais ce n'est pas une légitimité supérieure à la légitimité démocratique", a-t-il toutefois ajouté.
"La foule doit être entendue et ce que j'attends du président de la République (...), c'est que précisément il porte un diagnostic sans concession sur la situation", a complété le député Renaissance Gilles Le Gendre. "Nous n'avons pas le droit au déni".
Le patron des députés LR, Olivier Marleix, estimait lui qu'il était "urgent qu'il rectifie le tir, qu'il change de vocabulaire lors de son intervention".
A gauche, le député PS Boris Vallaud a décrit "un président forcené, en tête-à-tête avec lui-même".
- Port de Marseille bloqué -
Sur le front social, la situation reste tendue.
Mercredi matin, l'A55 dans le sens Fos-sur-Mer-Marseille a été fermée en raison de feux de palettes. Le port de Marseille-Fos était en outre totalement bloqué dans le cadre d'une journée "ports morts" à l'appel de la CGT tandis que des actions coup de poing sont également menées aux abords de la zone portuaire de Capécure, à Boulogne-sur-Mer.
Le dépôt pétrolier de Puget-sur-Agens (Var) est bloqué par des manifestants, de même que deux ronds-points desservant deux dépôts pétroliers au nord de Bordeaux.
La veille, de nouvelles manifestations à Paris ou à Nantes ont été émaillées d'incidents. Au total, de source policière, 128 interpellations ont eu lieu en France, dont 81 à Paris. 61 policiers et gendarmes ont été blessés.
Face à ces tensions, le chef de l'État a résumé mardi son état d'esprit, à l'heure de relancer son second quinquennat: "pas de dissolution, pas de remaniement, pas de référendum".
- "Changement de méthode" -
Malgré l'adoption définitive lundi par le Parlement de sa réforme phare, l'ensemble des syndicats et la quasi-totalité des oppositions continuent de réclamer le retrait du texte, qui recule l'âge légal de la retraite de 62 à 64 ans.
Le recours à l'article 49.3 de la Constitution pour faire passer le texte sans vote a ravivé la contestation, d'autant qu'il a été suivi d'une motion de censure contre le gouvernement rejetée à seulement neuf voix près.
Emmanuel Macron "a mis le feu et fermé toutes les issues" en "passant en force", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon (LFI), tandis que la patronne des députés du Rassemblement national Marine Le Pen a prévenu dans un entretien à l'AFP que le président avait seul "les clés d'une crise politique qu'il a créée".
Dans l'immédiat, le chef de l'État a demandé à ses troupes de faire "d'ici deux à trois semaines" des "propositions" en vue d'un "changement de méthode et d'agenda des réformes", ce qui pourrait lui permettre de temporiser sans faire d'annonces fortes ce mercredi, à l'exception peut-être du report de l'examen du projet de loi immigration, jugé trop inflammable dans la circonstance.
R.Halabi--SF-PST