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Nouveau plan loup: le gouvernement abat ses cartes lundi
Le gouvernement dévoile lundi à Lyon les grandes lignes de son "plan loup" 2024-2029, censé assurer une meilleure protection des troupeaux, mais comprenant de nouvelles dispositions jugées alarmantes par les défenseurs du prédateur, classé espèce menacée.
Après plusieurs reports, le texte, voué à remplacer un précédent plan arrivant à expiration à la fin de l'année, doit être officiellement présenté par la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux membres du Groupe national Loup (GNL): représentants du monde agricole, élus, chasseurs, administrations et associations de protection de la nature.
La réunion, qui se tiendra à huis clos, s'annonce tendue, tant ce dossier complexe est politiquement sensible. Plusieurs membres du GNL relevaient toutefois ce week-end que, certains arbitrages importants n'ayant pas encore été rendus, les annonces de lundi seraient plutôt des "orientations" que des décisions fermes.
La tendance de fond est pourtant claire: le nouveau programme "tire le bilan que le loup n'est plus en danger d'extinction, mais qu'en revanche, il y a un danger réel de disparition du pastoralisme", a expliqué à l'AFP une source gouvernementale. Le plan "a pour ambition d'installer un nouvel équilibre".
Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a lui aussi donné le ton mardi lors d'une visite dans un salon de l'élevage: "Nous sommes face à une population lupine exponentielle dans sa croissance. On doit pouvoir se féliciter d'avoir sauvé l'espèce en termes de biodiversité, après tout. Mais il y a un moment où le seuil est tellement haut que ça n'est plus compatible avec les activités d'élevage et en particulier les activités pastorales".
- "Réel danger" -
Après avoir un temps disparu en France, le loup est réapparu au début des années 1990, et ses rangs ont progressivement grossi, au grand dam des éleveurs qui ont déploré plus de 12.000 bêtes attaquées en 2022.
Le nombre de canis lupus arpentant le territoire a été revu en hausse début septembre à 1.104 individus (contre 906 auparavant), selon une estimation établie par l'Office Français de la Biodiversité (OFB) à partir d'indices (traces, hurlements, analyses génétiques, etc.).
Ce chiffre signifie en outre que jusqu'à 209 loups peuvent être abattus en France cette année, soit le quota de 19% autorisé.
Le nouveau plan en cours de gestation devrait donner satisfaction aux éleveurs puisqu'il prévoit une simplification des protocoles des tirs destinés à abattre les loups attaquant les troupeaux, un réexamen du statut du loup, d'"espèce strictement protégée" à "espèce protégée", une évolution qui devra se faire au niveau européen, selon la source gouvernementale.
Autres axes du plan, revoir les modalités de comptage des loups pour éviter la "défiance", mais aussi mieux indemniser et accompagner les éleveurs victimes d'attaques.
En l'état, le plan est "extrêmement décevant", estime-t-on à la Confédération paysanne, regrettant qu'il ne reprenne aucun des besoins "remontés depuis le terrain" notamment en matière de protection.
Pour les six associations de défense de la nature impliquées dans le GNL, le gouvernement fait fausse route en reprenant "le narratif de certaines organisations syndicales sur une pullulation du loup et une mise en péril du pastoralisme", déplore Jean-David Abel, représentant de France Nature Environnement. Or, hormis en Espagne et en Italie, l'espèce n'est "nulle part en bon état de conservation" en Europe, dit-il.
Quant à la question du statut du loup, elle n'est selon lui qu'un "serpent de mer" témoignant de "l'ignorance" de ses partisans.
Les pro-loups s'agacent aussi au passage des déclarations de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a récemment dénoncé "une concentration de meutes de loups dans certaines régions européennes (qui) est devenue un réel danger pour le bétail et, potentiellement, pour l'homme" et annoncé une possible révision de son statut de protection.
Mme von der Leyen "fait de la politique et les prédateurs sont une cible ultra facile", juge M. Abel, qui dénonce la "stratégie populiste" du Parti Populaire Européen dont elle est issue.
burs-ahe/chp/lpa
L.AbuTayeh--SF-PST