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En Roumanie, voisine de l'Ukraine, les chars français renforcent la digue otanienne
Deux tirs d'obus de 120 mm font trembler le sol boueux du champ de tir : récemment arrivés dans le camp d'entraînement de Cincu en Roumanie, les chars Leclerc français font une démonstration de force dans ce pays voisin de l'Ukraine, où l'Otan ne cesse de consolider son dispositif.
"La crise ukrainienne nous montre que ce qui se passe à l'Est peut être une menace pour l'Europe. On montre donc que l'Otan est présente, unie et prête à toute éventualité", commente le colonel français Alexandre de Feligonde, qui commande un bataillon interallié à Cincu, dans le centre de la Roumanie.
Nation-cadre d'un groupement tactique de présence avancée de l'Otan en Roumanie, la France vient d'y renforcer sa présence en déployant des moyens plus lourds : une vingtaine de véhicules blindés d'infanterie (VBCI) et 13 chars Leclerc.
La guerre ayant refait surface sur le continent européen, avec l'agression russe contre l'Ukraine, ce déploiement se veut dissuasif : l'imposant char de 56 tonnes, dont l'armée de Terre française possède 200 exemplaires, a un canon d'une portée de 4.000 à 6.000 mètres et peut tirer jusqu'à six obus par minute tout en roulant. Un armement adapté à des conflits dits de "haute intensité".
Des Leclerc avaient déjà été envoyés ces dernières années en Estonie et en Lituanie pour des missions de réassurance de l'Alliance atlantique. Mais le conflit en Ukraine a placé la Roumanie aux avant-postes, justifiant l'envoi de ces renforts blindés.
Le bataillon commandé par la France compte désormais 700 hommes, 620 Français et 80 fantassins néerlandais, soutenus par 300 militaires français. L'objectif est d'atteindre un total de 1.200 soldats dès que les capacités d'accueil en cours de construction seront suffisantes.
- 5.000 soldats alliés -
Objectif : consolider la présence de l'Otan sur son flanc sud-est par solidarité envers ses membres est-européens, et travailler sur l'interopérabilité des militaires de différentes nationalités.
"Pour être crédibles, on a besoin de s'entraîner ensemble", fait valoir le colonel de Féligonde, observant à partir d'une colline les salves de tirs de ses Leclerc, déployés pour un exercice aux côtés de troupes néerlandaises et roumaines.
"Avec les Français, il y a la barrière de la langue, mais on a les mêmes procédures. C'est plus facile que ce que je pensais", confie le lieutenant néerlandais Wietse.
Au total, quelque 5.000 militaires étrangers sont aujourd'hui en Roumanie, soit le plus gros contingent de forces alliées sur le flanc sud-est de l'Otan.
Une partie d'entre eux se trouvent sur la base aérienne militaire de Constanta, sur les bords de la mer Noire, à 400 km à vol d'oiseau de la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en 2014.
Parmi ces renforts, les soldats d'élite de la 101e brigade aéroportée américaine occupent tout un coin de la base. Dans leur secteur s'alignent des dizaines de blindés légers, des hélicoptères Chinook et d'attaque Apache.
Un peu plus loin au nord sur la côte, à une centaine de kilomètres seulement de la frontière ukrainienne, un détachement français renforce depuis le mois de mai les capacités antiaériennes de l'Otan.
- "Feu en quelques secondes" -
Au bout d'une petite route cahoteuse traversant les champs, dans le centre d'entraînement de Capu Midia, l'armée de l'Air française a installé un de ses systèmes sol-air de moyenne portée MAMBA - équivalent du système Patriot américain - pour protéger la région hautement stratégique du port de Constanta.
"Nous avons des systèmes de défense antiaérienne, mais pas assez pour défendre l'ensemble de notre territoire", fait valoir le lieutenant-colonel roumain Calin.
Avec le système MAMBA, son radar et ses lanceurs armés de huit missiles Aster d'une portée d'environ 100 km, "nous pouvons contrer un vaste éventail de menaces aériennes : missiles balistiques de courte portée, avions de chasse, hélicoptères, drones et même des salves de missiles de croisière avec des tirs multiples", souligne le commandant Christophe, le chef opérations du détachement.
Depuis le début de la guerre en Ukraine voisine, aucune alerte n'a été déclenchée en Roumanie, mais des missiles russes tirés de la mer Noire sur l'Ukraine ont survolé l'espace aérien de la Moldavie toute proche.
En cas d'agression russe contre la Roumanie, sur décision de l'Otan et avec l'accord de Bucarest, "nous pouvons engager le feu en quelques secondes", affirme l'officier français.
"L'Otan surveille tout ce qui se passe en mer Noire, rien ne s'y passe sans que nous le sachions", résume le colonel italien Michele Morelli, dont le détachement assure à Constanta la mission de l'Alliance de police du ciel au profit de la Roumanie. Sous les hangars, quatre Eurofighter se tiennent prêts à décoller en 15 minutes en cas d'alerte.
"Nous nous assurons que les Russes sont bien conscients de notre présence le long des frontières, comme nous sommes bien conscients de la leur. Nous n'avons pas l'intention d'user de nos armes mais nous sommes prêts à le faire en cas de besoin", prévient l'aviateur.
Z.Ramadan--SF-PST