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Nuits au bureau et licenciements massifs, la première semaine d'Elon Musk chez Twitter
Chez Twitter, la première semaine sous la direction d'Elon Musk a ressemblé à une tornade: débutée par des nuits blanches pour certains ingénieurs, elle s'est achevée par le licenciement de la moitié du personnel.
"C'était une semaine très étrange. Des cadres étaient congédiés, d'autres démissionnaient, mais il n'y a eu aucune communication officielle de la direction jusqu'à jeudi soir", relate un ex-employé, sous couvert d'anonymat.
Les salariés ont reçu un premier courriel les informant qu'ils seraient fixés sur leur sort vendredi. Le lendemain, le deuxième a confirmé les rumeurs: 50% des effectifs sont remerciés.
En première ligne, les départements du marketing et du design, et les manageurs. La modération des contenus a été plus épargnée, avec un taux de licenciement de seulement 15%, d'après Yoel Roth, le responsable de la sûreté sur le site.
Après 24 heures de silence sur le sujet, Elon Musk a fini par tweeter qu'il n'y avait "malheureusement pas d'autre choix quand l'entreprise perd plus de quatre millions de dollars par jour" et que "tous ceux qui ont perdu leur emploi se sont vu proposer trois mois d'indemnités".
La décision n'a pas surpris les salariés -- les rumeurs se faisaient insistantes -- mais la brutalité de la méthode a choqué.
"Vous découvrez que vous avez été déconnecté. Votre ordinateur portable est automatiquement réinitialisé", a raconté vendredi Emmanuel Cornet, un ingénieur français qui était chez Twitter depuis un an et demi.
- "Inhumain" -
Lui a été limogé dès mardi pour "faute professionnelle", sans plus d'explication, après un week-end passé intégralement au bureau à travailler sur les projets lancés manu militari par le nouveau patron.
Il faisait pourtant partie des 5 à 10% des meilleurs ingénieurs de la société, d'après les listes établies cette semaine.
Le patron de Tesla a en effet fait venir des ingénieurs de son fleuron de l'automobile électrique pour évaluer le travail des développeurs de Twitter, examinant notamment le volume de code produit par chacun, une mesure "naïve" de la productivité selon Emmanuel Cornet.
Ce dernier fait partie des cinq ex-employés de Twitter qui ont déposé un recours collectif contre l'entreprise au motif qu'ils n'avaient pas reçu le délai de préavis de 60 jours requis par la loi américaine en cas de plan social (Warn Act).
L'expatrié français envisageait de toute façon de partir. "Mais beaucoup de mes collègues sont dans une position moins enviable en termes d'assurance-santé ou de visa", rappelle-t-il. "Certains étaient en congé parental. Une collègue a accouché hier, avant d'être licenciée aujourd'hui."
Les personnes licenciées doivent continuer à respecter le règlement de l'entreprise pendant la période de préavis.
Beaucoup craignent que la nouvelle direction ne cherche des prétextes pour les accuser de faute professionnelle et ne pas leur payer d'indemnités.
"Ils vont regarder si quelqu'un dénigre Twitter en public ou chercher des messages internes compromettants", estime un ex-salarié sous couvert d'anonymat.
Le risque existe particulièrement selon lui pour les personnes encore employées, mais en télétravail: "On va leur demander de revenir au bureau et s'ils refusent, hop, faute professionnelle." "Ils essaient de faire des économies à tout prix, au point de traiter les gens de façon assez inhumaine", ajoute-t-il.
- "Désolé pour ceux qui n'ont pas été virés" -
Depuis six mois, les salariés de la plateforme se préparaient à l'éventualité que l'homme le plus riche du monde en prenne le contrôle.
Il est précédé par sa réputation, des cadences infernales dans ses usines à son rejet du télétravail, très prisé dans la tech, et à sa vision absolutiste de la liberté d'expression, synonyme de harcèlement, désinformation et discours haineux pour ses détracteurs.
Cet été, plus de 700 personnes sont parties d'elles-mêmes, avant même de savoir si l'acquisition à 44 milliards de dollars allait bien avoir lieu.
Le changement radical de culture d'entreprise a été confirmé dès vendredi dernier, quand des équipes d'ingénieurs ont été mobilisées pour refondre certaines fonctionnalités dans des délais très courts, avec leur poste en jeu.
"Il y avait probablement trop de manageurs... Twitter n'était pas une machine efficace et bien huilée", souligne l'ex-salarié anonyme. "Mais je ne sais pas si (les licenciements massifs) vont réparer l'entreprise."
"Je pense que beaucoup de personnes vont partir et c'est peut-être ce que souhaite Elon" Musk, a-t-il ajouté.
"Je me sens désolé pour tous ceux qui n'ont pas été virés, pour être honnête. Elon va les user jusqu'à la corde avec ses idées loufoques", a réagi James Glynn, licencié et qui était auparavant responsable d'équipes de modération des contenus depuis Londres. "Toute version de Twitter que nous ayons connue auparavant est morte."
N.Awad--SF-PST