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Le Centre renforcé d'urgences psychiatriques de Saint-Denis, modèle apaisant bientôt copié
Arrivés en crise aiguë aux urgences générales, des patients s'apaisent, en quelques heures ou quelques jours, au Centre renforcé d'urgences psychiatriques (Crup) de l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis, un dispositif pionnier bientôt dupliqué ailleurs en France.
A quelques portes du brouhaha des urgences générales, le calme surprend.
"Vous entendez ? Il y a beaucoup moins de bruit ici", dit le Dr Fayçal Mouaffak, badgeant à l'entrée de ce centre qu'il avait réclamé dès 2016 et a inauguré fin 2023 en Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et pauvre de l'Hexagone, aux besoins criants en psychiatrie.
Un long couloir blanc, percé de puits de lumière, y dessert des chambres claires et parquetées.
Le personnel n'y brusque pas une femme d'origine somalienne qui, malgré la chaleur, déambule enveloppée d'une couverture.
Dans une chambre d'isolement, la porte reste ouverte pour qu'un Marseillais sans domicile fixe, arrivé "en rupture de traitements", circule à sa guise - observé par les soignants qui préconiseront finalement son admission "en chambre simple à l'hôpital psychiatrique".
Des personnes d'au moins 16 ans, qui arrivent souvent aux urgences dans un état de grande agitation ou confusion, sont ainsi aiguillées rapidement vers le Crup, pour y passer de 24 à 72 heures : le temps d'être évaluées, traitées, réorientées et de contacter leurs familles et soignants. Comme dans un sas de décompression.
En salle des repas, l'aide-soignante Saliha Rahoui pose une main encourageante sur l'épaule d'un jeune homme, figé devant son plateau, avant d'inciter une patiente, "dans un délire d'empoisonnement", à accepter au moins une tisane.
"Le principe du Crup, c'est d'apaiser les tensions, diminuer la souffrance du patient, pour qu'il puisse arriver en sérénité dans une autre unité ou au domicile", résume cette femme enjouée de 62 ans, "stimulée" de travailler en fin de carrière pour ce projet, alors que la psychiatrie est en crise à travers le pays et réclame partout des moyens.
Ici, chaque soignant rencontré par l’AFP dit appliquer des consignes claires : ne pratiquer la contention qu'en dernier recours et viser, quand c'est possible, un retour à domicile bien préparé et bien suivi, plutôt qu'une hospitalisation hâtive.
- "Vous n'êtes pas fou" -
Pour ces soignants formés à la prévention du suicide, l'attention aux jeunes patients semble être l'une des priorités.
Dans l'une des quinze chambres, les médecins dialoguent longuement avec un homme de 20 ans aux idées suicidaires.
"J'ai l'impression d'être constamment jugé, dès que je mets le pied dehors, je me sens inutile à la société, incapable d'entrer dans ses codes... Mais ce n'est pas toujours le cas. Là, je suis bien", confie le garçon. Il voudrait repartir sans passer par l'hôpital psychiatrique, "où des gens plus fous que moi parlent tout seuls", dit-il.
"Vous n'êtes pas fou, il vous faut le bon traitement, on va appeler votre mère pour que vous rentriez", conclura le Dr Mouaffak.
"L'hospitalisation peut être salvatrice pour certains et un désastre pour d'autres, en particulier pour un jeune qui se considérera longtemps, si ce n'est définitivement, comme un +cas psy+", explique à l'AFP ce praticien de 52 ans, chef de secteur et de pôle psychiatrie à l'hôpital voisin de Ville-Evrard, assurant régulièrement des gardes au Crup.
Depuis sa création, sur 3.124 hospitalisations, le centre a compté un quart de retours à domicile. Les autres patients ont poursuivi leur parcours de soin en hospitalisation dans leur unité de secteur.
- "Top pour 72 heures" -
Auparavant, aux urgences générales de Delafontaine, une personne en attente de lit en psychiatrie risquait d'endurer de longues heures d'attente accentuant son mal-être et donc de se retrouver attachée sur brancard, rappelle la cheffe du Crup, Nadia Cheffi, psychiatre de 33 ans.
Ce matin-là, quand ils entrent dans une chambre d'isolement où un patient est exceptionnellement sanglé sur son lit, les médecins connaissent déjà le dossier de cet homme "retrouvé nu, agité, dans la rue". "Il voulait sans cesse arracher sa sonde, il m'a dit +toi, je vais te poignarder+", les a avertis une infirmière.
"Vous avez dormi, vous êtes moins en colère. Qu'est-ce qui vous met en colère ?", lui demande le Dr Mouaffak. "Tout", chuchote l'homme que le psychiatre suggèrera de "décontentionner" pour "voir comment ça se passe".
Sa fièvre et le risque de prostatite motivent, simultanément, l'appel à un médecin des urgences générales, qui vient prescrire une perfusion d'antibiotiques. "On s'intéresse aux causes organiques qui peuvent interférer dans une décompensation psychiatrique", souligne Nadia Cheffi.
Ces décompensations peuvent parfois être spectaculaires dans ce département de grande précarité aux 140 nationalités, que le Dr Mouaffak décrit comme "carencé et carençant pour beaucoup de personnes" qui ne peuvent "s'exprimer autrement que par l'acte, la violence ou le délire".
Prenant un café dans le couloir, trois patients de 20, 28 et 36 ans conviennent unanimement que "ce lieu est top pour 72 heures", avec "un très bon personnel qui sait prendre soin des personnes".
Mais l'unité vit encore, parfois, des journées de grande frustration, quand des patients restent aux urgences générales faute de lits disponibles.
Alors l'ouverture annoncée d'un second Crup, en préparation à l'hôpital Avicenne de Bobigny, donne de l'espoir.
Ce jour-là, Nadia Cheffi est satisfaite d'une solution pour un jeune arrivé pour "un trouble induit par des (substances) toxiques". "J'ai mené un entretien avec lui et son frère, on va lui éviter l'hospitalisation et je voulais leur expliquer les conditions de cette sortie : c'était son premier contact avec la psychiatrie".
U.Shaheen--SF-PST