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Ceuta : la quasi-totalité des migrants sont repartis, assure Madrid, réunion ministérielle de l'UE mardi
La quasi-totalité des dizaines de milliers de migrants entrés illégalement dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, étaient repartis samedi, a assuré Madrid, tandis que, face à cette crise migratoire, les ministres de l'Intérieur des pays de l'Union européenne se réuniront mardi.
Environ 60.000 personnes - principalement des jeunes hommes et des adolescents, en très grande majorité des Marocains - sont arrivées sans autorisation à Ceuta depuis le début de semaine en franchissant la frontière terrestre ou en passant par la mer à partir du Maroc voisin, selon le chiffre fourni aux journalistes par le président régional de ce petit territoire, Juan Jesus Vivas.
"La situation est presque entièrement inversée", s'est-il exclamé devant la presse.
Dans la matinée, sous la surveillance de soldats et de policiers espagnols, les derniers jeunes gens ont continué de repasser la frontière vers le Maroc, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Ceux qui s'attardaient trop longtemps sur le sentier côtier étaient immédiatement reconduits vers la sortie par les militaires.
- "Tout le monde veut +monter+" en Espagne -
Les 84.000 habitants de Ceuta "peuvent se promener, font leurs courses, les commerces ont rouvert", a insisté le ministre Fernando Grande-Marlaska, reconnaissant toutefois que cette crise migratoire qui s'est muée en querelle diplomatique au sein de l'Union européenne n'était "pas terminée".
Au moins 67 personnes sont mortes - beaucoup se sont noyées - en essayant de pénétrer sur ce territoire bordant le détroit de Gibraltar, a-t-il déploré.
L'AFP a de son côté aperçu deux hommes sortir de l'eau sur la plage jouxtant la frontière, puis s'écrouler sur le sable, visiblement à bout de force.
Plus à l'intérieur des terres, l'AFP a vu des centaines de migrants, dont beaucoup d'Africains subsahariens, attendre devant le centre d'accueil qui leur est dédié mais dont la police bloquait l'accès.
"En Afrique, il n'y a pas beaucoup d'opportunités. Alors on espère aller en Europe pour pouvoir travailler et gagner notre vie, c'est tout", a confié Souleye Bodian, un Sénégalais de 19 ans.
"Un ami m'a appelé, il m'a dit que la frontière était ouverte", a raconté à l'AFP Soufiane, un Marocain de 42 ans, qui est arrivé à Ceuta en nageant "trois, cinq minutes" dans l'espoir de rejoindre Madrid, à des centaines de kilomètres plus au nord, pour voir sa mère, "victime d'une leucémie".
Selon lui, l'entrée massive de migrants ces derniers jours montre que "tout le monde veut +monter+ (en Espagne) et souhaite avoir un bon avenir".
- Réunion ministérielle de l'UE mardi -
Cet afflux soudain de migrants a provoqué la panique chez nombre de dirigeants de nations européennes, où les sujets de l'immigration et du contrôle des frontières de l'espace Schengen restent inflammables.
Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE discuteront d'ailleurs mardi en visioconférence des événements à Ceuta, a annoncé samedi l'Irlande, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne.
Par missives interposées, l'Espagne, puis un groupe de 22 Etats, dont l'Italie, l'Allemagne et le Danemark, ont tour à tour réclamé cette réunion.
"Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l'instrumentalisation des migrations ou d'autres menaces hybrides donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal", ont écrit dans une lettre ouverte les représentants de ces 22 pays.
Ce texte est le résultat d'une initiative de la Première ministre italienne d'extrême droite Giorgia Meloni, dont le pays a provisoirement cessé d'appliquer les règles de l'espace Schengen vis-à-vis de l'Espagne, et son homologue danoise Mette Frederiksen, qui a jugé vendredi que l'UE devrait envisager de suspendre la coopération Schengen avec l'Espagne.
"La défense des frontières extérieures de l'Union n'est pas l'intérêt d'une seule nation. C'est une responsabilité commune de l'Europe", a martelé sur X la cheffe du gouvernement italien.
Parmi les autres signataires figurent les chefs des gouvernements hongrois, suédois et polonais mais pas les dirigeants français et portugais dont les pays sont des voisins immédiats de l'Espagne.
- Madrid hausse le ton -
Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez, qui défend une approche ouverte en matière migratoire, à contre-courant de nombreuses autres nations européennes, a en retour dénoncé une attitude qui "va à l'encontre des intérêts à long terme" du Vieux Continent.
Son ministre Fernando Grande-Marlaska s'en est parallèlement pris à "la mauvaise foi" de certains qui "ont la mémoire très courte", rappelant le soutien de l'Espagne à l'Italie pendant la crise migratoire sur l'île de Lampedusa en 2023.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dans le même temps jugé sur X que l'Union européenne devait "tirer les leçons de la situation pour renforcer notre résilience européenne", tout en soulignant qu'"aucune personne n'a atteint l'Espagne continentale ou le reste de l'UE" après être parvenue ces derniers jours à Ceuta.
Ce territoire forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).
Pour empêcher désormais les migrants de traverser à la nage, une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d'installation dans la mer Méditerranée, a constaté l'AFP.
T.Khatib--SF-PST