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A l'ONU, isolement de la Russie accusée de créer le "péril" en Ukraine
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a estimé mercredi devant l'Assemblée générale des Nations unies que le monde faisait face "à un moment de péril" avec la crise entre la Russie et l'Occident autour de l'Ukraine, pays qui a réclamé avec insistance le retrait des troupes russes.
Le conflit déclenché par la Russie, "seul agresseur", pourrait se traduire par "une nouvelle crise de réfugiés" avec "jusqu'à 5 millions de personnes supplémentaires déplacées", a averti l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield.
La réunion de l'Assemblée générale était une session annuelle sur les "territoires ukrainiens occupés temporairement", organisée depuis l'annexion en 2014 de la Crimée par la Russie. Elle a pris cette année un tour dramatique avec les derniers développements, plus de 80 pays sur les 193 membres de l'ONU ayant choisi de s'exprimer.
Une très grande majorité d'entre eux, représentant tous les continents, ont critiqué en des termes plus ou moins virulents la Russie. Plusieurs ont brandi la Charte de l'ONU, certains comme le Canada allant jusqu'à lire des articles destinés à conjurer la guerre.
Considéré comme proche de Moscou, Pékin a laissé entrevoir un très faible soutien. "Les buts et principes de la Charte des Nations unies doivent être défendus conjointement", a déclaré l'ambassadeur chinois, Zhang Jun.
"La décision de la Russie de reconnaître la soi-disant +indépendance+ des régions de Donetsk et de Lougansk – et la suite – sont des violations de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine et sont incompatibles avec les principes de la Charte des Nations unies", a dénoncé le chef de l'ONU dès l'ouverture de la réunion.
Dans la foulée, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a souligné que l'Ukraine n'était pas une menace pour la Russie.
"L'Ukraine n'a jamais prévu et ne prévoit aucune opération militaire dans le Donbass"", a-t-il dit. "Le début d'une guerre à grande échelle en Ukraine sera la fin de l'ordre mondial tel que nous le connaissons", a mis en garde Dmytro Kuleba, en demandant aux membres des Nations unies de ne pas reconnaître l'indépendance des régions de Donetsk et de Lougansk.
"Il faut que la Russie retrouve le chemin de la diplomatie", qu'elle "retire ses troupes, cesse de déstabiliser la région", a réclamé le ministre ukrainien. "Nous voulons la paix!", a lancé à la fin de son long discours Dmytro Kuleba, vivement applaudi.
- "Epoque d'empires" -
"Nous sommes en 2022" et "nous ne reviendrons pas à une époque d'empires et de colonies - ou à l'URSS ou à l'Union soviétique", a fait valoir Linda Thomas-Greenfield. "Nous avons avancé et devons veiller, comme l'a dit lundi le Kenya au Conseil de sécurité, à ce que +les braises des empires morts n'enflamment pas de nouvelles formes d'oppression et de violence+", a-t-elle ajouté.
"Parce que l'Ukraine est l'un des plus grands fournisseurs de blé au monde, en particulier pour le monde en développement, les actions de la Russie pourraient provoquer une flambée des prix des denrées alimentaires et conduire à une faim encore plus désespérée dans des endroits comme la Libye, le Yémen et le Liban", a aussi affirmé la diplomate américaine.
Au préalable, son homologue russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, avait assuré que la situation aujourd'hui était le résultat du "coup d'Etat de 2014", qui a conduit à un changement de pouvoir en Ukraine plus favorable à l'Occident qu'à Moscou.
Depuis, Kiev mène une "répression" à l'égard de la minorité russophone en Ukraine, a dénoncé le diplomate russe, évoquant même - une première à l'ONU - le terme de "génocide" utilisé récemment par le président russe Vladimir Poutine.
Selon lui, l'absence d'action de Kiev en faveur de l'est du pays a poussé "des dizaines de milliers de personnes" à fuir vers la Russie.
Dans une rare critique à l'égard du secrétaire général, Vassily Nebenzia, dont le pays, fait du hasard, préside en février le Conseil de sécurité de l'ONU, a jugé que ses dernières déclarations à l'encontre de Moscou n'étaient pas en adéquation avec son mandat.
Mardi, Antonio Guterres avait rejeté fermement l'assertion russe qu'un "génocide" serait commis dans le Donbass, dans l'est de l'Ukraine, et multiplié les accusations selon lesquelles le Kremlin viole la Charte des Nations unies.
Moscou est avec Washington, Paris, Londres et Pékin l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. A ce titre, il est doté d'un droit de veto qui lui permet d'annihiler toute tentative dans cette instance pour faire condamner la Russie.
A.Suleiman--SF-PST