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Moins de béton face aux inondations, des localités anglaises tentent une nouvelle approche
Dans le bras d'un ruisseau près de Leicester, dans le centre de l'Angleterre, six bénévoles en salopettes imperméables et bottes aux pieds s'activent pour renforcer des structures en fagots de bois. L'objectif: ralentir l'écoulement de l'eau et réduire le risque d'inondation.
Ces dernières années, la ville, comme de nombreuses autres au Royaume-Uni, a connu plusieurs épisodes pluvieux intenses, qui ont causé d'importants dégâts.
Le réchauffement climatique, qui accentue ces phénomènes, pousse les autorités à renforcer leurs défenses. Et à réfléchir à des aménagements moins artificiels et moins invasifs pour l'environnement.
Pieds bien campés dans le Saffron, affluent de la rivière Soar qui traverse Leicester, les volontaires s'assurent que les fagots sont bien fixés.
Ces structures vont créer des virages pour "changer le comportement de la rivière" là où aujourd'hui elle s'écoule "tout droit et très rapidement", explique Dan Scott, responsable de ce programme au sein du Trent Rivers Trust, association locale oeuvrant à protéger les cours d'eau.
Régulièrement, il supervise l'installation de nouveaux aménagements. Comme sur les hauteurs de la ville de Loughborough, plus au nord, il y a quelques mois, où le Trust a creusé une sorte de mare et installé des dizaines de mini-barrages filtrants en bois pour mieux protéger les maisons en aval, inondées par le passé.
Ces techniques sont "complémentaires" des infrastructures traditionnelles -- barrages, bassins de rétention, canaux -- qui sont de plus en plus mises à rude épreuve, explique Dan Scott.
Elles "contribuent à stocker une partie de l'eau en amont afin que ces défenses traditionnelles ne soient pas dépassées", ou moins rapidement. Et elles contribuent aussi au maintien de la biodiversité.
Selon un récent rapport, plus de 6,3 millions de propriétés sont menacées d'inondations dans le pays, et elles seront plus de 8 millions d'ici 2050.
"Les inondations sont un problème sociétal vraiment urgent", souligne Steven Forest, directeur du programme sur la gestion du risque d'inondation à l'université de Hull (nord).
Les évènements climatiques ont coûté plus de 400 millions de livres (472 millions d'euros) aux assureurs en 2022, et plus de 570 millions en 2023 et en 2024, dont la moitié liée aux inondations, selon leur organisation professionnelle.
Au-delà des défenses traditionnelles, "nous devons penser comment vivre avec l'eau, et comment elle s'intègre dans les espaces urbains", ajoute l'expert.
Il prend pour exemple les Pays-Bas qui allouent de l'espace aux rivières pour s'écouler en cas de fortes précipitations et les Etats-Unis où des "zones tampon" végétales ont été intégrées après le passage de l'ouragan Sandy en 2012.
Construire des infrastructures qui agissent comme des "camisoles de force" pour les cours d'eau ne peut plus suffire, insiste l'expert. D'autant que 7% d'entre elles étaient évaluées en "mauvais" ou "très mauvais" état par l'Agence britannique de l'environnement en 2022.
- Convaincre -
Pour autant, il reste parfois difficile de convaincre les habitants et les autorités.
Il faut expliquer aux gens que "ce n'est pas parce que l'on ne voit pas de béton, que ce ne sera pas efficace". Et convaincre les responsables politiques pour qui "il est plus simple de vendre (aux électeurs) quelque chose qui est plus visible dans le paysage", note Dan Scott.
Les aménagements traditionnels se sont d'ailleurs taillé la part du lion des 2,6 milliards de livres (3 milliards d'euros) de financements sur deux ans annoncés par le gouvernement en mars.
Mais Dan Scott note un plus grand intérêt pour la gestion naturelle des inondations depuis environ cinq ans. Un programme spécifique doté de 25 millions de livres a été lancé en 2024 par le précédent gouvernement.
Leicester va ainsi pouvoir aménager plusieurs cours d'eau au sud-est de la ville. Et 35 autres projets ont été sélectionnés en Angleterre.
"C'est encourageant de voir que notre approche fructueuse autour des mesures de gestion naturelle des inondations continue d'être soutenue", se félicite auprès de l'AFP Geoff Whittle, élu local en charge de l'environnement.
En contemplant le fruit de son travail dans le Saffron, Lis Gibbs, bénévole de 50 ans, a "l'impression de pouvoir faire bouger les choses", alors que face au changement climatique, "on peut se sentir un peu dépassé et impuissant".
F.Qawasmeh--SF-PST