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Allemagne: accord au forceps sur des hausses de salaire dans l'industrie
Près de 4 millions de salariés allemands des secteurs industriels clés, comme l'automobile, ont décroché vendredi une hausse de salaires de 8,5% sur deux ans.
L'accord scellé avec le patronat écarte le risque de grèves dures dans un contexte d'inflation record.
"Les salariés auront bientôt nettement plus d'argent en poche - et ce de manière durable", a salué Jörg Hofmann, président du puissant syndicat IG Metall après une session de négociations achevée au bout de la nuit.
IG Metall portait les revendications des 3,9 millions de salariés de l'électrométallurgie, un secteur stratégique qui comprend les milliers d'entreprises de l'automobile, de l'électronique ou encore des machines-outil, pilier du modèle industriel allemand.
L'accord pilote, conclu dans le Bade-Wurtemberg (sud) et qui devrait valoir dans les autres régions allemandes, prévoit que cette hausse interviendra en deux étapes en 2023 puis en 2024. Une "prime inflation" défiscalisée de 3.000 euros a également été obtenue.
L'impasse des premières semaines de négociations, puis des débrayages organisés dans des centaines d'entreprises du pays, menaçait de tourner au conflit social d'ampleur. Et de dégrader encore le climat dans une première économie européenne au bord de la récession.
La pilule est cependant difficile à avaler pour le patronat: l'accord est "absolument à la limite" du supportable pour les entreprises, a estimé le négociateur patronal, Harald Marquardt.
"Nos entreprises subissent une pression extrême, accablées par la pandémie, les problèmes sur les chaînes d’approvisionnement, cette terrible guerre en Ukraine et les prix de l’énergie qui sont un sujet extrêmement stressant", a affirmé Stefan Wolf, président de l'organisation patronale Gesamtmetall.
Le syndicat réclamait initialement une augmentation de 8% de salaire sur douze mois, sa plus forte revendication depuis 2008.
- Signal -
Les salariés avaient fait monter la pression en Allemagne: d'abord par des manifestations depuis plusieurs semaines, puis, depuis le 29 octobre par des "grèves d'avertissement", arrêts de travail à durée limitée qui accompagnent souvent les négociations salariales dans ce pays.
Si patronat et syndicat n'étaient pas parvenus à s'entendre, des grèves plus dures de 24 heures menaçaient le pays.
Les représentants du patronat, qui jugeaient initialement irréaliste le niveau de hausse de salaire, ont estimé que le risque était trop grand.
"Des grèves de 24h coûtent de l’argent et dans la situation actuelle, surtout si nous sommes confrontés l'an prochain à une récession, il aurait été irresponsable et inutile de gaspiller de l'argent", a expliqué Stephan Wolf.
Une première hausse de salaire de 5,2% interviendra en juin 2023, suivie par une hausse de 3,3% au 1er mai 2024.
Cet accord pourrait envoyer un signal aux autres branches qui négocient ou vont entamer des négociations sur les salaires, comme le secteur de la fonction publique. Pour les quelque 2,5 millions d'employés de ce secteur, le syndicat Verdi demande 10,5% de hausse.
Ce bras de fer s'est déroulé alors que l'inflation a dépassé les 10% en octobre en Allemagne, du jamais vu depuis le début des années 1950, en raison de la cherté de l'énergie provoquée par la guerre russe en Ukraine.
- Spirale ?-
La question des hausses de salaire est sensible dans le pays comme chez ses voisins de l'UE: le risque d'une "boucle prix-salaire" rendant l'inflation incontrôlable est souvent évoqué par le patronat.
L'accord conclu vendredi est loin de la définition d'une telle spirale, a estimé Frédéric Ducrozet, chef économiste chez Pictet Wealth Management: compte-tenu de l'inflation, la croissance des salaires réels sera bien inférieure à 8,5% et n'évitera pas aux salariés allemands "une perte massive de pouvoir d'achat".
L'Allemagne s'attend à de prochains mois difficiles: Berlin table sur une baisse du Produit intérieur brut (PIB) de 0,4% et sur une inflation de 7% en 2023, selon les dernières prévisions du gouvernement.
L'équipe d'Olaf Scholz a débloqué une enveloppe colossale de plus de 200 milliards d'euros pour soulager ménages et entreprises. Ce plan comprend plusieurs volets, notamment des versements d'aides ciblant les plus vulnérables, et la mise en place au début de l'année prochaine de subventions plafonnant les prix de l'énergie jusqu'au printemps 2024.
O.Mousa--SF-PST