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L'Esequibo, une région d'immigration vénézuélienne, réclamée par Caracas au Guyana
"Il ne s'agit pas de rendre l'Esequibo (au Venezuela). Ca n'a jamais été à eux. Ici, c'est le Guyana", assure Kimtse Kimo Castello, coiffeur à Port Kaituma, petite ville en pleine forêt tropicale au nord-ouest du Guyana, non loin du Venezuela.
L'Esequibo, parfois aussi appelé Guayana Esequiba, est un territoire de 160.000 kilomètres carrés, sous administration du Guyana (125.000 habitants des 800.000 Guyaniens en 2012) et où l'on parle anglais.
Pour cette ancienne colonie britannique, les frontières actuelles, dessinées par une cour d'arbitrage à Paris en 1899, sont les bonnes.
Mais, pour le Venezuela, le fleuve Esequibo est la frontière naturelle entre les deux pays, comme c'était le cas en 1777...
Le Guyana a lancé en 2018 une procédure, toujours en cours, devant la Cour internationale de Justice (CIJ) pour confirmer ses frontières actuelles.
- Campagne Twitter et Facebook -
"L'Esequibo est 100% Guyanien. Nous sommes très clairs sur où sont nos frontières", a assuré à l'AFP le président du Guyana Irfaan Ali.
Pourtant, le président vénézuélien Nicolas Maduro ponctue nombre de ses discours par "Le soleil du Venezuela se lève sur l'Esequibo" et dans les écoles comme dans les casernes, on répète régulièrement que l'Esequibo est vénézuélien.
En septembre, Maduro a à nouveau revendiqué le territoire sur les réseaux, publiant une photo des chutes de Kaieteur, principale attraction du Guyana, avec une carte où l'Esequibo est rattaché à son pays.
Les Guyaniens ont protesté demandant à Facebook et Twitter de retirer ces "publications illégales et offensantes".
"Il n'y a pas de débat, c'est Guyanien. On parle anglais depuis toujours. J'ai appris que le Venezuela le réclamait quand j'ai fini l'école", martèle Andrew Bailey, mécanicien de 33 ans, qui ajoute: "maintenant qu'il y a le pétrole..."
"Ils (les Vénézuéliens) le réclameront toujours", estime Kimtse Kimo Castello, en nettoyant ses rasoirs électriques dans sa petite boutique. "Je me suis toujours senti Guyanien. Nous sommes des gens accueillants. C'est pour ça que vous voyez beaucoup de Vénézuéliens".
Environ 25.000 Vénézuéliens, selon autorités, ont fui la grave crise économique dans leur pays pour tenter leur chance au Guyana. Plusieurs milliers vivent dans l'Esequibo.
- Nourrir les enfants -
Ironie de l'histoire, par le passé, les Guyaniens, jadis parmi les plus pauvres habitants de la planète, émigraient vers le Venezuela. Caracas octroyait automatiquement la nationalité à tous ceux nés dans l'Esequibo.
A Port Kaituma, des dizaines d'immigrants vénézuéliens squattent une bâtisse en bois de trois étages, abandonnée par une entreprise chinoise.
Anneris Valenzuela, 23 ans, a quitté avec son mari, Tucupita, dans le Delta de l'Amacuro, une des régions les plus pauvres du Venezuela.
"On n'avait rien. On n'arrivait pas à nourrir les enfants", explique-t-elle. Son mari travaille comme ouvrier-journalier. "La vie est meilleure qu'au Venezuela mais c'est dur. Il n'y a pas d’électricité. On s'éclaire avec des lanternes".
L'eau courante n'arrive que par intermittence. Quand il pleut, les habitants sortent bidons, casseroles et autres récipients pour récupérer de l'eau.
"C'est dur", reconnait Alexis Zapata, 47 ans, qui vit avec sept membres de sa famille dans deux pièces de la bâtisse. Les hamacs sont accrochés aux murs les uns à côté des autres.
"Au moins, ici, on arrive à manger tous les jours même si on ne travaille pas tout le temps", raconte-il, disant avoir quitté le village de Curiapo, également dans le Delta de l'Amacuro, en août 2021.
Il explique avoir choisi le Guyana par facilité : possibilité de venir à pied, pas de passeur ou de bateau à payer, pas de policiers à éviter.
Déchargeant les bateaux qui arrivent à Port Kaituma, il est payé "moins que les Guyaniens" qui profitent de la précarité des Vénézuéliens, selon lui.
L'Esequibo? "Vénézuélien", assure-t-il. "C'est ce que j'ai appris et c'est ce qu'il y a dans les livres" vénézuéliens.
La plupart des enfants des Vénézuéliens sont désormais scolarisés au Guyana où ils apprendront l'inverse.
Paul Small, 52 ans, qui jouit de la double nationalité guyano-vénézuélienne, a appris dans les deux écoles. Né au Guyana, il est allé au Venezuela quand il avait 6 ou 7 ans.
Il y a passé la plus grande partie de sa vie mais est revenu au Guyana avec femme et enfants.
Manoeuvre, gardien, peintre... Il vit bien mieux que les immigrés, habitant une petite maison non loin du centre de Port Kaituma.
"La vie est meilleure ici. Il y a de la liberté, du travail, la santé à l'hôpital, la sécurité..." dit-il. Pour lui, "l'Esequibo appartient au Guyana parce depuis que je suis né c'est comme ça".
E.Aziz--SF-PST