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Kiev sous la menace directe de l'armée russe, selon le président ukrainien
Kiev se préparait au pire dans la nuit de vendredi à samedi, après l'avertissement lancé par le président Volodymyr Zelensky d'une attaque imminente de l'armée russe, 48 heures après son offensive contre l'Ukraine ordonnée par Vladimir Poutine.
"Nous ne pouvons pas perdre la capitale. Je m'adresse à nos défenseurs, hommes et femmes de tous les fronts: cette nuit, l'ennemi va utiliser toutes ses forces pour briser nos défenses de la façon la plus vile, dure et inhumaine. Cette nuit, ils vont tenter de s'emparer" de Kiev, a-t-il affirmé dans une allocution vidéo diffusée vendredi soir sur le site internet de la présidence.
De premières unités militaires russes étaient entrées vendredi dans le nord de la capitale ukrainienne, y faisant des morts.
Et dans la nuit de vendredi à samedi, le ministère de la Défense ukrainien a indiqué avoir détruit un hélicoptère et un avion d'attaque au sol russe SU-25 près des zones séparatistes dans l'Est, ainsi qu'un avion russe de transport IL-76 près de Vassylkiv. De "violents" combats se déroulent dans cette ville, située à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Kiev, "où les occupants tentent de débarquer des troupes aéroportées", a ajouté le ministère sur sa page Facebook.
L'Alliance atlantique a pour sa part commencé à déployer des éléments de sa force de réaction pour être en mesure de rapidement faire face à toute éventualité.
Dans le même temps, le président ukrainien a dit avoir discuté avec Joe Biden d'une "aide concrète à la défense".
Sous pression pour en faire davantage, les Occidentaux, y compris les Etats-Unis, ont aussi imposé des sanctions à Vladimir Poutine lui-même et à son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, un fait rare et très symbolique. Une mesure aussitôt qualifiée par la diplomatie russe de signe d'une "impuissance absolue" et le signe que les relations avec les Occidentaux sont proches du "point de non retour".
Londres a également interdit dans son ciel les avions privés des oligarques russes.
"Toute guerre laisse le monde pire que dans l'état où elle l'a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l'humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal", a de son côté dénoncé le pape François dans un tweet traduit en plusieurs langues, dont le russe, un fait rarissime.
- "Drogués" et "néonazis" -
Malgré cela, le maître du Kremlin paraît résolu à poursuivre son offensive, jusqu'à obtenir un changement de régime en Ukraine. Il a ainsi qualifié vendredi les membres de l'équipe du chef de l'Etat ukrainien de "drogués" et de "néonazis".
"Prenez le pouvoir entre vos mains !", a-t-il lancé à l'adresse des militaires ukrainiens. "Il me semble qu'il sera plus facile de négocier entre vous et moi", a-t-il ajouté.
En signe de défi, Volodymyr Zelensky, dont Washington redoute qu'il ne soit victime d'un "acte atroce", a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on le voit dans la rue, affirmant être toujours à Kiev et déterminé à "défendre" l'Ukraine.
Le président français Emmanuel Macron l'a appelé à deux reprises vendredi, en milieu d'après-midi et peu avant minuit, pour faire le point avec lui de la situation, a indiqué la présidence française.
- Fusils pour civils -
Sur le terrain des opérations à Kiev, dans le quartier d'Oblon, l'AFP a vu vendredi un civil tué sur un trottoir et des ambulanciers en secourir un autre, prisonnier de la carcasse d'une voiture écrasée par un blindé.
"Ils ont distribué les fusils, les ont chargés pour nous et nous voilà", dit Iouri Kortchemniï qui n'avait jamais tenu une arme de sa vie avant de rejoindre un bataillon de civils prêts à défendre Kiev pied à pied face à l'ennemi russe.
Les Ukrainiens ont aussi signalé des affrontements dans deux localités à entre 40 et 80 km au nord de la capitale. Des troupes russes approchaient également, selon eux, de Kiev en provenance du nord-est et de l'est.
