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En Birmanie, des familles pleurent leurs enfants victimes d'une frappe aérienne sur leur école
"L'un n'avait plus de visage et le corps de l'autre était coupé" raconte Ko Min, qui a trouvé lundi les cadavres de ses deux enfants dans les ruines de leur école, en Birmanie, après un bombardement aérien qui selon les témoins aurait été commis par l'armée.
"Ils tenaient leurs livres dans leur bras" déclare cet homme de 43 ans, qui utilise un pseudonyme pour parler à l'AFP. "Mon coeur est brisé. Je mets mes enfants avant ma propre vie".
Lundi matin, une bombe est tombée sur l'école du village de Oe Htein Kwin, dans la région de Saigaing, et a tué 20 élèves et deux enseignants, selon le personnel de l'école, un agent public local et d'autres témoins.
La catastrophe est survenue en pleine trêve entre la junte, qui a pris le pouvoir en 2021, et les guérilleros, afin de faciliter l'aide après le séisme dévastateur de magnitude 7,7 qui a frappé le pays en mars.
La junte birmane a qualifié cette frappe d'"information fabriquée de toute pièce".
Mais le bâtiment de l'école, où 300 élèves suivaient des cours, a été détruit par l'explosion, comme l'ont constaté les villageois qui ont parcouru le site lundi après-midi et mardi.
Le toit en tôle ondulée s'est envolé, des trous ont été percés dans la maçonnerie, un ballon abandonné se trouve sous des murs marqués d'une trace de sang.
Un cahier d'exercices gît ouvert, montrant des notes de géométrie. Des petits sacs colorés, certains remplis de livre tachés de sang, ont été empilés sous un poteau portant le drapeau de la Birmanie.
La communauté locale a enterré les victimes le jour-même, creusant la terre dense.
Sur les corps enveloppés, les plus beaux vêtements des enfants ont été drapés, et les familles ont pleuré avant que les spectateurs ne recouvrent les morts de terre à mains nues.
"Les enfants sont innocents", déclare Ko Min. "Pourquoi ils attaquent ces enfants"?
Le "gouvernement d'unité nationale", le gouvernement birman autoproclamé en exil, a annoncé que la plus jeune victime avait sept ans.
- L'odeur de la poudre -
La Birmanie est déchirée par la guerre civile depuis que les militaires ont détrôné le pouvoir civil en 2021. La junte a subi des pertes cuisantes face à une myriade de guérillas anti-coup d'État et de groupes armés ethniques actifs de longue date.
Les observateurs du conflit affirment que la junte s'est tournée vers une augmentation des frappes aériennes avec des jets fournis par la Russie pour repousser ses opposants sur le terrain.
L'armée s'était engagée à respecter un cessez-le-feu tout au long du mois de mai "afin de poursuivre le processus de reconstruction et de réhabilitation" après le tremblement de terre du 28 mars qui a fait près de 3.800 morts.
Mais à une centaine de kilomètres de l'épicentre, ce professeur volontaire de 22 ans raconte que le silence de sa salle de classe a été interrompu lundi par le bombardement, qui selon les habitants a frappé a 10H00 (03H00 GMT) locales.
"Il a fait nuit noire immédiatement. Nous ne pouvions pas nous voir les uns les autres", a déclaré l'enseignant. "Nous ne pouvions pas respirer à cause de l'odeur de la poudre".
Il a porté une élève blessée en lieu sûr, mais s'est retourné pour voir une autre fille en état de choc qui s'enfuyait en courant, tenant sa propre main coupée.
"Cela m'a donné la chair de poule" a-t-il déclaré. "Elle ne pleurait même pas".
Un autre professeur a déclaré que l'avion avait frappé après avoir tourné en cercles au-dessus des enfants qui jouaient dehors, dans cette zone qui échappe au contrôle des troupes de la junte.
Des habitants et des agents publics ont indiqué que des dizaines d'enfants étaient blessés, certains gravement.
"Si ces écoliers sont tués, l'avenir de notre pays est également tué," a déclaré un agent de l'administration locale.
- "Du jamais vu" -
Ko Kyaw, un villageois de 27 ans, s'est précipité vers l'école au moment de la détonation. Il a enjambé les cadavres et s'est dirigé directement vers ceux qui pouvaient être encore en vie.
Tandis qu'il manquait une jambe ou un bras à certains, d'autre sont morts pendant qu'il tentait de les sauver.
"Je n'ai pas pu aider tout le monde" déclare-t-il, parlant également sous pseudonyme. "Je n'ai jamais rien vu de tel".
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est déclaré "profondément alarmé" par les informations faisant état de l'attaque. Les nouvelles rapportant des bombardements aériens d'hôpitaux et de monastères sont désormais monnaie courante en Birmanie.
Mais pour la mère des enfants de Ko Min, un garçon agé de 13 ans et une fille de neuf ans décédés, le chagrin est tout sauf normal.
"Je veux demander aux militaires si mes enfants ont fait quelque chose de mal", a-t-elle déclaré. "Venez nous voir et combattez-nous si vous êtes courageux, les enfants sont innocents. "Y a-t-il des pays pour nous aider? N'y aura-t-il que des condamnations?"
M.AbuKhalil--SF-PST