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Colombie: un réseau de partage pour sauver les fruits en danger d'extinction
Pays à la biodiversité rare, la Colombie regorge de fruits pour certains en voie de disparition. Gian Paolo Daguer, un ingénieur environnement, alimente bénévolement un réseau de production, d'entraide et de promotion pour sauvegarder ces saveurs et textures uniques.
L'homme de 47 ans a lancé le projet "Frutas de Colombia" sur différents réseaux sociaux où il publie de nombreuses vidéos décrivant l'apparence, le goût, la texture et de possibles utilisations de fruits endémiques de Colombie, pour l'immense majorité inconnus des Colombiens eux-mêmes.
Sur une récente publication de février, il a présenté le Churumbelo (Chalybea macrocarpa), une baie légèrement ovale au "goût de poire" endémique du département colombien de Boyaca (centre-est). Il affirme que le Churumbelo est "en danger d'extinction" en raison d'un "faible nombre dans son environnement naturel".
Sa passion bénévole fait de lui une référence pour un cercle croissant d'amateurs. Sur un groupe de discussions, des biologistes, agriculteurs ou restaurateurs partagent leurs connaissances, s'organisent pour échanger des graines ou développer le commerce de ces fruits.
C'est une "vision holistique où tous ces savoirs différents confluent avec l'intention de conserver la biodiversité et les fruits qui poussent en Colombie", déclare-t-il à l'AFP.
Il n'existe pas d'inventaire précis des fruits comestibles de Colombie, mais selon Carolina Castellanos, biologiste de l'Institut Humboldt, "c'est l'un des pays les plus riches en nombre d'espèces de plantes".
Selon elle, au moins 3.000 espèces "alimentaires", tiges, feuilles, fruits ou graines ont été recensées. Mais pas de décompte spécifique pour les seuls fruits.
Sur ces 3.000 espèces, 10% seraient en danger d'extinction.
- "Science citoyenne" -
Pour sauver les fruits menacés de disparition, M. Daguer est en contact avec divers agriculteurs passionnés qui font vivre ces arbres, arbustes ou plantes dans de petits potagers domestiques ou en pleine forêt. Il reçoit des graines, les collectionne et les distribue ensuite dans des enveloppes via la poste.
Son but : "conserver", "récupérer", "informer".
Gian Paolo Daguer raconte que ce goût pour les fruits rares lui vient de l'enfance, de ses voyages en famille à travers la Colombie rurale où il dégustait des fruits qu'il ne trouvait pas sur les étals de Bogota.
Son travail bénévole a été déterminant pour cataloguer une nouvelle espèce, le Quinguejo (Myrcia coquiensis), une baie noire qui pousse sur un arbre de 3 à 9 mètres dans la forêt tropicale humide du département de Choco (nord-ouest).
M. Daguer l'a repéré pour la première fois sur les réseaux sociaux, a trouvé un agriculteur fin connaisseur du fruit et a ensuite participé à l'étude de l'Université nationale qui lui a donné le nom de Quinguejo en référence au hameau où il a été trouvé.
Pour lui, il ne s'agit que de "science citoyenne" où "les savoirs se rejoignent".
- Manger pour conserver -
Selon la biologiste Castellanos, ces fruits ont été oubliés et relégués au "second plan" en raison de nouvelles habitudes alimentaires en marge des écosystèmes colombiens.
"Partout dans le monde on mange tous la même chose", si bien que le régime alimentaire s'est "homogénéisé", dit-elle.
La restauratrice Antonuela Ariza, qui participe aux échanges initiés par M. Daguer, a inclus au menu de son restaurant le "Mini-Mal" des fruits généralement inconnus du palais des habitants de Bogota.
Elle confectionne dans sa cuisine une sauce avec de la goyave aigre pour accompagner un poisson pané, une mayonnaise avec du camu-camu (semblable au raisin) et du piment noir amazonien pour relever des crevettes fraîches, et un cocktail avec du copoazu, dont la chair blanchâtre a un goût apparenté au cacao.
Consciente de la richesse naturelle de la Colombie, elle entend "promouvoir la biodiversité, pouvoir raconter à un client l'histoire d'un fruit, lui faire goûter une nouvelle saveur mais aussi pouvoir lui raconter tout ce qui se passe autour de ce fruit, la forêt d'où il provient, les personnes qui en prennent soin".
Car "ce que nous ne mangeons pas se perd", dit-elle.
K.AbuTaha--SF-PST