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Le Rhin s'assèche, l'industrie allemande en quête de solutions
Au pied des hauts fourneaux de l'aciériste Thyssenkrupp à Duisbourg, dans l'ouest de l'Allemagne, le Rhin dévoile début août son lit en partie asséché, une nouvelle réalité climatique qui vire au casse-tête économique pour une industrie allemande ébranlée.
Des niveaux historiquement bas ont été mesurés à plusieurs points stratégiques du fleuve ces derniers jours, conséquences d'un déficit de pluie combiné à de fortes chaleurs, des phénomènes aggravés par le dérèglement climatique d'origine humaine.
Pour la première économie européenne, déjà engluée dans une reprise fragile, cet épisode de basses eaux tombe au pire moment.
Le gouvernement fédéral est sommé de réagir. Le nouveau ministre des Transports, Steffen Bilger, convoque jeudi à Bonn une conférence réunissant industriels, armateurs, ports et représentants du secteur logistique afin de trouver des solutions pratiques à cette crise qui s'installe.
Le ministre de l'Économie de Rhénanie-Palatinat, Michael Ebling, a appelé le gouvernement à accélérer le projet d'approfondissement du Rhin moyen, estimant que cette voie d'eau stratégique doit rester opérationnelle même en période de basses eaux.
Car le Rhin n'est pas un fleuve comme les autres: il est vital pour le pays.
Environ 80% du trafic fluvial allemand y transite, rappelle Rico Luman, économiste chez ING. Chaque année, quelque 285 millions de tonnes de marchandises y sont transportées, du port néerlandais de Rotterdam, qui débouche sur la mer du Nord, aux grands bassins industriels du pays : la Ruhr sidérurgique, la région Rhin-Main et le gigantesque complexe chimique de Ludwigshafen, berceau de BASF.
Produits pétroliers, carburants, charbon, minerais, céréales, conteneurs et produits chimiques y circulent quotidiennement.
- Barges adaptées -
Le port de Duisbourg (ouest) indique que les capacités de chargement des navires sont tombées à environ un tiers de leur niveau habituel, ce qui a entraîné une hausse de 50 % à 60 % des escales ces dernières semaines et un report accru des marchandises vers de plus petits bateaux, le rail et la route.
Dans le domaine pétrolier, les chargements sont parfois limités à 300-400 tonnes pour certaines barges-citernes de 110 mètres, d'où une multiplication des rotations qui a fait flamber les tarifs du transport fluvial.
Ils ont atteint 200 euros la tonne début août pour des produits pétroliers acheminés entre la zone ARA (Amsterdam-Rotterdam-Anvers), en aval, et Karlsruhe (sud), dans le Rhin supérieur, contre un précédent record de 130 euros en août 2022, selon le cabinet néerlandais Insights Global.
Pour les industriels, l'adaptation est devenue une routine.
Chez BASF, le recours à davantage de barges adaptées aux faibles tirants d'eau a jusqu'à présent permis de maintenir l'essentiel des approvisionnements.
Le chimiste de spécialité Covestro, pour qui plus de 30% des produits fabriqués et près de 75% des matières premières transitent par le Rhin, indique toutefois que les perturbations affectent déjà l'approvisionnement et la production de certains sites.
Dans le même secteur, Lanxess parle d'une situation "très difficile", alors que les livraisons par bateau sont fortement limitées et certaines zones de chargement ou de déchargement ne sont plus accessibles.
Chez Evonik, la réduction des volumes transportés commence à peser sur certaines activités de son complexe chimique de Marl.
Chez Thyssenkrupp Steel, l'approvisionnement du site de Duisbourg est désormais affecté et la flotte fluviale du groupe a dû être remplacée par des navires à plus faible tirant d'eau.
Dans le raffinage, Shell utilise davantage ses capacités de stockage et tente de détourner certains flux vers les trains, les camions ou les oléoducs.
- Économie au ralenti -
Mais pour basculer l'acheminement sur la route, les chauffeurs manquent, et dans le rail, la filiale de fret de Deutsche Bahn, DB Cargo, cherche avec ses clients des "solutions pragmatiques (...) dans la limite des capacités disponibles de l'infrastructure ferroviaire".
Les conséquences débordent déjà du secteur logistique, avec une nouvelle poussée des prix des carburants à la pompe, en attendant la valse des étiquettes dans les supermarchés.
L'économiste Carsten Brzeski (ING) rappelle que la sécheresse de 2018 avait amputé la croissance allemande d'environ 0,3 point de pourcentage et estime que l'impact pourrait être encore plus marqué cette année, les niveaux du Rhin observés début août étant sans précédent.
Le ministère allemand de l'Économie se veut néanmoins rassurant sur un point : aucun problème d'approvisionnement énergétique n'est attendu à ce stade grâce à des stocks plus élevés de charbon dans les centrales situées le long du Rhin.
R.Shaban--SF-PST