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Pétrole: l'étau se resserre sur les exportations saoudiennes
Détroit d'Ormuz verrouillé, menaces des Houthis en mer Rouge et oléoduc à l'arrêt: l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, voit ses options de plus en plus limitées, avec des conséquences majeures pour l'économie mondiale.
Après des attaques lancées depuis l'Irak, les autorités saoudiennes ont annoncé vendredi la fermeture temporaire de l'oléoduc Est-Ouest, qui relie sur 1.200 kilomètres les principaux champs pétroliers du royaume, dans l'est, au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge.
Cet équipement, la Petroline, s'est avéré crucial après le début de la guerre au Moyen-Orient, permettant à Ryad de contourner le détroit d'Ormuz, de facto verrouillé par l'Iran et par lequel transitait environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
Le royaume peut encore exporter une partie de son pétrole mais au prix d'un long et coûteux détour par l'Egypte et le canal de Suez ou d'un passage périlleux par Ormuz.
"L'oléoduc Est-Ouest est une artère énergétique essentielle pour l'Arabie saoudite, particulièrement dans le contexte géopolitique actuel", souligne auprès de l'AFP Robert Mogielnicki, de l'Arab Gulf States Institute.
- "Solution miracle" -
Mais le blocus maritime imposé depuis juillet par les Houthis contre les navires saoudiens limite ses exportations à l'ouest, sur fond d'attaques contre des navires et des infrastructures pétrolières du royaume.
Près de 4 millions des quelque 7,3 millions de barils de brut par jour que l'Arabie saoudite exportait avant la guerre ont depuis été réorientés vers Yanbu, soit l'équivalent d'environ 4,5% du brut traité par les raffineries mondiales en 2025, selon le cabinet spécialisé Kpler.
Avant le blocus houthi, quelque 3,2 millions de ces barils empruntaient le détroit de Bab el-Mandeb vers l'océan Indien, selon Kpler.
Ces flux se sont depuis quasiment taris.
Les transits de brut saoudien par le détroit sont tombés à un niveau proche de zéro en août, selon Kpler qui précise que le trafic de brut russe et soudanais via Bab el-Mandeb est, lui, resté relativement stable.
Si les oléoducs enterrés sont moins exposés aux risques, leurs stations de pompage en surface restent vulnérables aux attaques.
Selon Torbjorn Soltvedt, analyste chez Verisk Maplecroft, ces attaques montrent que même les infrastructures censées sécuriser les exportations du Golfe ne constituent pas une "solution miracle".
- Retour vers Ormuz ? -
L'une des options consisterait à continuer d'utiliser les stocks disponibles à Yanbu et à acheminer les cargaisons vers le nord, via le canal de Suez et l'oléoduc égyptien SUMED.
Les superpétroliers ne pouvant franchir Suez à pleine charge, une partie de leur cargaison passe par SUMED, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée.
Cette voie est déjà davantage sollicitée: les transits de brut saoudien par Suez approchaient 500.000 barils par jour fin juillet, contre quasiment aucun en juin, selon Kpler.
En combinant Suez et SUMED, jusqu'à 3,4 millions de barils de brut saoudien pourraient théoriquement contourner Bab el-Mandeb chaque jour, estime Kpler mais cette capacité n'a jamais été éprouvée à une telle échelle.
Pour le brut destiné à l'Asie, principal marché saoudien, cette route impose toutefois de remonter vers la Méditerranée puis de contourner l'Afrique. Malgré le risque d'attaques iraniennes, Ryad continue d'utiliser Ormuz, faute d'alternatives, selon des analystes.
Des passages de navires avec leurs systèmes de localisation désactivés et des transferts entre navires permettent encore d'évacuer du brut du Golfe, mais les volumes quotidiens restent volatils et atteignent, en moyenne, seulement la moitié de leur niveau d'avant-guerre, selon Verisk Maplecroft.
- Pression sur les marchés -
Les conséquences se font déjà sentir sur les marchés.
Après l'annonce de la fermeture de la Petroline, le Brent, référence mondiale du brut, s'est envolé à près de 110 dollars le baril, tandis que le diesel américain a atteint mardi un nouveau record à la pompe, à près de 6,27 dollars le gallon.
"L'économie mondiale va également ressentir la pression" de la hausse des cours provoquée par les tensions autour des deux grands goulets d'étranglement de la région et par les dommages infligés aux infrastructures énergétiques, prévient M. Mogielnicki.
"L'Arabie saoudite a déclaré que sa production de pétrole était tombée le mois dernier à son plus bas niveau depuis 1990", a rappelé Ipek Ozkardeskaya dans sa note quotidienne aux clients de Swissquote.
Une réparation rapide de l'oléoduc pourrait elle-même être compliquée par le conflit: les attaques réduisent les exportations, tandis que les perturbations du commerce retardent l'importation des équipements nécessaires aux réparations, selon Verisk Maplecroft.
"Ce n'est pas la direction qu'espéraient les responsables du Golfe après six mois de guerre", résume M. Mogielnicki.
E.Aziz--SF-PST