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En Guyane, les acteurs publics s'organisent face à l'érosion et la montée des eaux
Alors que la COP30 continue à Belem, les effets du réchauffement climatique sont déjà visibles en Guyane, à quelques centaines de kilomètres de là, le littoral s'effrite, grignoté par une érosion chronique et menacé par la montée de l'océan Atlantique.
"L'océan était beaucoup plus loin avant, à 100 mètres de la maison. Aujourd'hui, l'eau est à moins de 20 mètres", montre Endrick Behary-Laul-Sirder.
Cet habitant de Kourou a vu son quartier de l'Anse se transformer sous l'effet de l'érosion côtière et de plusieurs épisodes de submersions marines survenus entre 2016 et 2019. "Les vagues tapaient contre le portail", se souvient ce trentenaire, employé du centre spatial.
La rue où il habite depuis dix ans n'a plus qu'une seule voie: l'autre a été remplacée par une dune de deux mètres, érigée dans l’urgence par la municipalité.
À Kourou, ville sans relief bâtie sur douze kilomètres de littoral, plusieurs quartiers sont directement menacés. "Que le trait de côte soit mouvant, ce n'est pas un problème car c'est endémique à la Guyane, contrairement à la montée de l'eau. On ne lutte pas contre l'océan", souligne Jean-Paul Malaganne, directeur général adjoint de la ville, chargé de l'urbanisme.
Les Guyanais sont habitués à vivre sur l'un des littoraux les plus dynamiques du monde. En cause les centaines de millions de tonnes de sédiments charriés chaque année par l'Amazone.
Ces bancs de vase, larges de plusieurs kilomètres, remontent le long du plateau des Guyanes sous l'effet de la houle et du vent. Véritables boucliers naturels, ils amortissent la houle, puis se déplacent de près de 2,5 km par an, laissant parfois les plages à nu.
"Dans l'Hexagone, l'érosion est suffisamment lente pour être anticipée", explique Guillaume Brunier, chercheur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). "En Guyane, les échelles sont beaucoup plus rapides. On peut perdre ou gagner plusieurs dizaines de mètres par an."
- Relocaliser des quartiers -
Un phénomène qui pourrait s'amplifier, selon le rapport GuyaClimat publié en 2022. Il formule plusieurs scénarios à partir des données du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), allant d'une hausse du niveau de l'océan Atlantique de 46 cm d'ici à 2100 dans le scénario faible, à jusqu'à 84 cm dans le scénario fort.
"Cela générera un plus fort risque de submersion, car la taille et la force des vagues rétracte les vasières (...) In fine, il y aura moins d'espaces tampons", poursuit Guillaume Brunier.
À Kourou, le banc de vase qui amortit les vagues "se sera déplacé d'ici un an et demi à deux ans", anticipe le BRGM, menaçant à nouveau le front de mer.
Dès 2016, la Ville a engagé une stratégie d'adaptation. La première phase, prévue pour septembre 2026, consiste à poser des épis en bois pour casser les vagues "afin de donner une marge de 20-30 ans aux riverains", détaille Jean-Paul Malaganne.
Mais la seconde phase sera plus radicale: la relocalisation. Environ 400 familles, soit 10% de la population kouroucienne, devront déménager, estime la mairie.
À l'extrême nord-ouest de la Guyane, la commune amérindienne d'Awala-Yalimapo a, dès 2019, inscrit dans ses documents d'urbanisme la relocalisation d'une partie des habitations, en sanctuarisant du foncier pour les futurs déplacés climatiques.
Outre Kourou et Awala-Yalimapo, la Collectivité territoriale de Guyane élabore un plan d'adaptation au changement climatique, prévoyant des zones de repli dans son schéma d'aménagement régional révisé.
Mais les élus disent se heurter à un cadre souvent inadapté. La loi Littoral interdit par exemple toute construction en continuité interrompue de l'urbanisation.
"Quand il va falloir recomposer les communes exposées, un enjeu très important sera de pouvoir construire sans continuité de l'urbanisation", souligne pourtant Juliette Guirado, directrice de l'Agence d'urbanisme de la Guyane.
S'y ajoutent des contraintes budgétaires. Prévu dans le projet de loi de finances de 2025, le fonds national pour l'adaptation des communes littorales à l'accélération de l'érosion n'a finalement pas vu le jour. Pas plus qu'une taxe additionnelle sur les locations saisonnières de bord de mer, qui aurait pu rapporter annuellement 180 millions d'euros.
Pourtant, l'enjeu est colossal. En effet, selon une étude présentée en juin lors d'un séminaire sur le changement climatique, le coût national de l'adaptation est évalué à 2,3 milliards d'euros par an, contre cinq milliards pour les dommages.
R.Halabi--SF-PST