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PFAS dans l'eau du robinet: depuis un an, collectivités et habitants s'adaptent
"Faire payer les pollueurs" et rendre l'eau à nouveau potable: c'est ce qu'espèrent les habitants d'une dizaine de villages de la Meuse et des Ardennes, qui ont interdiction depuis un an de consommer l'eau du robinet, contaminée par les PFAS.
Quelque 2.600 personnes au total sont toujours concernées par cette mesure de restriction, qui a fait l'effet d'une "météorite" lorsqu'elle a été imposée début juillet 2025, comme le disait à l'époque à l'AFP le maire d'une des communes meusiennes concernées.
"En un an, rien n'a avancé", se désole Aurore Thiébaut, une habitante de Malandry (Ardennes). "Ça devient la routine d'acheter des packs d'eau, de boire de l'eau en bouteille, de cuisiner avec..." Dans son foyer, qui compte six personnes, "sept bidons de cinq litres, ça tient trois jours", et requiert de la logistique et du stockage, souligne cette référente du collectif de riverains "PFAS Ardennes".
Au départ, l'interdiction de consommation de l'eau courante - après la découverte de taux anormaux de polluants éternels (PFAS) au niveau des captages - s'appliquait dans une quinzaine de villages. Puis, en avril, les choses sont rentrées dans l'ordre dans sept communes du secteur de Vouziers (Ardennes), grâce à l'installation d'un traitement de l'eau par filtre à charbon actif, qui a permis un retour à la conformité.
- Travaux coûteux -
Mais une dizaine d'autres communes sont encore touchées, dont quatre en Meuse. La pollution du captage est telle qu'il n'est pas possible d'y installer des filtres à charbon, selon Guy-Joël Chatton, maire de Louppy-sur-Loison, l'une de ces quatre localités.
Les communes doivent donc se raccorder à un autre réseau, à une quinzaine de kilomètres de là, mais les travaux pour ce faire ne seront pas achevés avant "fin 2027-début 2028" selon l'édile. Et ils vont "coûter cher", a-t-il ajouté, sans communiquer de montant.
A Malandry, l'un des cinq villages ardennais concernés - où l'installation de filtres à charbon, comme près de Vouziers, pourrait permettre de retrouver une eau conforme -, les habitants ont appris que la prochaine facture d'eau allait augmenter. "On n'a plus d'eau potable, mais on nous augmente le prix du mètre cube", s'étonne Mme Thiébaut.
Elle lave ses légumes ou fait cuire ses féculents avec de l'eau en bouteille, même si les autorités ne le demandent pas. Et cette consommation de bouteilles en plastique "pollue aussi", pointe-t-elle.
Les mairies continuent par ailleurs à assumer la charge financière des deux litres d'eau qu'elles doivent fournir par jour et par habitant, à 12 centimes par litre. Les analyses de l'eau, pour vérifier l'évolution de la contamination, sont aussi à leurs frais.
- Légumes contaminés -
En avril, six communes des Ardennes, une communauté de communes et un syndicat des eaux ont déposé plainte contre X pour "mise en danger d'autrui". Et 400 habitants s'apprêtent à faire de même en juillet.
Cette procédure, qui pourrait aboutir à un procès, a pour but de faire "payer les pollueurs", dit à l'AFP Guilaine Bernard, habitante d'Haraucourt. Elle attend aussi que soit trouvée "une solution pour que l'on puisse boire à nouveau l'eau du robinet".
Et même si les élus locaux ont "fait des pieds et des mains" pour trouver lesdites solutions, "tout prend du temps", observe-t-elle.
Selon les autorités, cette pollution pourrait provenir de l'épandage de boues contaminées issues de la papeterie de Stenay, fermée en 2024.
La préfecture des Ardennes a interdit l'épandage de boues à proximité des captages d'eau. Mais "tout le territoire est pollué", y compris les "terres cultivées", ce qui pose la question de "toute la chaîne alimentaire", se désole Catherine Boutefroy, habitante d'Haraucourt et autre référente du collectif PFAS Ardennes.
Anne Abraham et son mari, maraîchers à Haraucourt, ont dû arrêter leur activité en janvier, leurs légumes étant contaminés. Pour autant, ils n'ont pas eu d'échanges récents avec les autorités et disent n'avoir touché aucune indemnisation.
V.Said--SF-PST