Après la fuite de nombreuses personnes jeudi, le centre de Kiev, une métropole qui compte en temps normal quelque trois millions d'habitants et dorénavant sous couvre-feu, ressemblait à une ville-fantôme.
Hommes en armes et blindés étaient positionnés aux principaux carrefours proches des bâtiments gouvernementaux. De rares passants s'arrêtaient pour échanger les dernières nouvelles, tandis que sirènes et explosions retentissaient sous un ciel nuageux.
"Cette nuit, ils ont commencé à bombarder des quartiers civils. Cela nous rappelle (l'offensive nazie de) 1941", avait lâché M. Zelensky vendredi matin, prononçant cette phrase en russe, signe qu'elle était destinée aux Russes.
Il a salué l'"héroïsme" de la population face à une invasion qui, selon un bilan datant de la mi-journée jeudi, a fait au moins 137 morts et 316 blessés côté ukrainien. Et assuré que les soldats faisaient "leur possible" pour défendre le pays.
L'invasion a jeté sur les routes des milliers d'Ukrainiens, qui affluent aux frontières de l'UE - notamment en Pologne, Hongrie et Roumanie.
Kristian Szavla, 28 ans, arrivé de l'ouest de l'Ukraine, a été un des premiers à franchir la frontière hongroise. "Nous ne voulons pas vivre ce que nos amis et compatriotes subissent dans l'est du pays, nous réveiller au son des sirènes à chaque bombardement russe", a confié cet homme, parti avec femme et enfant.
- Mesures de rétorsion -
Le président Zelensky a reproché aux Européens d'être trop lents à soutenir l'Ukraine et il a appelé ceux ayant "une expérience de combat" à venir lutter aux côtés des Ukrainiens.
L'Otan, dont les dirigeants se sont retrouvés vendredi en visioconférence, a répété ces derniers jours qu'elle n'enverrait pas de troupes dans ce pays.
Joe Biden a en revanche prévenu qu'aucun "pouce de territoire de l'Otan" ne serait cédé et le Pentagone dépêchera quelque 7.000 hommes de plus en Allemagne.
Pour l'instant, le camp occidental se concentre sur le durcissement des sanctions contre la Russie après avoir restreint son accès aux marchés financiers et aux technologies.
Mais Volodymyr Zelensky, dont le pays vient de demander au Fonds monétaire international une aide financière d'urgence, les a exhortés à aller plus loin.
"Annuler les visas pour les Russes ? Déconnexion de Swift ? Isolement total de la Russie ? Rappel d'ambassadeurs ? Embargo sur le pétrole ? Aujourd'hui, tout doit être sur la table, car c'est une menace pour nous tous, toute l'Europe", a-t-il dit.
Autres mesures de rétorsion: la Russie a été suspendue de toute participation aux instances du Conseil de l'Europe et l'OCDE a fermé la porte à son adhésion.
Elle a en outre été exclue du très populaire concours musical de l'Eurovision, cependant que le Comité international olympique a exhorté les fédérations sportives internationales à annuler ou délocaliser tout évènement prévu sur son sol ou chez son allié bélarusse.
Première conséquence: la finale de la Ligue des Champions aura lieu à Paris et non à Saint-Petersbourg comme cela était prévu, et le Grand Prix de F1 de Sotchi prévu en septembre a été annulé.
- Rebond des Bourses -
Après avoir flambé jeudi, les cours des matières premières restaient très élevés, avec un baril de pétrole Brent au-dessus des 100 dollars, même si le WTI américain était revenu autour de 95 dollars. Les bourses mondiales ont de leur côté fortement progressé vendredi.
L'offensive russe a commencé jeudi à l'aube, après la reconnaissance lundi soir par Vladimir Poutine de l'indépendance de deux territoires séparatistes ukrainiens du Donbass, parrainés par Moscou depuis 2014.
Le maître du Kremlin a pris pour prétexte un prétendu "génocide" orchestré par Kiev dans ces "républiques", dénonçant de plus la politique "agressive" de l'Otan.
burx/ob/ybl
B.Khalifa--SF-PST