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Mégafeu en Gironde: Le Porge, village martyr au bord de la "psychose", se barricade
Des habitants méfiants et des gendarmes sur le qui-vive: le village du Porge, de loin le plus ravagé par le mégafeu en Gironde, se barricade dans un climat de "psychose" croissante face aux craintes de pillages et de pyromanes.
Pour pénétrer dans cette commune de 3.500 âmes située à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux, cernée par la forêt et l'océan, il faut désormais montrer patte blanche.
À chaque carrefour stratégique, des barrages filtrants contrôlent les arrivants. Les visages se ferment devant les inconnus, les regards scrutent les habitacles: ce havre d'ordinaire prisé des surfeurs et des touristes prend des airs de camp retranché.
"On fait des tours de garde toutes les quatre heures, 24H sur 24", raconte Sylvain Sallaud, qui a délaissé sa rôtisserie, fermée depuis les incendies, pour venir surveiller tout mouvement suspect.
Une fois la nuit tombée, un hélicoptère de la gendarmerie survole le village en grande partie évacué à la recherche d'éventuels intrus.
"Il y a eu des tentatives de cambriolages", explique le commerçant.
Un peu plus loin, Dorian Raposo, un jeune géomètre, fait voler son drone au-dessus des ruines alentours pour évaluer l'ampleur des dégâts: champs brûlés, carcasses de voitures et montagnes de gravats ont remplacé le coquet paysage d'antan.
"Il y en a qui se font passer pour des bénévoles, qui se cachent dans les cuves à l'arrière des pick-ups pour aller vider les maisons encore debout", croit savoir ce Porgeais de 23 ans, avant d'aller prêter main forte sur un barrage.
Le maire, Martial Zaninetti, confirme des "tentatives de cambriolage" et l'interpellation de "pyromanes qui ont jeté des cocktails Molotov en lisière de forêt" ces derniers jours.
- Tensions et "m'as-tu-vu" –
"Il y a une psychose générale", résume Pauline Metral, une architecte installée avec sa famille sur la commune depuis six ans. "Les gendarmes nous ont même dit qu'il fallait se méfier des voisins."
Les rumeurs de rôdeurs déguisés en "faux journalistes" ou en "faux pompiers" rendent tout le monde "hyper parano", explique-t-elle au son bruyant du groupe électrogène qui alimente son foyer privé d'électricité.
Ces récits circulent vite, grossis par la fatigue d'une crise qui dure et le traumatisme des flammes qui semblent s'être acharnées sur le village. Avec 183 habitations anéanties, Le Porge concentre l'essentiel des destructions de logements causées par un mégafeu ayant dévoré 42.000 hectares.
Depuis plusieurs jours, entre habitants, l'ambiance n'est "pas forcément parfaite", reconnaît Bruno T., un tourneur-fraiseur qui n'a pas donné son nom et devait fêter sa retraite lorsque sa maison a été emportée par le feu.
"Certains habitants ont fait les stars, mais ils n'étaient pas là pour éteindre les incendies", lâche son fils, agacé par l'attitude de ceux qui se comportent comme des "cow-boys" devant les médias venus du monde entier, mais étaient "invisibles" lorsque le mur de feu s'est abattu sur eux.
Les yeux rougis et la voix tremblante, Bruno désigne son terrain ravagé. Sa maison, construite de ses mains il y a vingt-deux ans, n'a plus ni toit ni fenêtres. "C'était mon seul patrimoine", lâche-t-il dépité.
- Besoin de "réponses" -
Comme tant d'autres, le sexagénaire est convaincu que Le Porge a été "abandonné" à dessein au profit de la très chic presqu'île du Cap-Ferret, à quelques kilomètres de là, où viennent en vacances les stars.
Un collectif qui rassemble déjà plus de 700 habitants en colère a annoncé son intention de porter plainte au pénal pour retracer les événements et obtenir des réponses sur la chaîne de responsabilité.
Jeudi 23 juillet, alors que les flammes de plus de 10 mètres s'élevaient dans l'obscurité, les pompiers envoyés en renfort du détachement local "ont quitté le navire" pour aller protéger Lège-Cap-Ferret enrage Bruno, dont le témoignage concorde avec beaucoup d'autres. "Ils ont agi sur ordre, mais de qui?".
Pour le maire, l'heure n'est pas aux règlements de compte. "Des choix peut-être judicieux ont été faits car ça brûlait ailleurs mais nous devons entendre la douleur des gens et leur apporter des réponses", dit-il.
Une polémique similaire avait déjà opposé les "pauvres" de Landiras aux "riches" de la Teste-de-Buch lors du grand incendie de 2022, rappelle-t-on de source proche des autorités. Les autorités françaises répètent que les arbitrages effectués visaient avant tout à sauver des vies.
Au centre du bourg, loin des barrages, seule la salle des fêtes offre une respiration. Transformée en cantine improvisée, elle a pris des airs de guinguette, avec ses repas partagés entre habitants, pompiers et forces de l'ordre, même si les conversations tournent toujours autour d'un seul sujet.
Dans l'attente fébrile des experts en assurance qui viendront chiffrer les pertes, chacun sait que la crise est loin d'être finie.
La mairie se prépare à cette deuxième bataille "psychologique, juridique, financière et matérielle".
"Tout le monde va relever les manches", assure Martial Zaninetti. "Tout le monde veut reconstruire."
K.AbuDahab--SF-PST