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Liz Truss menacée, se résout à de nouvelles concessions et remplace son ministre des Finances
Déjà menacée à son poste après un mois au pouvoir, la Première ministre britannique Liz Truss a été contrainte à une nouvelle volte-face vendredi sur son programme économique et a changé de ministre des Finances, dans une tentative pour rassurer les marchés et les rangs conservateurs.
"Il est clair que certaines parties de notre mini-budget allaient trop loin et trop vite par rapport à ce que les marchés attendaient", a reconnu Mme Truss lors d'une brève conférence de presse en début d'après-midi, avant d'annoncer qu'elle se résolvait à augmenter l'impôt sur les sociétés comme l'avait prévu le précédent gouvernement conservateur. Elle souhaitait jusqu'ici le baisser de 25 à 19%.
"Ce que j'ai fait aujourd'hui, c'est m'assurer que nous ayons une stabilité économique dans ce pays", a défendu la Première ministre, qui s'est dit "absolument déterminée à tenir" sa promesse d'"une croissance plus forte" pour l'économie britannique.
Sur la sellette après 38 jours au pouvoir, Liz Truss avait annoncé un peu plus tôt le limogeage de son ministre des Finances Kwasi Kwarteng, remplacé dans la foulée par Jeremy Hunt.
- recul persistant de la livre -
"Vous m'avez demandé de démissionner en tant que Chancelier" de l'Echiquier, "j'ai accepté", a écrit Kwasi Kwarteng dans une lettre à sa "collègue et amie" Liz Truss.
"Je respecte profondément la décision que vous avez prise aujourd'hui", lui a répondu la cheffe du gouvernement dans une formulation qui laisse les observateurs perplexes.
Downing Street a annoncé la nomination aux Finances de Jeremy Hunt, ancien candidat dans la course pour Downing Street. Âgé de 55 ans, il a été ministre des Affaires étrangères en 2018-2019, après avoir dirigé celui de la Santé.
Mais pas sûr que cette conférence de presse éclair, les concessions faites et ce mini-remaniement, suffisent à "rassurer les marchés" comme le souhaite Mme Truss.
Dans la foulée de sa prise de parole, la livre accentuait encore son recul et le coût de la dette britannique, en repli depuis plusieurs jours, remontait légèrement.
"Changer de Chancelier ne défait pas les dégâts qui ont déjà été faits", "nous avons besoin d'un changement de gouvernement", avait observé avant la conférence de presse la responsable de l'opposition travailliste pour l'économie Rachel Reeves.
"Seul le Labour offre le leadership et les idées pour sécuriser l'économie et sortir la Grande-Bretagne de ce bazar", a-t-elle tweeté.
Durement fragilisée, la Première ministre, qui n'a répondu qu'à quatre questions de journalistes, s'est exprimée dans un contexte particulièrement tendu.
Selon la presse britannique, certains députés de son camp sont déjà à la manœuvre pour l'évincer, face à des sondages désastreux prédisant une défaite cuisante de la majorité conservatrice avant les prochaines élections générales de 2024.
Selon le Pr Tony Travers, de la London School of economics, Kwasi Kwarteng sert de fusible et paie les "erreurs du gouvernement". M. Travers juge "très difficile" de voir les conservateurs remonter la pente d'ici les élections.
- confiance au plus bas -
M. Kwarteng, qui participait aux réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, était rentré en urgence à Londres vendredi matin, se rendant peu après à Downing Street.
Son plan budgétaire annoncé le 23 septembre et prévoyant des dizaines de milliards de baisses d'impôts sans financement clair a déstabilisé les marchés, fait chuter la livre et profondément affaibli le gouvernement.
Vendredi matin, le président de la commission du Trésor au Parlement Mel Stride avait plaidé pour une révision rapide du "mini-budget".
"Nous avons atteint un stade où nous avons besoin d'un signal très puissant vers les marchés (pour montrer que) la crédibilité budgétaire est fermement de retour", a-t-il déclaré sur la BBC.
La confiance politique est au plus bas. Alors que le congrès conservateur avait été marqué au début du mois par les tensions et dissensions internes, certains élus conservateurs évoquent en privé des noms pour remplacer Liz Truss.
Les Britanniques confrontés ces dernières semaines à des taux d'emprunt immobilier qui montent en flèche, s'ajoutant à une inflation à 10%, perdent aussi patience.
Cinquante pour cent veulent que le parti conservateur remplace Mme Truss et près de la moitié (43%) des électeurs ayant voté pour le parti conservateur lors du dernier scrutin veulent un nouveau Premier ministre, selon un sondage YouGov.
X.AbuJaber--SF-PST