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"Le plus dur, c'est de voir les maisons brûler": des pilotes de la Sécurité civile racontent leur combat contre le feu depuis les airs
"Le plus dur, c'est de voir les maisons brûler avec des gens qui lancent un petit seau d'eau pour sauver leurs biens": deux pilotes de la Sécurité civile racontent à l'AFP leur combat contre les incendies depuis les airs, réclamant davantage de moyens pour mener à bien leurs missions.
Fabrice Chrétien, 60 ans, dont 26 passés comme pilote d'hélicoptère à la Sécurité civile, n'aurait jamais cru voir des avions Dash ou encore des hélicos bombardiers d'eau opérer au-dessus de la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), touchée mi-juillet par un violent incendie.
"Ce n'est pas une zone à risque comme peuvent l'être le Sud-Est, la Gironde ou la Corse", pensait-il avant d'être mobilisé sur ce feu - "ce chantier", dans le jargon - qui s'est déclaré à 70 km au sud-est de Paris.
"On tournait entre sept et huit heures par jour", explique le chef-pilote pour le groupement hélicoptère à Paris, chargé de guider les avions bombardiers d'eau, de "marquer" (repérer et cartographier) les feux, transporter des pompiers ou du matériel sur place.
"C'est dommage de voir la nature partir en fumée comme ça", soupire Fabrice Chrétien en repensant aux plus de 2.000 hectares de forêts domaniales de Fontainebleau et des Trois-Pignons brûlés, selon les chiffres recensés par l'Office national des forêts.
Malgré des années d'expérience, "on n'est jamais immunisé", assure-t-il, "quand on se rend compte que l'on perd un tel patrimoine par la bêtise des gens qui allument des feux encore de façon stupide".
Quatre personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête visant à déterminer les causes de cet incendie, dont deux ont reconnu les faits: un pompier volontaire à Fontainebleau qui a avoué avoir "mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l'essence" et un homme qui a admis "avoir accidentellement mis le feu" en jetant un mégot de cigarette.
- "Tout petits" -
Commandant de bord sur des Canadair à Nîmes (Gard), Eric Durand, 51 ans, a lui été mobilisé sur plusieurs incendies depuis le début de l'été en France, comme à Pontevès (Var), dans les Pyrénées-Orientales, ou encore en Corse, en pleine montagne.
Face à la vision "spectaculaire" des flammes, "parfois de trente mètres de haut, avec des fumées noires qui vous empêchent de passer, on se sent réellement tout petits", témoigne-t-il.
"Le plus dur" pour cet ex-pilote de l'armée de l'air qui a rejoint la Sécurité civile en 2019, après 22 ans de carrière? "Voir les maisons brûler avec des gens à côté qui lancent un petit seau d'eau pour sauver leurs biens les plus précieux. Et savoir qu'on va essayer de les aider mais qu'on n'est pas sûr d'y arriver."
Face à ces situations, Eric Durand, qui a été formé pendant quatre ans environ avant de prendre les commandes d'un Canadair, tente simplement de "garder son sang-froid" en plein vol et de "démythifier tout ça" après chaque mission, le soir avec ses collègues.
Qui, comme lui, "ont une âme indéfectible pour assurer le sauvetage des biens, des populations et des forêts, le credo de la Sécurité civile". "On donnerait tout pour ça", affirme-t-il à l'AFP.
Fabrice Chrétien abonde: "On fait ce métier parce qu'on a envie d'aider son prochain."
Pour ce faire, il faut savoir avant tout ce qui fait "un bon pilote": se "dire qu’on n’est pas en capacité de voler, parce qu’on est trop fatigué ou parce qu’on a fait trop d’heures de vol". Et se dire parfois "bon bah voilà, maintenant je fais demi-tour".
Aujourd'hui, "la seule chose qui peut m'épuiser, c'est la non-prise en compte" du manque de moyens aériens alloués à la Sécurité civile, déplore ce pilote, qui est aussi secrétaire national du Syndicat national du personnel navigant et de l'aéronautique civile.
Parmi les préoccupations des deux pilotes: la mise à disposition, notamment, de bombardiers d'eau au sein de toutes les bases de la Sécurité civile pour répondre plus rapidement aux saisons de feux de plus en plus précoces l'été.
Quant à la suggestion d'Emmanuel Macron, lors d'une visite lundi dans un centre de crise à Bordeaux, d'avoir "des avions et des hélicos qui volent la nuit", Fabrice Chrétien, lui, préfère d'abord "parler d’avions ou d’hélicos qui travaillent" le jour et "s’entraînent l’hiver pour être opérationnels l’été".
Y.Shaath--SF-PST