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Attentats de 2016 à Bruxelles: première journée marathon pour désigner le jury
Six ans et demi après les faits, le procès des attentats jihadistes de 2016 à Bruxelles s'est ouvert mercredi dans la capitale belge par la formation d'un jury de cour d'assises exceptionnellement fourni pour affronter de longs mois de débats.
Neuf hommes accusés de crimes terroristes, dont Salah Abdeslam, un millier de parties civiles, 36 jurés dont 24 suppléants pour pallier d'éventuelles absences chez les titulaires: ce procès est hors norme à plusieurs titres.
Après l'appel des accusés, la première journée a été toute entière consacrée à former le jury populaire, notamment en entendant des dizaines de demandes de dispense.
Les débats, qui devraient durer jusqu'à juin, commenceront lundi prochain.
Le matin du 22 mars 2016, deux jihadistes s'étaient fait exploser dans le hall des départs de l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, et un troisième une grosse heure plus tard dans une station de métro de la capitale belge, causant 32 morts et plusieurs centaines de blessés.
Ces attentats-suicides, revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), ont été perpétrés par la cellule jihadistes déjà à l'origine des attaques du 13 novembre 2015 (130 morts à Paris et Saint-Denis).
Ils surviennent quatre jours après l'arrestation - le 18 mars dans la commune bruxelloise de Molenbeek - de Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos du 13 Novembre. Une interpellation considérée par les enquêteurs comme l'élément qui précipite ce nouveau passage à l'acte du groupe.
- "Electromécanicien" -
"Abdeslam Salah, 33 ans, électromécanicien": le jihadiste français, pull noir et barbe fournie, s'est contenté de décliner poliment son identité à la cour, à l'ouverture de l'audience mercredi matin.
Une attitude qui contrastait avec celle adoptée en septembre 2021 au lancement du procès du 13-Novembre à Paris. "J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'Etat islamique", avait alors asséné Abdeslam, condamné en juin à la perpétuité incompressible, la peine la plus lourde du code pénal français.
Mercredi matin, les neuf accusés attendus étaient tous présents, sept dans le box dont Abdeslam et deux comparaissant libres. Une dixième homme, Oussama Atar, dirigeant de la cellule, est jugé par défaut (comme à Paris) car il est présumé mort en Syrie.
Un seul accusé, le Suédois d'origine syrienne Osama Krayem, a refusé de se lever lors de l'appel et de prononcer le moindre mot à l'adresse de la cour.
Pendant plus de sept heures, face à des accusés impassibles, bavardant parfois l'un avec l'autre dans le box collectif, des dizaines de citoyens belges convoqués pour former le jury ont défilé à la barre pour appuyer leur demande de dispense.
"Je vais être opéré en mars", "je dois allaiter mon bébé de 8 mois", "j'ai déjà réservé mes vacances en Thaïlande": la plupart ont fait valoir des raisons médicales, familiales, parfois professionnelles, pour obtenir de ne pas siéger.
Certains ont avancé des liens personnels avec tel avocat ou telle victime des attentats risquant d'affecter leur impartialité. Le cinéaste Joachim Lafosse a ainsi été dispensé. Même chose pour l'athlète Kevin Borlée.
Après "339" dispenses accordées avant le procès la présidente Laurence Massart en a délivré 145 autres mercredi.
Le tirage au sort des jurés devait intervenir en fin de journée parmi les candidats non dispensés. Six cents personnes avaient été convoquées à l'ancien siège de l'Otan reconverti en bâtiment de justice.
- "Abandonnées à leur sort" -
A l'inverse de la France où ils sont soumis à une cour d'assises spéciale (uniquement composée de magistrats), les crimes "terroristes" sont encore jugés en Belgique par 12 citoyens tirés au sort pour assister trois magistrats professionnels.
Situation inédite en Belgique, permise par une loi récente: 36 sièges leur seront réservés pour ce long procès, pour 12 jurés titulaires et 24 suppléants amenés à remplacer au pied levé toute absence.
Selon un calendrier prévisionnel, les accusés sont censés être interrogés sur les faits à partir du 19 décembre, les premiers témoignages de victimes étant attendus à la mi-janvier.
Proches de victimes décédées, personnes blessées ou souffrant de séquelles psychologiques: un millier de personnes se sont constituées parties civiles au procès pour réclamer la réparation d'un préjudice.
Plusieurs rescapés et témoins interrogés par l'AFP ont aussi décrit leur pénible combat pour obtenir des assurances la prise en charge des soins médicaux.
"Les victimes ont été abandonnées à leur sort par l'Etat belge", a dénoncé un collectif représentant près de 300 parties civiles.
L.Hussein--SF-PST