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En Australie, des "moutons solaires" pionniers de l'agrivoltaïsme
De loin, la ferme photovoltaïque de Tom Warren ressemble à n'importe quelle autre. Jusqu'à ce qu'apparaisse une centaine de moutons en train de brouter à l'ombre des panneaux solaires.
Pour rien au monde l'éleveur australien, installé à environ 400 kilomètres à l'ouest de Sydney, ne reviendrait sur sa décision de les faire cohabiter.
Lorsqu'il a été approché par l'entreprise Neoen, il y a d'abord vu une nouvelle source de revenus "qui ne dépend ni de la météo, ni du prix de la laine", explique-t-il sur son exploitation à Dubbo, qui compte plus de 30.000 panneaux sur une cinquantaine d'hectares.
Et depuis, "les loyers que je perçois sont plus importants que tous les revenus que je pourrais tirer de l'agriculture dans cette région, que je fasse paître des moutons ou pas sous ces panneaux", se félicite-t-il.
L'éleveur a insisté pour que les installations de Neoen n'empêchent pas ses bêtes de brouter en dessous et très vite vu les bénéfices. "Tout d'abord, les moutons apprécient beaucoup l'ombre qu'apportent les panneaux, même en hiver. Et puis au cours de la nuit, de la buée se dépose sur les panneaux, elle coule sur la terre et crée des petites lignes d'herbe verte à l'extrémité des rangées de panneaux". Un petit détail qui change tout.
"La laine produite est de meilleure qualité et plus propre, car la terre est moins sèche et nous avons relevé une hausse de 15% de nos recettes issues de l'élevage des moutons qui paissent sous les panneaux solaires", assure Tom Warren, qui a réalisé une étude comparative avec des ovins qu'il fait pâturer sur un terrain adjacent dépourvu de panneaux.
- "Meilleure qualité" -
A une cinquantaine de kilomètres de là, dans la ville de Wellington, Tony Inder fait le même constat, avec un cheptel bien plus important de 6.000 moutons, qui broutent sur deux terrains répartis sur 4.000 ha. "Pour produire de la laine de façon uniforme, il faut fournir une alimentation régulière. Sur un terrain vierge, en ce moment, il fait très chaud et c'est très sec", souligne-t-il.
"Puis il va y avoir une forte averse et d'un coup, tout sera vert, ce qui fait que la qualité de la laine ne sera pas la même sur toute sa longueur. Alors que sous des panneaux solaires, il y a toujours de l'herbe, et elle reste verte, ce qui permet de produire de la laine de meilleure qualité".
Lui n'est pas propriétaire des terrains où sont installés les panneaux solaires, mais ceux qui les possèdent le laissent les utiliser gratuitement. En échange de quoi "ils n'ont pas à faucher aussi souvent" pour permettre le bon fonctionnement des panneaux. Mais c'est aussi et surtout pour respecter les normes en matière de prévention des feux de brousse.
Sur le terrain le plus petit, de 1.500 ha, "chaque tonte (de l'herbe) leur coûte 90.000 dollars et avant qu'on se mette d'accord, ils devaient le faire six fois par an. Maintenant ce n'est plus qu'une ou deux fois, cela fait de belles économies", relève Tony Inder.
- "Plus vraiment possible de découpler" -
La ferme de Dubbo, premier exemple en Australie de l'agrivoltaïsme, est devenue la norme pour Neoen. "Il y a des moutons qui paissent dans toutes nos centrales solaires", confirme ainsi Emily Walker, directrice de l'entreprise pour la Nouvelle-Galles-du-Sud.
"Le secteur dans son ensemble bouge très vite sur ce sujet, dans un monde où il n'est plus vraiment possible de découpler l'usage agricole historique de la terre de la production d'énergie solaire", affirme-t-elle.
Si, pour l'instant, ces usages combinés sont limités à l'élevage en Australie, le solaire pourrait à l'avenir être mêlé à d'autres activités agricoles.
Ainsi, des panneaux solaires ont été déployés sur des vignes dans l'État du Victoria et en Australie-Occidentale à titre expérimental, pour étudier le potentiel impact de l'ombre générée sur le rendement.
Pour Karin Stark, directrice du cabinet de conseil Farm Renewables, il devrait être négligeable. "Dans un pays comme l'Australie, six à huit heures d'exposition au soleil sont suffisantes pour le développement des plantes, si elles sont partiellement à l'ombre, cela ne réduit pas leur capacité à photosynthétiser", dit-elle.
Une perspective prometteuse pour les agriculteurs australiens. Selon un rapport du Clean Energy Council publié en 2024, grâce aux énergies renouvelables, ils pourraient ainsi dégager 600 millions d'euros de revenus supplémentaires d'ici à 2030, et jusqu'à 6,5 milliards d'euros d'ici à 2050.
V.AbuAwwad--SF-PST