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Près de Kiev, l'enterrement d'une victime retrouvée six mois après le départ des Russes
Au moment où des missiles viennent de frapper Kiev de nouveau, Tetyana Telyjenko finit d'enterrer son fils, torturé et tué selon elle en mars par l'armée russe à Boutcha, bourgade de la capitale ukrainienne devenue symbole des atrocités russes.
Il y a quelques semaines, le corps d'Oleksiï, 44 ans, a été retrouvé dans un champ, six mois après sa disparition lors des tout premiers assauts russes en banlieue de Kiev.
Cette mère n'a toutefois pas revu depuis le corps de son fils. Pour la protéger psychologiquement, sa petite-fille le lui a interdit.
"Elle ne voulait pas non plus que je regarde la vidéo de son interrogatoire" par les Russes, dit-elle avant d'ajouter: "Elle m'a dit que je ne l'aurais pas reconnu".
- Frappes massives -
Ces derniers jours, les Russes ont lancé des frappes massives sur plusieurs villes ukrainiennes, dont la capitale Kiev, en représailles de la destruction partielle du pont de Crimée russe, que Moscou impute à Kiev.
Les attaques russes ont aussi visé les infrastructures énergétiques ukrainiennes, faisant craindre de longues coupures de courant et d'eau à l'approche de l'hiver.
Oleksiï faisait partie des combattants qui ont repoussé l'envahisseur pendant plusieurs semaines en mars dernier.
Les enquêteurs des Nations unies ont affirmé fin septembre que des "crimes de guerre" avaient été commis par l'armée russe dans la banlieue de Kiev lors de leur occupation de la zone en mars. Les exemples de Boutcha et Irpine sont encore dans toutes les têtes.
Selon Tetyana, son fils a probablement été interrogé par les Russes sur son travail avant la guerre en tant qu'instructeur à l'académie du SBU, les services de renseignement ukrainien.
Au moment de son arrestation, il venait de s'engager dans une unité de défense quand ses proches ont perdu sa trace.
Et malgré la découverte de son corps il y a plusieurs jours, sa mère n'a aucune idée de la cause réelle de son décès. Seul un test ADN a permis de l'identifier, son corps étant trop dégradé.
"Ça a du être si difficile pour lui", murmure-t-elle. Avant d'ajouter: "Il n'avait jamais tué personne de sa vie".
- La guerre de nouveau à Kiev -
Les conclusions de l'enquête internationale de l'ONU avaient permis pour certains habitants de la région de refermer le chapitre sombre des premières semaines de la guerre.
Des travaux de reconstruction sont en effet en cours dans la banlieue de Kiev et de nombreuses familles, parties dans les tout premiers jours des combats, sont aujourd'hui de retour.
Mais le changement de stratégie des troupes de Moscou ces derniers jours, prêtes de nouveau à frapper aux quatre coins du territoire ukrainien, a ramené la réalité de la guerre à Kiev.
Le réseau électrique de la ville tient toujours et les voitures grouillent dans les rues à l'heure du déjeuner. Mais certains magasins ont de nouveau installés des protections à leur fenêtre, pour éviter les éclats de verre en cas d'explosion. Comme une impression de déjà-vu.
Dans le cimetière de Boutcha, Andriï Tchernyak, le recteur de l'académie du SBU dans laquel travaillait Oleksiï assure: "Nous sommes très reconnaissants envers nos partenaires internationaux pour leur aide". "Mais tout le monde doit comprendre que ce n'est pas un combat pour l'Ukraine. C'est un combat pour la démocratie et la paix", dit-il.
- "Je les déteste tout simplement" -
Non loin, Tetyana dit ne ressentir que haine et douleur.
Avant la guerre, sa vie était intimement liée à celles de ses amis russes, qui vivent de l'autre côté de la frontière. Elle-même parle russe au quotidien.
Mais la décision du président russe Vladimir Poutine d'envahir son voisin a tout balayé d'un revers.
Si le Kremlin pensait gagner le coeur des Ukrainiens en envoyant ses troupes chez eux, cela a eu l'effet inverse chez elle.
"J'ai beaucoup d'amis en Russie. Mais maintenant je ne sais plus si je dois les considérer comme des amis", lâche-t-elle quelques instants après les funérailles de son fils.
"Ils continuent de m'écrire en me disant: +Nous ne sommes pas responsables de ce qu'il se passe+". Mais je n'arrive pas à m'y faire. S'ils soutiennent ce régime, alors je les déteste tout simplement".
Z.Ramadan--SF-PST