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L'affichage du coût environnemental des vêtements entre en vigueur en France, une première en Europe
Un jean de mode ultra-éphémère à "5.178 points d'impact" contre "1.428 points d'impact" pour son homologue Made in France: l'affichage du coût environnemental des vêtements entre en vigueur ce mercredi en France, une première en Europe.
Il est déjà déployé par quelques marques soucieuses de produire responsable.
Dans sa boutique du Marais, un quartier du centre de Paris, le fondateur de la marque 1083 épingle une affiche présentant les scores environnementaux de ses jeans. "Notre enjeu, c'est de populariser cet affichage et que les politiques ne puissent plus faire autrement que de le défendre", explique à l'AFP Thomas Huriez, qui a commencé à déployer cet affichage avant l'entrée en vigueur du dispositif.
Celui-ci n'est pas contraignant: prévu dans la loi Climat et Résilience (2021), il devait être obligatoire dès 2024 mais n'est finalement que volontaire, afin de laisser l'Union européenne boucler ses travaux sur l'élaboration d'un futur affichage environnemental obligatoire, et de ne pas, ainsi, imposer le cadre français avant la copie européenne.
L'affichage français se présente sous la forme d'un score à points: plus le nombre est élevé, plus l'impact environnemental est important.
Il est notamment calculé selon la consommation en eau, les émissions de gaz à effet de serre, la toxicité, les possibilités de recyclage ou réparation, le volume de fibres microplastiques rejetées lors du lavage et un "coefficient de fast fashion" qui prend en compte les volumes de production.
- Améliorer la note -
Mais comment calculer ce score avec des chaînes d’approvisionnement concentrant énormément de fournisseurs, souvent de plusieurs pays, pour un seul vêtement ?
Pour 1083, rien de plus aisé: les jeans sont tissés, coupés et confectionnés en France. "On n'a pas 100 fournisseurs à appeler", assure M. Huriez, précisant que la marque travaille avec trois teinturiers, deux en France, un en Italie. Et que le coton bio vient de Tanzanie, le lin et la laine de France.
"On a construit cette marque-là pour tout maîtriser" dès son lancement en 2013, souligne le dirigeant d’entreprise.
Cyrillus, enseigne française de prêt-à-porter pour la famille, a elle aussi devancé l'appel.
"Notre idée, c'est d'améliorer notre note", témoigne la responsable qualité et RSE Amandine Devienne, "mais c'est tellement multifactoriel que ce n'est pas simple". Parmi les pistes envisagées, réduire l'impact du transport des marchandises, introduire davantage de cotons bio ou simplifier la composition des vêtements pour faciliter le recyclage.
La plupart de ces marques volontaires, soutenues par l'application Clear Fashion qui note l'impact environnemental et social des vêtements selon un code couleur du vert au rouge et une note sur 100, affichent ce calcul en parallèle du nouvel éco-score souhaité par les autorités. Ces informations sont disponibles en magasins via un QR code sur l'étiquette ou en ligne sur les fiches produits.
- L'argent, le nerf de la guerre -
Être éco-responsable et rentable n'est pas contradictoire, prouvent ces deux marques.
Par ailleurs, les produits ne sont pas forcément plus chers: un jean 1083 coûte entre 100 et 150 euros, comme n'importe quel autre jean de marque, et Cyrillus "a des marges un peu moins élevées que le reste du marché" pour ne pas répercuter le coût de sa politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) sur les produits, révèle à l'AFP son directeur Hervé Bailly.
Convaincu de la pertinence de l'affichage environnemental, le Slip Français regrette "qu'aucune aide" du gouvernement ne soit attribuée pour aider les marques.
La marque Made In France chiffre elle à 100.000 euros l'investissement qu'elle doit faire pour noter avec l'éco-score 1.000 de ses références.
Entre 2025 et 2026, plusieurs dizaines de marques devraient avoir adopté le dispositif, estime le cabinet de la ministre de la Transition écologique, interrogé par l'AFP.
Adopter l'affichage éco-score n'est cependant pas sans risque pour les marques volontaires.
Elles doivent déclarer leurs données en prévision d'éventuels contrôles de la Répression des Fraudes, ont encore précisé les équipes d'Agnès Pannier-Runacher.
"C'est souvent présenté comme un outil pour le consommateur mais c'est aussi un outil pour les producteurs, un levier pour les guider dans leurs efforts d'éco-conception", juge le ministère.
O.Mousa--SF-PST